Handicap moteur
  Les souffrances d'Aubert Péchon.
  Dans un poignant récit autobiographique, ce jeune quinquagénaire expose avec ses mots les péripéties de la vie affective et sexuelle qu'il aurait aimé avoir mais ne peut atteindre faute de confiance en soi dans son rapport aux femmes. Portrait.


 

            "Le dernier chapitre est de pure imagination, le reste, c'est la réalité. Mon témoignage est un peu enjolivé, romancé". Aubert Péchon est clair, son récit Déboires et femmes virtuelles, paru aux éditions Jet d'encre, est son vécu d'homme aujourd'hui âgé de 52 ans et qui vit avec les séquelles d'une ataxie cérébelleuse, assez semblables à celles d'une infirmité motrice cérébrale, dont l'élocution hachée, l'équilibre précaire et la marche hasardeuse. Ce n'est pourtant que tardivement, à 28 ans, qu'il s'est fait reconnaître travailleur handicapé, une volonté de vivre comme tout le monde ? Il attendra 2008 pour demander l'Allocation Adulte Handicapé. "Une assistante sociale s'est occupée de moi. Auparavant, j'étais au RMI [ancêtre du RSA NDLR]." S'il a effectué un stage de préorientation, cela ne lui a rien apporté côté professionnel, si ce n'est un passage pendant huit mois dans un Établissement et Service d'Aide par le Travail. Il y faisait du conditionnement, du collage d'étiquettes... et n'a pas poursuivi.

Aubert a cherché l'âme soeur sans jamais la trouver, fût-ce quelques semaines. "Je n'ai jamais eu de vie sentimentale, affective et sexuelle. Jusqu'en 1995, il fallait encore que je comprenne les femmes, ça n'a jamais très bien marché." Il raconte ses courtes expériences de vie commune, plutôt ternes. Un récit parsemé de préjugés sur les femmes, idées reçues qui n'ont fait que le bloquer davantage sans qu'il en ait pris conscience. "Si je connaissais le problème, je l'aurais résolu, je comprends que j'ai des problèmes sexuels. Il y a quelque chose de physique, proche de l'impuissance. Je n'ai pas eu d'expérience sexuelle au sens physique du terme, en tout cas pas satisfaisante. L'homme doit 'assurer'. Il faut passer le cap de la rencontre, ça ne m'est jamais arrivé. Et se mettre à genoux pour avoir une relation, ça ne me convient pas. Des mecs se font mener par le bout du nez..." Cette misère affective et sexuelle, Aubert Péchon la vit depuis l'adolescence, sans jamais l'avoir confiée à un médecin sexologue; autour de ses 45 ans, il a hésité, mais n'a pas franchi le pas.

 



 

Il a tenté la vie en communauté mais sans faire de "touche", ça ne marche pas comme dans le film des années 1980 Les Babas-cool ! Il a également écumé les sites de rencontre gratuits ou payants, s'est même fait escroquer en 2003 de 2.000€ par une femme prétendant avoir besoin d'aide pour recevoir un héritage : "Ça s'est reproduit il y a deux ans", avoue-t-il... Le récit d'Aubert Péchon est imprégné d'une forme de naïveté qui montre que ce type d'escroquerie dite "à la nigériane" a encore de beaux jours devant elle. Et d'ailleurs, n'a-t-il pas été abusé par un homme ? La communication par courriel ne garantit jamais de la qualité ni même de la réalité du correspondant : femme, homme, jeune dévoyé, interface automatique, tout est possible sur les sites de rencontre. Il a plongé dans cet univers assez interlope sans s'être informé au préalable. Et Aubert doute encore des "profils" qu'il a vus et consultés sur ces sites de rencontre, d'autant que passer de l'échange virtuel à la rencontre physique s'est très rarement produit.

"J'ai eu du mal à parler de mon impuissance, l'écrire c'est dur. Et ce n'est pas réglé. J'espère, mais... Les médecins, je suis un peu perdu, je consulte régulièrement des urologues." Ce n'est guère chez eux qu'il trouvera les moyens de sortir de sa misère affective, qu'il attribue à une timidité excessive. Pourtant, il a travaillé au contact des gens, pour plusieurs journaux et revues, tout en réfutant d'être journaliste. "Je suis pigiste, rédacteur de presse. J'ai écrit ce livre pendant deux ans. Ce qui m'a poussé à le faire, c'est qu'il faut que la société évolue. Je me suis dit que je devais exposer ma vie." Mais cet exorcisme public sera-t-il suffisant ? "J'ai un peu d'argent pour vivre avec l'AAH, ça ne permet pas d'avoir une femme. Il faut être rassurant, pour une femme, je n'ai pas trouvé la solution."


Propos recueillis par Laurent Lejard, novembre 2019.


Déboires et femmes virtuelles, par Aubert Péchon, édition Jet d'Encre, 18,90€ chez l'éditeur. Deux autres de ses écrits sont disponibles en ligne : l'un sur un accident en montagne suivi d'une rééducation, Un accident de solitude, l'autre est un plaidoyer, Réapproprions-nous la langue française.

 




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