Jeudi 20 janvier – La perle de la semaine.

Place de stationnement réservé avec pannonceau de limitation à 12 heures, à Cagnes-sur-Mer

Récoltée par la municipalité de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) qui limite à 12 heures le stationnement gratuit sur la voirie publique des véhicules transportant des personnes handicapées. Certes, cette limitation est prévue par la loi du 18 mars 2015 instaurant cette gratuité. Toutefois, le maire de Cagnes-sur-Mer la définit par un arrêté municipal entaché d’une sérieuse irrégularité : ce texte réglementaire fait référence aux titulaires de cartes GIC/GIG qui ont été remplacées à partir de janvier 2000 par la carte européenne de stationnement et ne sont plus valables depuis le 1er janvier 2011. Quand au modèle communautaire également évoqué dans l’arrêté, il ne sera plus valable en France dans 5 ans pour les Français, mais pas les Européens ! Comment la municipalité de Cagnes-sur-Mer traduira-t-elle cette complexité dans son arrêté stationnement réservé pour l’année 2027 ?

Mercredi 19 janvier – Autisme – DOCautisme épinglée.

A peine lancée jeudi dernier et déjà contestée, la base documentaire DOCautisme lancée par le Groupement National des Centres de Ressources Autisme (GNCRA) fait polémique. « Vous y trouverez un ensemble de références d’articles, mémoires, thèses, ouvrages, textes officiels, publications numériques, sites internet et matériel pédagogique concernant les Troubles du Spectre de l’Autisme, reflétant ainsi l’état des connaissances nationales et internationales d’un point de vue scientifique, technique, réglementaire, sociétal, etc. », vantait son communiqué de lancement. « Nous lisons que le site est une compilation des ressources proposées par les différents CRA français, constate Personnes Autistes pour une Autodétermination Responsable et Innovante (PAARI). Force est de constater que certains ne savent toujours pa[s] distinguer les bonnes pratiques de celles désuètes […] Point n’était besoin d’investir autant de temps, d’énergie, et sans doute d’argent, si c’est pour produire un énième moteur de recherche sans tri préalable qui n’apporte rien par rapport à l’existant ». Des visiteurs attentifs pointent notamment des ouvrages sur les enfants psychotiques, les vaccins générateurs d’autisme, son traitement par des médicaments ou sa réversibilité grâce aux soins familiaux, etc., tous en contravention des recommandations de bonnes pratiques professionnelles (RBPP) édictées par la Haute Autorité de Santé. Cette situation qu’il a lui-même créée conduit le GNCRA à publier via le secrétariat d’État aux personnes handicapées un communiqué annonçant des aménagements : inviter les utilisateurs à se référer aux bonnes pratiques, « généraliser une alerte sur les références bibliographiques susceptibles d’aborder des théorieset/ou des approches qui ne font pas consensus auprès de la communauté scientifique ou qui ne sont pas recommandées par la HAS, mettre en avant les textes RBPP sur le portail documentaire », création d’un Comité des utilisateurs. Il n’annonce toutefois pas la création d’un comité de lecture assurant que la base documentaire ne référence plus d’ouvrages et publications manipulant le public et le désinformant pour son bien…

Mardi 18 janvier – Médias – Les Paralympiques 2024 pour France.tv.

 Logos des jeux olympiques paralympiques de Paris 2024 et de France Télévisions

Comme on pouvait s’y attendre, c’est le groupe de l’audiovisuel public France Télévisions qui obtient la retransmission des Jeux Paralympiques de Paris 2024 qui se dérouleront du 28 août au 8 septembre. « Tous les sports seront captés et diffusés en live, communiquent le groupe et le comité organisateur, pour la 1ère fois dans l’histoire des Jeux Paralympiques, avec un accès gratuit à 300 heures de direct sur l’offre France.tv ». Une partie de ces retransmissions sera assurée par les deux chaînes France 2 et 3, le reste répartis sur les chaînes télés et web du groupe sans que la répartition soit connue à ce jour. On ne connaît pas davantage le montant des droits concédés ni le budget global et les moyens qui seront engagés par le service public avec l’argent des contribuables : « France Télévisions a répondu à un appel d’offre, justifie sa porte-parole. Nous ne communiquons aucune information sur les budgets engagés. D’autre part, Paris 2024 ne communique pas sur les offres. Concernant le dispositif mis en place, il est trop tôt pour vous préciser les choses. » Les 300 heures annoncées représentent un volume triple de celui de la diffusion par France Télévisions des jeux paralympiques de 2012, 2016 et 2020, mais à peine plus de la moitié des 540 heures de diffusion au Japon des paralympiques de Tokyo 2020 assurées par les chaînes publiques de la NHK et de ceux de Londres 2012 diffusés pendant 500 heures par le groupe Channel 4. Il a d’ailleurs proposé aux téléspectateurs britanniques 300 heures de diffusion des paralympiques de Tokyo et 1.200 heures sur son offre numérique. Le Comité International Paralympique a déjà annoncé le 20 août 2021 que le groupe américain NBC proposera 1.200 heures de diffusion télé et numérique pour les jeux paralympiques de Los Angeles 2028. Les droits de diffusion des Jeux Olympiques de Paris sont pour leur part propriété du groupe américain Discovery qui diffusera 3.000 heures de compétition sur sa plate-forme numérique à abonnement, et Eurosport ; France Télévisions a obtenu un accord de licence pour diffuser une partie de ce volume sur ses chaînes, et doit en créer une sur Internet.

