Handicap moteur
  Revivre après l'accident.
  Ce devait être un parcours sportif ludique au milieu de centaines de participants, mais l'incurie d'un organisateur a transformé un jeu en tétraplégie pour Gauthier Deconihout, qui a dû se battre pour être indemnisé de manière à reconstruire sa vie. Récit.


 

            "Face au No limit Day, on est en guerre pour obtenir l'indemnisation de mon préjudice corporel." Cette sorte de parcours du combattant ludique pour civils plus ou moins sportifs s'est déroulé le dimanche 16 octobre 2016 au golf de Bois-Guillaume, en Seine-Maritime. Sur un obstacle, Gauthier Deconihout, 25 ans à l'époque, s'est retrouvé tétraplégique parce que l'installation était mal conçue, ce qui a entrainé des blessures involontaires comme l'a reconnu le Tribunal Correctionnel de Rouen le 26 avril 2018, en condamnant l'organisateur et gérant du golf à un an de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende à laquelle s'ajoute une autre amende de 20.000€. "L'organisateur a souscrit une assurance auprès de Generali, commente Gauthier Deconihout, qui fait systématiquement appel des condamnations et des sommes qu'elle doit verser. La première provision est en Cassation. C'est surtout l'assurance qui me tourne le dos, même si le propriétaire du golf n'a jamais pris de mes nouvelles. J'aimerais que ce soit fini et qu'on passe à autre chose."

Parce qu'il doit désormais vivre avec les séquelles paralysantes d'une tétraplégie complète C2-C3, et sous assistance respiratoire permanente. Après de longs séjours de rééducation fonctionnelle à Berck (Pas-de-Calais) puis près de chez lui, il vit dans une maison qu'il a pu faire adapter grâce aux provisions que son avocat a littéralement arrachées à coup de procédure judiciaire, l'assureur activant tous les recours dilatoires. Gauthier Deconihout a besoin d'aide humaine en permanence, elle lui est attribuée à raison de 28 heures sur 24 (avec des dédoublements de personnels matin, midi et soir). Mais avant d'obtenir une indemnisation qui reste encore dans les méandres judiciaires, la solidarité humaine l'a aidé, ainsi que sa famille, à surmonter les difficultés, par la création d'une association de soutien, Tous solidaires pour Gauthier : "Les personnes à la base de l'association ont fait la course avec moi, montent des projets pour avancer et organiser des manifestations qui perdurent, théâtre, loto, rallye vélo ou marche en forêt, marché de Noël, soirée dansante. Les amis proches sont restés, et j'ai eu la chance d'avoir beaucoup de visites à l'hôpital." 25.000€ ont été récoltés, ce qui peut sembler peu en rapport des 600.000€ que Generali a été contrainte de payer à titre de provision sur l'évaluation définitive du préjudice corporel de Gauthier et de sa famille, mais représente une solidarité humaine qui donne tout son sens à la vie.

 



 

Cela d'autant plus que la solidarité nationale pourrait être refusée à Gauthier : "Je touche la Prestation de Compensation du Handicap jusqu'à fin juin 2020, pour m'aider à mon retour à domicile. Mais à la Maison Départementale des Personnes Handicapées, on m'a dit qu'elle ne serait pas renouvelée parce qu'une assurance m'indemnise." Dans le futur, au terme d'un parcours en justice qui peut durer quelques années encore. Si la MDPH de Seine-Maritime prenait une telle décision, ce serait parfaitement contraire à la loi, comme vient encore de le rappeler la Cour de Cassation dans un arrêt du 6 février dernier : la PCH ne peut être déduite ou récupérée d'une indemnisation du préjudice corporel. Mais pour obtenir ses droits, il faut se battre contre tous les obstacles, même ceux qui sont érigés par les organismes pourtant conçus pour aider un homme tétraplégique.

Gauthier Deconihout voudrait tourner la page et vivre sereinement : "La reconstruction de la vie de famille s'est vraiment faite à la maison, il a fallu que chacun retrouve sa place. Rien que pour les enfants, 'papa est revenu il va faire preuve d'autorité'. Pendant le séjour à Berck, le lien avec les enfants a été maintenu, et on en avait tous envie." Côté revenus, il perçoit une pension d'invalidité d'un montant équivalent à l'Allocation Adulte Handicapé, son épouse infirmière s'est mise en mi-temps thérapeutique après l'accident, et lui prépare une reprise d'activité professionnelle. Jusqu'à l'accident, il travaillait comme conseiller en normes environnementales dans un cabinet d'expertise comptable, CERFrance, pour aider les agriculteurs sur leurs obligations : "Je vais reprendre à temps très partiel. La Mutualité Sociale Agricole [régime de Sécurité Sociale du monde agricole NDLR] a proposé la reprise de travail à titre occupationnel, au sein du service environnement de l'entreprise mais sans visites de terrain. Je vais m'occuper des tableaux de suivi d'avancement des dossiers, reprendre la partie surveillance des stocks de produits, etc." S'il ne fait plus de sport, Gauthier maintient autant que possible une vie sociale : "On fait des sorties chez des amis, au restaurant. J'ai découvert l'accessibilité après l'accident, même si j'ai deux cousins handicapés. Les obstacles que l'on peut rencontrer, des voitures sur le trottoir, il faut tout prévoir." Et c'est dans cet esprit qu'il prépare déjà ses premières vacances depuis plus de trois ans : "On ira à Narbonne, parce que je connais des gens là-bas, que j'ai connus lors d'un stage il y a dix ans. L'un a ouvert un gite accessible et adapté, on a réservé au domaine Paul Huc, à une demi-heure de Narbonne. On a prévu le tour des caves, le bord de mer." Et l'optimisme qui va avec...


Laurent Lejard, février 2020.

 




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