L’élaboration de la loi d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2030 aura été longue et remplie de surprises particulièrement désagréables dans le champ du handicap. Cette nouvelle loi autorisera la construction d’immeubles et installations provisoires en dérogeant aux règles en vigueur, sécurité et salubrité exceptées (article 17 2e alinéa.) En revanche, le cabinet de la ministre des Sports a bien confirmé aux journalistes que l’accessibilité entrait parmi les dérogations, cinquante ans après la première loi obligeant à la mettre en oeuvre dans les constructions neuves. On doit donc en conclure qu’à l’horizon 2030 la France donnera au monde le spectacle de constructions avec « barrières architecturales », pour reprendre le terme universellement consacré…

En matière de transports publics, la loi prévoit, à l’article 21, un rapport élaboré d’ici dix-huit mois avec « de nouvelles propositions pour développer l’accessibilité universelle des modes de transports nécessaires pour rejoindre les sites liés à l’organisation et au déroulement des jeux. » On ne peut espérer que des aménagements marginaux : il est déjà trop tard pour accessibiliser des réseaux. C’est ainsi que les Provençaux devront se rendre aux Jeux en voiture et autocar, l’unique liaison ferroviaire depuis Marseille demeurant à voie unique à petite vitesse non électrifiée dont le temps de trajet est un tiers plus long que par autoroute et route ; ce délaissement dure depuis plus de cinquante ans, sans mobiliser les élus des territoires concernés, qui adorent se bouffer le foie. Cela a coûté aux habitants le prolongement de l’autoroute interrompue au nord de Sisteron, dans les Alpes de Haute-Provence. Les Rhône-Alpins sont mieux lotis grâce aux TGV et TER, mais les gares ferroviaires demeurent éloignées des domaines skiables. En Suisse, les trains vont jusqu’au pied des pistes : en France, on ne sait pas faire.

Et parvenus dans les gares alpines, les visiteurs handicapés n’auront pas davantage de services de transports : l’article 22 bis créant des licences gratuites pour exploiter des taxis adaptés a été supprimé sans débat. Dégât collatéral : le texte prolongeait la validité des 780 licences créées en Île-de-France pour les jeux de Paris 2024 et ne seront plus valables d’ici trois ans. Retour au 20e siècle !

Laurent Lejard, février 2026.

PS : un arrêté ministériel publié le 5 février autorise à déroger aux normes d’accessibilité dans le cadre de la reconstruction d’immeubles et installations ouvertes au public à Mayotte, et là il ne s’agit pas de faire du provisoire mais du définitif.

En séance à l’Assemblée Nationale le 3 février et au Sénat le 5 février, la ministre des Sports a précisé sur quelles installations des dérogations aux normes de construction seront mises en oeuvre : « L’article 17 permet ainsi d’octroyer des permis de construire, dits à double état, pour les villages olympiques et paralympiques, afin que la seconde vie de ces infrastructures, qui sera tout autre que l’accueil des athlètes, ne nécessite pas l’obtention d’un second permis. » Alors que le village olympique et paralympique des Jeux de Paris 2024 a été conçu et bâti entièrement accessible aux futurs occupants handicapés de ses logements, ceux des Alpes Françaises seront construits avec une accessibilité réduite. Le cabinet de la ministre des sports avait confirmé le 28 janvier dernier lors d’un point presse que les normes d’accessibilité figuraient parmi les dérogations aux règles de construction autorisées par la loi d’organisation des Jeux d’hiver 2030. Ces derniers sont d’ailleurs compromis par une crise de gouvernance, de graves dissensions internes et des accusations de malversations au sein du Comité d’organisation, la carte des sites olympiques n’étant pas définie moins de 4 ans avant l’ouverture des Jeux alors que le délai restant apparaît déjà insuffisant pour élaborer des constructions pérennes.

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