Lundi 17 janvier – Associations/Justice – L’Unadev sous mandataire.

Logo de l'UNADEV

Confronté au blocage institutionnel qu’il a contribué à créer, le président de l’Unadev, Marc Bolivard, a été contraint de s’adresser à la justice : « Suite à ma requête, le Tribunal Judiciaire de Bordeaux a ordonné la désignation d’un Mandataire ad hoc qui aura pour mission de se substituer temporairement au Conseil d’Administration pour convoquer notre Assemblée Générale Ordinaire 2021 », écrit-il aujourd’hui aux adhérents. Il impute toutefois la situation au « Conseil d’Administration [qui] n’est pas parvenu à organiser ce grand rendez-vous avant le 31 décembre 2021 », omettant de préciser que la majorité desdits administrateurs se sont contentés de rejeter un ordre du jour imposé par un président devenu minoritaire. « Le délai supplémentaire accordé par le Tribunal étant dépassé, ajoute Marc Bolivard, l’Association se retrouve donc en situation d’irrégularité statutaire. Cette situation présente un caractère urgent dans la mesure où l’absence d’approbation des comptes annuels 2020 par l’Assemblée Générale serait de nature à porter préjudice à l’Association et mettrait en péril vos intérêts communs, plus largement, ceux des bénéficiaires mais aussi, de tous les salariés. » Le mandataire judiciaire aura la charge de tenter de sortir l’Unadev d’une crise de gouvernance résultant du détournement de ses moyens au profit d’un clan d’adhérents comme le montre cette enquête.

Samedi 15 janvier – Éducation – L’exclusion selon Zemmour.

Le polémiste ségrégationniste Eric Zemmour s’est prononcé hier en tant que candidat à la présidence de la République contre l’inclusion scolaire, à l’exception des enfants légèrement handicapés, public qu’il n’a pas défini. « Je pense effectivement qu’il faut des établissements spécialisés, a-t-il déclaré. L’obsession de l’inclusion est une mauvaise manière faite aux autres enfants et à ces enfants-là qui sont, les pauvres, complètement dépassés par les autres enfants. Donc je pense qu’il faut des enseignants spécialisés qui s’en occupent. » Ce propos ségrégationniste a été tenu lors d’une réunion avec des enseignants d’Honnecourt-sur-Escaut (Nord). Le candidat d’extrême-droite considère que l’inclusion scolaire se fait au détriment des « autres enfants » et que les enfants handicapés sont « dépassés » par les premiers, rejetant l’inclusion et le vivre ensemble en témoignant d’une profonde méconnaissance de la réalité des relations entre enfants, de leur capacité d’entraide et d’émulation. Ce matin, le candidat a tenté depuis Villers-Cotterêts (Aisne) de justifier sa déclaration : « Ce que j’ai voulu dire, c’est que je ne veux pas que l’obsession de l’inclusion nous prive et nous conduise à négliger la nécessité d’établissements spécialisés […] Je pense que c’est une position idéologique, comme toujours. On a décidé que c’était mieux de mettre tout le monde ensemble. » Il prétend que scolariser les enfants handicapés à part permettrait de « s’en occuper mieux », ignorant ou feignant d’ignorer que cette séparation a conduit pendant des décennies à une réelle ségrégation sociale en maintenant les enfants et les jeunes devenus adultes dans des établissements médico-sociaux, à part de notre société.

Samedi 15 janvier – Les initiatives de la semaine.

