Lors de chaque rentrée universitaire, des centaines de milliers d’étudiants chassent le logement. Les plus chanceux, également d’ailleurs les moins aisés, obtiennent une chambre dans l’une des Cités U de l’un des CROUS qui disposent au total de près de 175.000 lits. S’y ajoutent presque autant d’appartements en résidences universitaires du secteur privé, tout cela pour près de 3 millions de jeunes à loger. Et parmi eux, seuls quelques dizaines parviennent à accéder à un établissement proposant un hébergement adapté pour un lourd handicap moteur, nécessitant une aide humaine importante. Ceux-là se retrouvent dans l’une des trois résidences universitaires adaptées gérées par la Fondation Santé des Étudiants de France (FSEF) : l’une de 16 logements domotisés dans le 5e arrondissement de Paris, la seconde à Nanterre (Hauts-de-Seine) avec 16 studios, et la troisième, Prélude, à Grenoble (Isère), comptant 18 studios et 2 T2 parmi les 220 appartements de la résidence CROUS des Taillées. Nos lecteurs se souviendront du témoignage d’une résidente de Prélude, Chloé Fonvielle, dont on relatait en 2020 les péripéties de sa prise en charge ; depuis, rien n’a changé. Outre ces établissements, le campus de Nancy (Meurthe-et-Moselle) dispose d’un Foyer d’Accueil Médicalisé pour 27 étudiants handicapés dépendants avec personnels infirmiers et restauration 24h sur 24, géré par l’association Accueillir et Guider l’Intégration (AGI).
La Fondation Santé des Étudiants de France est issue d’un établissement créé à l’issue de la deuxième guerre mondiale, sur le plateau de Saint-Hilaire-du-Touvet, près de Grenoble. De sanatorium scolaire pour enfants et jeunes tuberculeux, il est devenu centre de longue rééducation pour les accidentés pouvant également poursuivre leurs études, et la Fondation a ensuite essaimé en plusieurs cliniques de rééducation. « Dans chacune un service soins études permet à chaque jeune de poursuivre ses études scolaires durant l’hospitalisation », précise Florence Lariguet, Responsable de la résidence FSEF Prélude à Saint-Martin-d’Hères, proche de l’hôpital de Grenoble et du pôle d’accompagnement et soutien psychologique pour jeunes. La Fondation gère par ailleurs des cliniques et établissements médico-sociaux.
« La résidence universitaire adaptée Prélude a vu le jour en 1993 en partenariat avec le CROUS de Grenoble, complète Florence Lariguet. Nous avons 20 logements domotisés adaptés aux étudiants à mobilité réduite, c’est vraiment la plus-value : le jeune arrive dans un logement clés en main totalement adapté, il n’a pas à faire tout un dossier pour rechercher les adaptations, le financement qui peut prendre avec les MDPH de 6 mois à un an avant d’être réalisé. Et on sait tous qu’un lycéen, une fois qu’il a le baccalauréat et ses résultats Parcoursup, a de juin à septembre pour trouver toutes les solutions pour démarrer des études. » La différence entre les résidences de la FSEF et du CROUS tient dans l’aide humaine : si les Cités U « croussiennes » disposent de chambres accessibles et adaptées, plus grandes et aussi plus chères, il appartient au résident de mettre lui-même en place l’aide humaine nécessaire à sa vie quotidienne en montant, au moins un an à l’avance, un dossier de Prestation de Compensation du Handicap auprès de sa Maison Départementale des Personnes Handicapées. Par contre, pour loger dans les résidences FSEF, il lui faut seulement obtenir une décision de la Commission des Droits et de l’Autonomie de la MDPH constituant également une garantie comme une affaire récente le montre : un locataire depuis 2020 de la résidence FSEF Colliard de Paris 5e s’est vu refuser, fin mai dernier, le renouvellement de son séjour, décision annulée par le Tribunal Administratif de Paris le 26 juin. Dans cette affaire, la Fondation n’avait pas saisi la Maison Départementale des Personnes Handicapées du résident, originaire du Val d’Oise, afin de faire révoquer la décision de placement du jeune homme courant jusqu’en juillet 2027. Et comme elle ne s’est ni présentée ni défendue à l’audience de référé, la FSEF a été logiquement renvoyée au respect du droit qu’elle n’a d’ailleurs pas contesté en s’abstenant de se pourvoir en cassation au Conseil d’État.
Si les résidences FSEF disposent d’un pôle d’auxiliaires de vie présents 24h sur 24 permettant une adaptation permanente aux variations d’emploi du temps et aux envies de sorties, la difficulté soulevée en 2020 par Chloé Fonvielle demeure : cette aide est couverte par la PCH en établissement et se limite donc aux prestations délivrées à sa vie quotidienne, excluant tous les temps et lieux d’études universitaires. Là, ces étudiants entrent dans le « droit commun » à l’ensemble des étudiants handicapés, c’est-à-dire aux dispositifs mis en place (ou pas) par les université et établissements annexes, tels les bibliothèques universitaires. Si en France quelques dizaines d’étudiants handicapés dépendants sont déchargés du souci du logement et de l’aide humaine à domicile, il leur reste à affronter le suivi des études selon la disponibilité et le bon-vouloir des établissements universitaires, des quelques personnels dédiés, ainsi que de camarades bienveillants.
Autre difficulté liée au système de sélection à l’accès aux études universitaires Parcoursup : du fait de la suppression de la priorité d’inscription précédemment accordée aux lycéens handicapés, les résidences adaptées sont à chaque rentrée universitaire soumises à des renonciations. « Cette année, justifie Florence Lariguet, on avait 6 personnes sur liste d’attente, et lorsque des jeunes admis à Prélude ont reçu leurs résultats Parcoursup et se sont rendus compte qu’ils n’étaient acceptés par aucun établissement sur Grenoble, ils se sont désistés. On a rappelé des jeunes sur liste d’attente qui nous ont dit qu’avec Parcoursup ils n’ont pas pu attendre 15 jours/3 semaines pour répondre à l’université proposée, ou avaient opté pour une université proche de chez leurs parents, ou trouvé une solution de logement. » Autre souci, la méconnaissance par les professionnels qui accompagnent les lycéens handicapés des résidences universitaires adaptées, du fait d’un renouvellement accéléré de ces personnels qui restent moins longtemps en fonction et génère une perte d’information. Aussi la FSEF mise sur les réseaux sociaux pour faire connaître son offre et ses établissements qui ne croulent pas sous les demandes. Mais est-ce bien un signal positif ?
Laurent Lejard, août 2026.



