« Sign&Oz existe depuis 5 ans, raconte sa fondatrice, Manon Villot. D’abord en autoentreprise puis en société en 2023. Avant, j’étais chimiste travaillant sous contrat pour un laboratoire de police à Paris, avec une collègue sourde oralisée qui m’a fait découvrir la Langue des Signes Française. Elle avait une cinquantaine d’années et avait été éduquée par oralisation. » Et comme Manon Villot avait fait de l’aide aux devoirs pour financer ses études, y avait pris goût et envisageait de devenir professeure de français langue étrangère pour enseigner auprès de jeunes étrangers, elle a réuni LSF et apprentissage du français pour s’orienter vers les élèves sourds s’exprimant en langue des signes. « Ma collègue m’assurait qu’il n’y avait pas d’aide aux devoirs avec LSF. J’ai contacté des associations qui n’avaient pas les ressources et les moyens. Bien sûr, on trouve sur Youtube beaucoup de supports pédagogiques, mais très peu sont sous-titrés, et je n’en ai trouvé aucun avec langue des signes. » Elle s’est donc formée à pratiquer cette langue pour lancer son activité.
Sa clientèle est composée à 80% d’enfants nés de parents sourds : « Les familles avec parents entendants ont un projet mixte oralisant et LSF. Nous, on se concentre sur la langue des signes, on ne propose pas de sonore ni de sous-titrage, pour bien percevoir l’information. » Tous les cours sont dispensés en ligne : « On conseille les familles pour créer à la maison un cadre de travail apaisant pour l’élève et approprié pour l’efficacité, pas de télé ni de distraction visuelle, un environnement efficace. On propose de la qualité, avec des enseignants ayant au minimum le niveau B2 en LSF. Nos cours sont une remise à niveau en français, pour rattraper 2 à 3 ans de retard accumulé par des enfants démotivés, et de l’aide aux devoirs en toutes matières avec remédiation, explication de vocabulaire, etc. » Sign&Oz couvre les niveaux du primaire et du secondaire, et un peu d’enseignement supérieur, seulement pour les individuels : « On était seuls sur ce créneau, qui est un peu une prérogative des établissements médico-sociaux pour accompagner des élèves, mais on voit aujourd’hui des professeurs qui se lancent. »
La société fait travailler une dizaine de professeurs certifiés, dans leur matière et en LSF, des éducateurs spécialisés, des contractuels interprètes et interfaces. « On accompagne une cinquantaine d’élèves, et on solidifie progressivement l’entreprise avec du e-learning. On est encore une jeune structure, et je préfère m’occuper des élèves plutôt que de faire de la communication ou du marketing. » Ce qui fait que Sign&Oz fonctionne sans aide ni subvention, avec les heures de cours payées par les familles : « Notre offre dépend du niveau, de 45 à 70€ de l’heure qui peuvent en partie être couvertes par la Maison Départementale des Personnes Handicapées avec un reste à charge de la moitié. On sait que des mutuelles prennent les cours en charge, ainsi que des grosses entreprises. » Mais c’est une fois de plus aux familles de compenser les carences nationales en matière de soutien scolaire adapté…
Laurent Lejard, avril 2026.
Avec le soutien de la Fédération Française de l’Accessibilité