  • Une jeune handballeuse sourde exerce ses talents en Nationale 3 dans l’équipe « valides » d’Issoire (Puy-de-Dôme).
  • Le tennis-club de Londinières (Seine-Maritime) obtient le label Sport et handicap 76 pour l’intégration de pratiquants handicapés mentaux, et se dit ouvert aux personnes handicapées physiques intéressées par le tennis.
  • Lancement par l’ANAH de la plateforme web france-renov.gouv.fr sur la rénovation de l’habitat qui est, une fois n’est pas coutume, totalement conforme à l’accessibilité numérique.
  • L’association Oasis forme à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) des enfants à la LSF par le jeu.
  • Deux organismes lancent une enquête nationale sur l’activité physique et sportive des personnes handicapées qui s’étalera sur l’année.

Vendredi 14 janvier – Éducation – Blanquer en Absurdistan.

Masque de protection inclusif

Après la séance de négociation d’hier entre le Premier ministre, Jean Castex, deux ministres et les syndicats d’enseignants qui a conclu une journée de grève très suivie, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a présenté les mesures retenues. Il a notamment annoncé la dotation de 5 millions de masques plus protecteurs de type FFP2 « aux professeurs en maternelle, qui ont des enfants sans masques face à eux, aux professeurs qui interviennent devant les élèves en situation de handicap, à ceux que nous appelons les AESH ». Or, ces masques sont totalement opaques et couvrants, gênant ou empêchant la communication avec nombre d’élèves handicapés. Monsieur Blanquer semble avoir déjà oublié que son ministère avait été contraint de commander par centaines de milliers pour la rentrée de septembre 2020 des masques dits inclusifs, comportant une fenêtre en plastique transparent laissant apparaître une partie du visage et plus particulièrement la bouche afin de saisir l’expression des enseignants et Accompagnants de l’Enfant en Situation de Handicap. Reste à savoir ce que deviendront ces masques inclusifs produits par des Établissements et Services d’Aide par le Travail employant… des travailleurs handicapés. Un ministre ne peut pas penser à tout !

Vendredi 14 janvier – Médias/Surdité – Le 10 minutes LSF supprimé.

Le dernier 10 minutes de M6Play

Créé en septembre 2018 sur la plateforme web 6Play du groupe M6, le journal d’information Le 10 Minutes est à nouveau retiré de l’antenne depuis le 26 novembre 2021, dernière édition en ligne. Il informait, d’abord chaque semaine puis quotidiennement, les personnes sourdes en langue des signes française sur l’actualité et quelques sujets sélectionnés. « Ce journal « Le 10 Minutes » sur 6play est en attente de réponse de confirmation de la fondation. Je n’aurai que cette confirmation à compter de septembre 2022 », justifie son responsable au sein du groupe M6. Le 10 Minutes est en fait financé « charitablement » par la fondation d’un groupe de mutuelles et retraites complémentaires. Il avait déjà été suspendu de juillet à décembre 2019 où il était rétabli en format quotidien mais en passant à 4 minutes. Cette diffusion aléatoire témoigne du peu d’intérêt des grands groupes de médias pour l’information des personnes sourdes.

Vendredi 14 janvier – Les ratés de la compensation.

  • Après une concertation sans résultat, les AESH du Val-de-Marne entament une grève illimitée pour de meilleures conditions d’exercice.
  • Un couple habitant Vaas (Sarthe) est débouté en appel de sa demande de création d’un stationnement automobile réservé six mois après l’avoir été par le Tribunal Administratif.
  • Annonce de l’ouverture d’une enquête après l’interpellation policière violente à coups de LBD et taser d’un jeune autiste en plein désarroi et commise à Paris début octobre dernier.
  • Manifestation à Fougères (Ille-et-Vilaine) de salariés d’établissements médico-sociaux demandant à bénéficier de la revalorisation du Ségur de la santé.
  • SNCF et élus se renvoient les usagers handicapés de la gare d’Armentières (Nord) pour ne pas mettre les quais en accessibilité malgré une forte demande.
  • Si le festival de cinéma Télérama propose des séances spéciales, pour les gamers notamment, il oublie totalement les spectateurs handicapés en n’annonçant ni sous-titrage ni audiodescription.
  • Les personnels du foyer Monséjour, à Caudéran (Gironde), sont en grève dénonçant un « épuisement moral lié à l’absentéisme, à la pénibilité et aux conditions de travail », et se plaignent du turn-over des cadres dirigeants.

Jeudi 13 janvier – Politique – Le programme Hidalgo.

