« Être déficient visuel et faire adapter le livre de son choix en braille ? Cela n’avait encore jamais été fait et il y a des raisons à cela. Alors on va tester ! Pendant un mois, du 1er au 30 avril 2026, le Centre de Transcription et d’Édition en Braille (CTEB) propose aux particuliers un service de transcription « livre en braille à la demande. »
Pourquoi choisir son livre était impossible ?
Rentrer dans une librairie et commander le livre de son choix en braille, parmi les 63.815 sorties annuelles françaises, c’est comme une vieille discussion qu’entretient chaque génération autour d’un feu de cheminée en parlant d’un futur plus heureux. Ça devient lentement un mythe, une impossibilité que l’on a acceptée, une chose infaisable que l’on ne remet même plus en question. Normal quand on sait que l’adaptation de livres au handicap visuel est exclusivement possible grâce aux associations. Ces livres coûtent cher car le braille demande un savoir-faire, des machines et du papier spécifiques. Une édition de niche vitale mais mal connue, que les moyens autofinancés, et donc limités, de l’associatif ne peuvent qu’étendre avec grande peine.
Utiles pour le plaisir, l’imaginaire, développer sa sensibilité tactile, les livres en braille le sont pourtant surtout pour apprendre l’orthographe et le langage. En cela, le braille et le livre en braille papier sont décisifs pour la vie intérieure et extérieure d’un individu aveugle. Quand on lit autrement, on n’est pas un lecteur lambda. Les coûts d’un livre adapté peuvent être rédhibitoires. Et puisque seuls 4% des livres sont adaptés en braille, et que l’on a que le choix des autres pour faire le sien, alors on n’est pas non plus un citoyen comme les autres.
Un livre, en 2025, c’est un bien culturel de première nécessité, un objet courant de consommation qu’une personne voyante croise banalement tout au long de sa vie, dans sa chambre, chez des amis, à l’école, au travail, sur le web ou dans une médiathèque. On ne l’imagine pas mais, pour certains, c’est un produit de luxe très peu accessible. « Pourriez-vous adapter ce livre pour moi ? », « Vous avez ce livre en braille dans votre librairie ? », « Si je vous envoie le fichier, vous pourriez m’adapter ce livre en braille ? », « Je suis prêt à payer, combien ça me coûterait pour avoir ce livre en braille ? », « Vous devriez faire cet ouvrage, on en a marre des habituels [autres] ! » Combien de fois avons-nous entendu ces questions ? Qui n’en a pas déjà formulé ?
Et si on essayait ?
Pour voir, pour savoir, pour que vous et nous puissions en parler concrètement. En rendre compte même ? Mettre dessus des chiffres, des ressources, des arguments pour qu’un jour un livre en braille puisse être durablement « à la demande. » Est-ce que la demande sera si forte ? Est-ce vraiment impossible ? Quelles ressources cela coûtera-t-il ? Quelles idées seront les bonnes ? Quelles aides de l’État sont nécessaires ? Quelles technologies peuvent nous y aider ?
Tel est l’objectif de cette opération réservée aux particuliers (règlement à télécharger), à raison d’un seul livre par personne, en langue française et de moins de 10 ans, jusqu’à 400 pages pour les romans. Les 100 premières demandes seront, après validation, garanties de transcription. L’équipe du CTEB se garde un droit de réserve pour les suivantes, en fonction de son volume de travail. A noter que les illustrations ne seront pas transcrites, et que les ouvrages en auto-édition ne pourront être acceptés.
Le livre ainsi adapté pour vous sera toujours facturé par le CTEB au même prix que le livre original (prix unique éditeur), quel que soit le nombre de volumes et sans frais d’expédition. Les délais de transcription pourront être plus longs suivant le volume des demandes à formuler uniquement par voie numérique, du 1er au 30 avril 2026, sur livrealademande@cteb.fr.
Le CTEB se donne un mois pour tester et savoir, alors profitez-en !
Centre de Transcription et d’Édition en Braille, avril 2026.


