Éditorial
  La politique à la traîne.
  À quelques semaines des élections municipales et communautaires, les partis politiques se voient reprocher une fois encore de ne pas faire place aux citoyens handicapés...


          Au printemps 2019, la secrétaire d'État aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, avait pris argument des élections au Parlement Européen pour mettre en cause les partis politiques refusant d'intégrer des citoyens handicapés sur leurs listes. Le résultat est connu, aucun des rares candidats handicapés n'a été élu, pas même la candidate du parti présidentiel, Charline Mathiaut, qui avait même refusé d'être interviewée sur sa candidature parce qu'elle ne voulait pas évoquer... son handicap (lire l'actualité du 10 avril 2019) ! A quoi bon mobiliser des citoyens handicapés dans son propre parti pour constater qu'ils ne sont que "la personne en fauteuil en bas à gauche sur la photo qui fait bien" ?

Parce que c'est de cela qu'il s'agit, comme nous l'expliquait récemment Kevin Carnec, conseiller municipal de Lorient démissionnaire un an avant la fin de son mandat : "Je me suis fait avoir une fois. J'étais une plante verte, un petit jeune de 19 ans qui n'ose pas dire, on l'a pris pour faire bien". Combien d'autres citoyens issus de la "diversité" ont-ils été ainsi instrumentalisés par des potentats locaux ou dirigeants de partis politiques ? S'engager dans la vie publique, ce n'est pas pousser la porte en ayant naturellement sa place, il est nécessaire d'apporter des idées et de savoir les mettre en débat puis en oeuvre.

A cet égard, la nouvelle analyse de Sophie Cluzel dans Le Parisien du 23 janvier dernier est particulièrement erronée : les personnes handicapées "hésitent à se lancer en politique car elles jugent cela trop dur". Certainement pas plus que monter un dossier MDPH avec devis et projet de vie pour le voir retoquer ! Non, le problème est ailleurs, dans la perception que les citoyens ont des politiciens qu'ils voient s'agiter sur les écrans et qu'ils entendent asséner leur conception de la vie que doivent avoir des gens dont ils ignorent le quotidien. S'ils s'y intéressaient, les personnes handicapées circuleraient aisément dans les rues sans être regardées comme des bêtes curieuses, entrer dans les services publics et les commerces deviendrait tout à fait ordinaire et elles ne seraient plus considérées comme des gêneuses parce qu'elles ont besoin d'un peu d'aide et de compréhension. Tendre la main n'est pas un geste à sens unique...


Laurent Lejard, février 2020.




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