Anne Hidalgo salue une jeune femme en fauteuil roulant à Montpellier

La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, a présenté son programme en vue de l’élection des 10 et 24 avril à la Présidence de la République à laquelle elle s’est portée candidate. Elle propose au point 39, auquel elle consacre moins de place qu’à la légalisation du cannabis (832 caractères contre 1.132), de « Garantir la pleine citoyenneté des personnes en situation de handicap » au moyen de l’accessibilité universelle. « Plus de 15 ans après la loi de 2005 sur les droits des personnes en situation de handicap, son ambition reste trop souvent lettre morte », affirme son programme qui oublie que qu’à l’époque les députés et sénateurs socialistes avaient voté contre parce qu’ils considéraient que cette loi… manquait d’ambition. La candidate voudrait poursuivre la politique de l’école inclusive en dotant « les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) d’un statut pérenne » et en renforçant la formation de l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale. « En lien avec les maires et les acteurs du handicap, ajoute son programme, je continuerai à oeuvrer pour l’accessibilité universelle, en m’attaquant à tous les sujets : logements, transports, services, culture, sport, etc. » Pour la candidate, l’accessibilité ne serait donc plus qu’une affaire locale. Elle se prononce également en faveur de « l’individualisation de l’Allocation aux Adultes Handicapés ». On relève que si le 5e risque Autonomie de Sécurité Sociale est évoqué, c’est dans la section personnes âgées, laissant penser qu’Anne Hidalgo ignore qu’il intègre actuellement les aides aux personnes handicapées ; à moins qu’elle veuille le consacrer uniquement aux personnes âgées en perte d’autonomie. La candidate socialiste est créditée d’entre 3 et 6% des intentions de vote, selon les sondages.

Mercredi 12 janvier – Politique – Auto-promotion cluzèlienne.

Sophie Cluzel sur France Inter

La secrétaire d’État aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, entreprend la tournée de promotion d’un livre d’entretiens avec diverses personnalités du monde du handicap, qui sort aujourd’hui en librairie, dans une approche flatteuse pour « sa » politique. Sur France Inter ce matin, elle a enfilé les poncifs sur les « personnes différentes », « la différence est parmi nous », « le changement de regard », le « vivre ensemble », rien de nouveau. Aucune question gênante dans cette séquence, sur le refus de Madame Cluzel d’accorder aux couples d’Allocataires Adultes Handicapés une indépendance financière, l’abandon de la mise en accessibilité des établissements et espaces ouverts au public, les renoncements aux soins par manque d’argent et lacunes d’accessibilité, etc. La parution du livre de Sophie Cluzel intervient 12 semaines avant l’élection présidentielle et à moins de 4 mois des législatives lors desquelles elle pourrait être candidate à Annecy (Haute-Savoie).

Mardi 11 janvier – Éducation – Carences dans l’Aisne et en Isère.

Deux questions au Gouvernement mettent en évidence les lacunes en matière d’éducation des enfants et jeunes handicapés. A Laon dans l’Aisne, il manque une trentaine de places en Institut Médico-Éducatif, l’unique établissement en comptant 69 seulement, et il n’est pas envisagé d’ouvrir de nouvelles places mais de favoriser l’inclusion scolaire a répondu Nathalie Elimas, secrétaire d’État chargée de l’éducation prioritaire, à la député LREM Aude Bono-Vandorme. Et en Isère, la députée socialiste Marie-Noëlle Battistel s’inquiète de la transformation de 200 places en IME en temps partiel avec orientation des enfants et jeunes vers des services d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) déjà saturés, sans aucune concertation avec les familles. Là encore, Nathalie Elimas a évoqué un redéploiement de moyens constants vers l’inclusion scolaire. Dans sa réplique, la députée lui a rappelé que « la réorientation conduit à ne prendre en charge les enfants que sur des durées très limitées. Le reste de la journée, la charge de l’organisation repose sur les parents, ce qui n’est pas du tout acceptable. »

Mardi 11 janvier – Associations – Des administrateurs Unadev se rebiffent.

