« Ces dernières années, l’accès aux vacances adaptées se dégrade ! » Ce constat de l’Unapei résulte à la fois d’un contexte difficile, entre coût élevé et qualité aléatoire des séjours, forte accidentologie marquée par 16 décès dans deux incendies de gîtes de groupes (Wintzenheim en août 2023 et Charente en juillet 2025), crise du recrutement de personnels qualifiés, et d’une offre de séjours de groupes pas toujours adaptée à la demande des candidats à ces vacances organisées (lire cet article pour en apprécier le cadre particulier.)
Ce qu’ils souhaitent
Pour mieux connaître cette demande, l’Unapei a interrogé des vacanciers, leurs familles et les professionnels à leur contact. 525 personnes handicapées intellectuelles ont répondu, vivant pour moitié en établissement. Elles partent presque toutes en été, à 55% pendant 2 semaines, et 46% en famille. 39% seulement vont en séjour organisé adapté ; dans ce cadre, les vacanciers privilégient les activités (23%) puis la destination (20%) et l’encadrement (18%), et 8 sur 10 répondent que ces vacances se sont bien voire très bien passées. Leur réussite dépend à égalité des activités et des animateurs (31%), les relations avec les autres vacanciers ne comptant qu’à 16%. En revanche, quand le séjour se passe mal, ce sont ces relations avec les autres vacanciers qui en sont essentiellement la cause (36%) puis les animateurs (27%) et les activités (25%). La qualité des relations humaines apparaît primordiale pour des vacances réussies, selon les vacanciers interrogés.
Les familles et proches (825 répondants) sont plus nuancés ; 74% estiment que les séjours sont globalement satisfaisants, 33% accusant la qualification des encadrants et 28% l’inadaptation du séjour à des personnes handicapées intellectuelles, un reproche qui montre les limites qualitatives de l’agrément VAO. 30% des familles et proches enfoncent le clou en déplorant le manque de séjours correspondant aux besoins de leur parent handicapé. Et les répondants sont 23% à déplorer un manque d’argent et de financement pour payer un séjour.
Du côté des professionnels du médico-social (310 réponses), 33% répondent que le sujet des vacances n’est pas abordé dans le projet d’établissement ou le projet de service, et 26% qu’il n’est pas inclus dans le projet personnalisé des usagers. Ils sont presque à égalité pour estimer si l’offre des organismes de vacances adaptées correspond aux attentes : 51% oui, 48% non. Ce sont ces professionnels qui placent au premier rang des freins aux vacances leur coût élevé (39%), et 84% déclarent qu’il n’existe pas de partenariat entre leur établissement et un organisme de vacances adaptées. Et ils sont 58% satisfaits de l’organisation du séjour de leurs usagers, 41% n’étant pas satisfaits, un ressenti plus négatif que les familles et proches.
De cette enquête ressortent plusieurs enseignements. L’agrément Vacances Adaptées Organisées n’est pas synonyme d’adéquation aux besoins et aspirations des clients handicapés intellectuels, ni un gage de qualité absolue. Ces séjours sont coûteux, en moyenne 1.300€ la semaine et 2.500€ pour deux semaines, auxquels il faut ajouter le transport domicile-lieu du séjour. Si des aides financières existent via la Prestation de Compensation du Handicap ou les chèques vacances, cela nécessite de lourdes formalités à la charge des familles ou des établissements. Le départ en vacances est un droit encore à conquérir pour de nombreuses personnes handicapées, intellectuelles ou pas.
Trois questions à l’Unapei
Membre du conseil d’administration de l’Unapei, Alain Dupré représente cette union d’associations de personnes handicapées intellectuelles au sein du Conseil National des Loisirs et du Tourisme Adapté (CNLTA). Cet organisme fédère des organisateurs de séjours de Vacances Adaptées Organisées et des associations de personnes handicapées.
Question : Comment comprenez-vous la demande, et ce que devraient être des vacances vraiment adaptées au souhait de confort et de diversité d’activités des candidats à ces séjours organisés ?
Alain Dupré : Je suis avant tout parent, père d’une fille de 43 ans qui vit dans un foyer occupationnel. Je connais le sujet avec mon expérience de parent. Les vacances sont une manière de rencontrer d’autres personnes, d’accéder à d’autres systèmes, s’enrichir. Les personnes les plus fragiles sont moins dans le monde ordinaire, c’est pour cela que leurs parents considèrent que les vacances sont extrêmement importantes. Elles se préparent en amont dans les établissements, en étudiant les offres disponibles en lien avec les familles, pour bien préciser la demande et orienter sur le séjour adéquat. Sinon des vacanciers peuvent se retrouver dans un groupe qui ne leur convient pas, avec des problèmes d’homogénéité. Les vacances adaptées doivent être un élément du projet personnalisé d’accompagnement tout au long de l’année. Les vacances, c’est une émancipation, c’est aller dans des milieux ordinaires, c’est rencontrer d’autres personnes, des loisirs qu’on ne pratique pas le reste de l’année. Tout ça est important.
Question : Pourtant votre enquête montre qu’on ne parle pas des vacances dans un tiers des établissements, et que l’offre de séjours ne correspond pas vraiment aux attentes.
Alain Dupré : A l’Unapei on souhaite, par nos actions et notre engagement au CNLTA, qu’il ait une meilleure compréhension et analyse sur ce qui va bien ou qui doit être amélioré. On a diffusé notre enquête dans l’ensemble de notre réseau pour qu’elle fasse réfléchir et que les vacances adaptées soient réellement un élément du projet des personnes. Elles ont droit comme les autres à des vacances. Mais avec la crise sanitaire du Covid, le drame de Wintzenheim, la hausse du coût des séjours, les difficultés de recrutement des équipes d’encadrement, l’offre s’est restreinte parce que des organisateurs de séjours ont mis la clé sous la porte. Au-delà de la promotion des vacances adaptées auprès de toutes les associations, il faut que les propositions de séjours soient plus importantes et plus variées.
Question : Mais il reste l’obstacle majeur du coût des séjours, qui est multiplié par trois en comparant avec les offres similaires pour le grand public. Comment cela s’explique-t-il : par l’encadrement, des frais particuliers, le taux de marge ?
Alain Dupré : Au CNLTA, avec des organisateurs on a décortiqué un prix de séjour. Ils n’ont pas de marge, ils sont ras les pâquerettes. La tendance, ces dernières années, est au regroupement d’organisateurs, ce qui de mon point de vue n’est pas la solution. L’encadrement, même si les salaires ne pas élevés, c’est 1 pour 1 dans certaines séjours. Les transports pèsent également beaucoup. Le coût moyen d’un séjour d’une semaine est de 1.300€. Là-dessus, on peut demander la Prestation de Compensation du Handicap à la discrétion des départements, c’est environ 300€, et autant pour les chèques vacances de l’ANCV. Avec ces aides, un séjour va revenir à 700€ pour la personne ou sa famille [hors coût du voyage vers le lieu du séjour NDLR]. A l’Unapei, on prône davantage de financement public et son uniformisation sur le territoire national, parce qu’on ne sait pas si tous les départements aident les personnes handicapées pour leurs vacances.
Laurent Lejard, mai 2026.





