Voilà une idée géniale qui ne pouvait émaner que d’une intelligence supérieure : faire payer un document pour déposer un recours gratuit à l’encontre d’une sanction indue ! Ce remarquable cerveau est celui de Thierry Garot, créateur de PlaqZen, une appli mobile délivrant une attestation horodatée de stationnement. Ce manitou des affaires s’était associé à Philippe Croizon pour lancer en janvier 2024 l’appli mobile Very Important Parking, qualifiée de « Waze de l’accessibilité » et tombée en déshérence en moins de deux ans malgré de multiples partenariats dont, en février 2025, celui d’Eric Larchevèque (« Qui veut être mon associé ? ») : il a investi 120.000€ dans l’affaire. A son lancement, l’appli était payante, 19,99€, et pas fonctionnelle, elle est rapidement devenue gratuite… et pas davantage opérationnelle.

Nanti de cette expérience contrastée, Thierry Garot s’est lancé avec d’autres dans l’aventure PlaqZen. Là, les titulaires d’une carte européenne ou mobilité inclusion stationnement (CMI-S) pourront fournir la preuve qu’ils ont bien garé leur véhicule tel jour à telle heure sur tel lieu précis. S’ils sont sanctionnés d’un forfait post-stationnement délivré par une procédure de contrôle automatique du paiement du stationnement en voirie, cette attestation serait la preuve absolue qu’ils n’avaient pas à le payer et ils la joindront à leur Recours Administratif Préalable Obligatoire. Rappelons toutefois qu’ils bénéficient depuis le 19 mai 2015 de cette gratuité sans avoir à faire autre chose que d’apposer leur carte bien visible derrière le pare-brise du véhicule. Depuis, la dépénalisation du stationnement payant a effectivement conduit des villes à ne pas respecter la simplicité de ce droit, ouvrant ainsi une opportunité de business à Monsieur Garot et acolytes.

Acheter l’inutile

Seulement il y a deux hic : le premier, l’attestation délivrée n’a aucune valeur en justice contrairement à ce qu’affirme l’appli, elle n’est régie ni par une loi ni par un décret.

Les tarifs de PlaqZen pour les entreprises

Le second : la possession de la carte européenne ou CMI-S suffit à faire valoir son droit à gratuité du stationnement, même si la carte n’était pas visible lors d’un contrôle effectué par un employé assermenté. Sur ce point, les deux plus hautes juridictions françaises se sont prononcées, en mars 2021 pour le Conseil d’État en matière de stationnement payant, et en avril 2014 pour la Cour de Cassation au sujet du stationnement sur place réservée. En résumé, si vous oubliez de placer votre carte en évidence derrière le pare-brise, la simple fourniture d’une copie en effectuant votre recours vous exemptera du paiement du forfait post-stationnement ou d’une contravention sur emplacement réservé, en rappelant ces jurisprudences.

Alors payer 29€ pour un particulier et 69€ pour une famille afin d’obtenir des attestions inutiles à éditer pour chaque stationnement, c’est déjà cher. Mais ce n’est rien à côté des abonnements pour les entreprises, allant de 99€ à 1.470€ hors taxes, et même davantage pour les grosses boîtes. Ce sont elles les principales cibles de cette innovation à l’avenir incertain…

Laurent Lejard, mars 2026.

PS : Nous avons évidemment contacté Thierry Garot pour évoquer son innovation. S’il a répondu à d’autres journalistes (ce qui lui a permis d’obtenir des articles complaisants), il n’a pas donné suite à notre demande…

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