Logo rond Unadev

La majorité des membres du Conseil d’Administration de l’Union nationale des aveugles et déficients visuels (UNADEV) a adressé une demande de droit de réponse au courriel que son président, Marc Bolivard, a envoyé aux adhérents fin décembre (lire Les ratés du 31 décembre 2021). Le président les informait de l’échec d’une tentative de convoquer une Assemblée Générale par pétition comportant un ordre du jour, le bureau du CA ayant interdit sa diffusion. Marc Bolivard a refusé de diffuser aux adhérents le droit de réponse des huit administrateurs en invoquant divers prétextes traduisant sa méconnaissance de ce qu’est un tel droit de réponse, et la confidentialité des votes des membres du CA puisque la demande adressée à Monsieur Bolivard est nommément signée. Nous le faisons volontiers à sa place, leur texte est téléchargeable sous ce lien, sans les noms des signataires pour respecter la confidentialité qui sied aux membres du CA. Ils évoquent notamment qu’« a partir du mois de juillet, apparaît sur l’ordre du jour de l’assemblée générale, une résolution irrégulière, ainsi que quelques points opaques. Le président refusant de se justifier et de retirer l’article non statutaire, les comptes sont donc rejetés à chaque conseil d’administration. Souhaitant que l’assemblée générale se déroule dans un climat plus serein et apaisé, nous avons proposé au président de confier son organisation à un administrateur provisoire. Ce dernier [le président] a rejeté cette alternative. » De fait, ils lui imputent la responsabilité du blocage actuel et espèrent « une gestion transparente, claire et saine et que cesse le clientélisme et l’entre soi. » Faute d’approbation des comptes 2020 et du budget prévisionnel 2022, l’Unadev poursuit son activité en insécurité juridique et s’enfonce davantage encore dans une longue crise de gouvernance résultant du dévoiement des missions de cette association nationale de personnes déficientes visuelles. Lire cette enquête.

Lundi 10 janvier – Logement/Emploi – Innovation à Bordeaux.

Projet Tebio

L’agence Canal Architecture a déposé un permis de construire un ensemble immobilier réversible conçu pour l’installation ou transformation aisée de logements en bureaux et vice-versa, le projet Tebio. Si l’administration accorde ce permis de construire innovant qui s’inscrit dans la réforme du logement du 23 novembre 2018 dite loi ELAN et une ordonnance du 29 janvier 2020, il sera bâti rue de la Louisiane dans le quartier de l’Ars, entre la gare Saint-Jean et la Garonne. La construction sur dix niveaux comporte deux immeubles encadrant un espace ouvert organisant les circulations verticales par escaliers et ascenseurs desservant tous les niveaux ouverts aux occupants. Les réseaux (eau, évacuation, électricité, communication…) sont rassemblés dans une seule colonne montante par immeuble assurant les raccordements aux équipements différenciés selon que telle section est aménagée en bureaux cloisonnés ou open space, ou en appartements. Au centre des espaces de circulations, un local d’une cinquantaine de m2 est disponible pour des services aux occupants, ou des activités autres. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont les seuls à être affectés à un usage permanent, une crèche de 32 lits. L’ensemble des niveaux est accessible aux usagers handicapés, les circulations spacieuses et les ascenseurs suffisamment vastes pour effectuer un demi-tour afin d’en sortir en pleine sécurité. Le permis de construire demandé pour cette réalisation semble être le premier pour un ensemble immobilier à affectation variable au fil du temps, la réglementation obligeant habituellement à définir dès l’origine les surfaces dédiées au logement, aux ERP et aux locaux professionnels auxquels des réglementations distinctes s’appliquent. Dans sa demande, Canal Architecture montre que l’on peut bâtir pleinement accessible et modulable tout en dérogeant à certaines règles, reste à connaître dans quelques mois le verdict de l’administration…

Samedi 8 janvier – Allocations/Finances – Le RUA n’est pas mort.

Le chantier de création d’un Revenu Universel d’Activité se poursuit, le Gouvernement ne l’a pas abandonné mais seulement différé, a expliqué mercredi le haut-fonctionnaire Fabrice Lenglart devant les sénateurs de la commission des affaires sociales. La concertation qu’il conduit vise à créer « un système unifié, mais avec des prestations qui demeurent bien identifiées » incluant tous les minimas sociaux et l’Allocation Adulte Handicapé : « La concertation nous a fait évoluer, nous pensions initialement à un socle commun, assorti de suppléments selon les situations ; nous pensons aujourd’hui que, si le champ retenu devait être étroit, nous conserverions trois prestations, le RSA, les allocations logement et la prime d’activité, mais avec des bases de ressources harmonisées, et si le champ devait être élargi, nous parlerions encore de minimum vieillesse, d’AAH, et pas simplement d’un supplément vieillesse ou handicap. » L’intégration de l’AAH au sein du RUA est toujours envisagée, contrairement à ce qu’ont voulu croire des dirigeants associatifs au sortir de la Conférence Nationale du Handicap du 11 février 2020 : « Jamais l’allocation adulte handicapé ne sera transformée, diluée, supprimée au bénéfice du revenu universel d’activité », avait alors déclaré le Président de la République, Emmanuel Macron, en jouant sur les mots.

Samedi 8 janvier – Les initiatives de la semaine.

Futsal handisport
  • Un jeune joueur hémiplégique de futsal handisport espère pouvoir organiser à La Roche-sur-Yon (Vendée) où il vit la coupe de France de la discipline en 2023.
  • Une Circulaire interministérielle vise notamment à favoriser le recrutement de primo-arrivants et réfugiés dans les métiers du soin et de l’aide à la personne.
  • Un arrêté étend la gratuité des autotests Covid-19 aux accueillants familiaux, salariés de services à domicile ou de particuliers employeurs intervenant auprès de personnes âgées ou handicapées.
  • Le pilote paraplégique Axel Alletru est contraint d’abandonner le Dakar qui se déroule en Arabie Saoudite à cause d’un bris de moteur.
  • Bien que toujours pas candidat à sa réélection, Emmanuel Macron annonce son intention d’aboutir pendant son second quinquennat à fusionner trois prestations sociales, le RSA, la prime d’activité et l’APL, mais pas les autres minimas sociaux dont l’AAH.

Vendredi 7 janvier – Allocations – Le CR est dû aux retraités.

Logo AAH

Après plusieurs interpellations de la Caisse Nationale d’Allocations Familiales et de la Direction Générale de la Cohésion Sociale, cette dernière reconnaît que le versement du Complément de Ressources (CR) des bénéficiaires de l’Allocation aux Adultes Handicapés doit être poursuivi à la suite de leur mise à la retraite pour inaptitude. « Le versement du complément de ressources des bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés, effectué par les CAF et les caisses de la MSA [Mutualité Sociale Agricole, prenait fin à l’âge d’ouverture des droits à la retraite, en application du code de la sécurité sociale (article L.821-1-1). Cette pratique a été remise en cause par la Cour de cassation par un arrêt du 19 septembre 2019. Après analyse par la DGCS, en lien avec la CNAF et la CCMSA, il en ressort que le complément de ressources peut être maintenu au-delà de l’âge auquel le bénéficiaire est réputé inapte au travail. Dans cet objectif, la DGCS et les Caisses nationales travaillent pour trouver des solutions, notamment pour les personnes qui auraient dû en bénéficier (identification, modalités de versement). » Par conséquent, la DGCS et la CNAF reconnaissent que les bénéficiaires auquel le CR a été supprimé ou remplacé par la Majoration Vie Autonome devront le percevoir à nouveau. Cela devrait entraîner pour les allocataires un rétablissement rétroactif à compter du départ effectif en retraite, mais probablement pas au-delà du mois d’octobre 2019. Lire cet Editorial.

Vendredi 7 janvier – Culture – Lecture Grande cause.

Affiche Audio papier numérique, je lis comme je veux

Le ministère de la Culture lance une campagne de communication en faveur de la lecture, qui est déclarée par le Président de la République « grande cause nationale » de l’année 2022. Elle vise à « donner ou de redonner le désir de lire », plus particulièrement aux jeunes considérés comme davantage éloigne de la lecture. Si cette campagne évoque le livre audio, elle n’implique pas les personnes handicapées rencontrant des difficultés d’accès aux livres du fait même de leur handicap, ce qui apparaît contradictoire avec ce propos du Centre National du Livre, opérateur du ministère de la Culture : « Le CNL a souhaité s’inscrire dans une représentation de la lecture renouvelée : libre, immersive, plurielle, décomplexée, intergénérationnelle et ouverte à l’autre. » Ces pluralité et ouverture à l’autre n’incluent pas les lecteurs handicapés totalement absents du livret de présentation de l’opération. Les dossiers en réponse à un appel d’offres lancé pour labelliser des organisations participant à cette grande cause nationale est en cours de traitement, sans qu’une date de résultat soit connue. Par ailleurs, le site web du Centre National du Livre n’est pas conforme aux règles d’accessibilité numérique.

Vendredi 7 janvier – Les ratés de la compensation.

  • Un AESH explique les raisons de son abandon, entre « sketch de travailler avec le rectorat » et un salaire mensuel de 750€ avec interdiction de prendre un second emploi.
  • Les proches d’un jeune cycliste devenu paraplégique rencontrent des difficultés pour lui trouver un studio adapté à Lyon, 3e ville de France.
  • Si le site web du Gouvernement a fait peau neuve, il demeure inaccessible et son plan d’action pour 2021 d’accessibilité numérique n’est même pas publié.
  • Le Premier ministre repousse à plus tard la conférence des métiers de l’accompagnement social et médico-social annoncée pour le 15 janvier, et nomme une mission pour la préparer.

Jeudi 6 janvier – Accessibilité – La Corse carton rouge.

La Corse, dernière région française en termes d'accessibilité administrative

L’association Mobilité Réduite débute la publication actualisée de son indicateur régional d’accessibilité administrative, c’est-à-dire du nombre d’établissements recevant du public qui sont en règle avec la réforme par l’ordonnance du 26 septembre 2014. Comptant 339.000 habitants, les deux départements formant la région de Corse se classent en 13e position nationale, avec 10% d’ERP en règle : 916 se sont déclarés accessibles ou ont déposé un Agenda d’Accessibilité Programmée sur les 8.965 de l’île de beauté. Le précédent indicateur publié en février 2021 chiffrait à 7% la part des ERP en règle, la différence traduisant un contournement de l’arrêt depuis le 31 mars 2019 du dépôt d’Ad’Ap en préfectures. La Corse a acquis la réputation d’appliquer la législation nationale à sa manière et, outre sa topographie montagneuse, se caractérise par une réelle volonté des décideurs et élus locaux de ne pas mettre la voirie et les lieux recevant du public en accessibilité.

Mercredi 5 janvier – Santé/Justice – Action de groupe contre Sanofi.

Le Tribunal Judiciaire de Paris valide l’action de groupe engagée à l’encontre de la société pharmaceutique Sanofi accusée d’avoir vendu un médicament, la Dépakine, qu’elle savait dangereux pour les enfants à naître (lire cet article). Lancée par l’association de défense des victimes de cette substance, l’Apesac, la procédure consiste à regrouper les poursuites en indemnisation des victimes afin que leur préjudice soit indemnisé au terme d’une seule action. Le tribunal a jugé que Sanofi a « commis une faute en manquant à son obligation de vigilance et à son obligation d’information » et accepté la recevabilité de l’action de groupe qui est la première à aboutir dans notre pays en matière de santé. Rejetant toute responsabilité depuis sa première mise en cause, Sanofi s’est enfermée dans le déni au point d’apparaitre mépriser les victimes et de résister à l’État contraint de couvrir les indemnisations d’actions individuelles engagées par des victimes ces dernières années. Les pathologies et séquelles handicapantes retenues s’étaleront de 1984 à 2006 concernant les malformations congénitales, et de 2001 à 2006 pour les troubles neuro-développementaux. Les plus de 7.000 femmes et enfants identifiés par l’Apesac disposent de cinq ans pour intégrer l’action de groupe. La société Sanofi a, sans attendre d’analyser le jugement, décidé de faire appel, ce qui lui permettra de repousser davantage encore l’échéance finale. Elle a réalisé en 2020 un chiffre d’affaires de 36 milliards d’euros et un bénéfice net de 12 milliards.

Mardi 4 janvier – La perle de la semaine.

Il aura fallu huit mois à Anicet Mbida pour identifier ce que la presse mondiale a abondamment évoqué en juin dernier : l’ouverture à Tokyo (Japon) d’un café servant les clients au moyen de robots pilotés à distance par des employés entièrement paralysés utilisant un logiciel de guidage par les yeux. « Grâce à ces robots, explique enjoué le chroniqueur d’Europe 1, même coincé dans un lit on pourra travailler à distance ». Des travailleurs qui, eux, ne sont pas cloués dans un fauteuil roulant mais dans un lit d’hôpital dira plus tard avec infiniment de tact le chroniqueur. « Ces travailleurs assistés par des robots, j’espère qu’ils sont payés au moins », interroge l’animateur de la Matinale. « Oui, 8 euros de l’heure, répond Anicet Mbida. Alors c’est pas énorme mais c’est le standard au Japon. Et puis c’est pas vraiment une question d’argent, l’idée c’est que ces gens se sentent à nouveau utile. » Là, tout y passe : des paralysés assistés par des robots alors qu’en fait ces derniers sont aux ordres des premiers, ce n’est pas le salaire qui compte mais que des paralytiques servent à quelque chose. Les patrons d’Europe 1 devraient prendre Anicet Mbida au mot et lui proposer de travailler pour 8 euros la chronique, et ce serait encore cher payé…

Lundi 3 janvier – Transports – Railcoop fin 2022.

X-TER à Annecy en 2008 ©Florian Pépellin

La compagnie ferroviaire coopérative Railcoop vient d’obtenir l’autorisation d’exploiter six lignes classiques dont les liaisons devraient être opérationnelles en décembre prochain. Ces services ferroviaires de transport de voyageurs librement organisés (SFLO) relieraient alors, selon une première décision de l’Autorité de régulation des transports, Lille à Nantes et Massy à Brest, et en vertu d’une seconde décision Strasbourg à Clermont-Ferrand, Saint-Étienne à Thionville, Grenoble à Thionville et Le Croisic à Bâle (Suisse). Ils emploierait des rames fabriquées à la fin des années 1990 et début 2000 par Alstom, des X72500 rénovées à moteur diesel et prenant en compte l’accessibilité et le confort des voyageurs handicapés ; deux emplacements fauteuil roulant seront aménagés, avec sièges pour accompagnateurs au lieu des strapontins actuels, service de boissons et restauration à la place. A cet égard, Railcoop a créé un cercle « Accessibilité et handicap » ouvert à toutes les contributions des voyageurs. Dans la même décision, l’Autorité de régulation des transports a accordé à la SNCF l’exploitation de trois liaisons quotidiennes entre les gares de Paris-Bercy ou Austerlitz et Lyon-Perrache en empruntant l’ancienne grande ligne pour un temps de parcours de 5h30, au moyen de rames Corail de 2e classe uniquement ; leurs voitures ne permettent pas d’accueillir des voyageurs en fauteuil roulant, elles ne disposent pas d’un emplacement adapté.

Samedi 1er janvier – Société – Les nouveautés du Nouvel An.

Les montants de l’allocation journalière de proche aidant (AJPA) et de l’allocation journalière de présence parentale (AJPP) sont revalorisés au niveau du SMIC net, passant de 44 ou 52€ (selon la situation conjugale) à 58€ par jour. Dès aujourd’hui le salaire minimum (SMIC) augmente de 0,9% à 10,57€ brut de l’heure soit 1.603,12€ pour 35 heures hebdomadaires de travail, soit la stricte valeur de la hausse des prix de détail ; le SMIC n’a plus connu de revalorisation depuis dix ans. Les urgences hospitalières seront désormais tarifées 19,61€ à payer sur place sauf en cas d’hospitalisation, les assurés sociaux en Affection Longue Durée (ALD) et pensionnés d’invalidité s’acquittant d’un forfait minoré à 8,51€. Les établissements recevant du public d’une capacité supérieure à 300 personnes doivent proposer à leur clientèle ou visiteurs un point d’eau potable gratuite, mais en l’absence d’une mention expresse rien ne garantit son accessibilité aux personnes handicapées motrices. Le plafond de la Sécurité Sociale n’augmentera pas malgré une hausse des prix approchant les 3% ces douze derniers mois, ce qui bloquera au niveau de 2021 les indemnités journalières pour maladie ou arrêt de travail ainsi que les pensions d’invalidité ou de retraite. L’achat d’une voiture neuve entraînera le paiement d’un malus écologique dès 128 grammes de CO2 émis au km et d’un second s’il dépasse 1,8 tonne à vide, les titulaires d’une carte d’invalidité étant exemptés des deux pour eux ou leur famille. Les fauteuils roulants (Véhicules pour handicapés physiques incluant les scooters électriques et les déambulateurs) et leurs équipements complémentaires pourront être réparés avec des pièces d’occasion au titre de la valorisation de l’économie circulaire, de même que les soulève-personnes et sièges modulaires. Enfin, le décret du 27 octobre 2021 autorisant l’attribution à vie de la Prestation de Compensation du Handicap entre en vigueur (lire l’actualité du 29 octobre 2021) ; à ce titre, le taux horaire minimal des services prestataires d’aide à domicile est désormais fixé à 22€.

Samedi 1er janvier – Les initiatives de la semaine.

  • Voeux de bilan et de propagande incantatoire d’une secrétaire d’État aux personnes handicapées visiblement fatiguée, crispée et qui a perdu le sourire.
  • L’émission documentaire A vous de voir, diffusée sur France 5 lundi 3 janvier à 9h15 puis en replay, est consacrée à L’apprentissage de la voile, à l’aveugle et avec une aide électronique à la navigation.
  • Des motards organisent le jour de Noël des balades en side-car pour des personnes handicapées.
  • L’Association Services et d’Aide à la Personne Mené Rance poursuit ses cafés mensuels des aidants à Broons (Côtes d’Armor) en employant des outils ludiques pour favoriser l’expression des participants.
  • Une auto-école de Poitiers (Vienne) propose des cours de conduite en langue des signes et a formé une trentaine de conducteurs en six ans d’exercice adapté.
  • Dans quelques semaines le bureau de poste de Saint-Privé-Saint-Mesmin (Loiret) sera géré par des travailleurs handicapés de l’Esat local La Couronnerie.
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