Érigé en esport, le jeu vidéo réalise un chiffre d’affaires mondial trois fois supérieur à celui du cinéma : 120 milliards de dollars en 2018, dont 5 milliards d’euros en France, avec un taux de croissance élevé. Ceci en laissant de côté les joueurs handicapés, réduits à une poignée de jeux accessibles dès que leurs déficiences motrices, visuelles, auditives ou mentales sont significatives. Un délaissement qui commence à évoluer grâce à diverses initiatives dont la collaboration entre un diffuseur, Gamestream, et un spécialiste de l’accessibilité numérique ludique, BePlayerOne.

Karen Seror

« La plate-forme Gamestream est engagée en faveur de cette accessibilité, justifie sa directrice du marketing, Karen Seror. Notre société fournit des solutions de jeux vidéos en streaming destinées aux professionnels : opérateurs téléphoniques et communication, diffuseurs Internet, chaînes d’hôtels, paquebots de croisières, établissements de santé, etc. Elle propose actuellement 80 jeux en plusieurs packages. » A ses côtés, Maxime Viry, fondateur de BePlayerOne, précise : « On a pour objectif de donner ou redonner un accès aux jeux vidéos aux personnes en situation de handicap, à travers deux axes de développement : concevoir des solutions de jeux adaptés comme des manettes et des logiciels, et accompagner des éditeurs de jeu dans l’intégration de solutions d’accessibilité. »

Le matériel a évolué…

Manette adaptative Xbox

« Il y a encore quatre ans, la problématique de cette accessibilité n’existait pas, on n’en parlait pas. Jusqu’à ce que l’association Cap Game fasse un important travail de sensibilisation en France, comme d’autres organisations dans des pays étrangers. Aujourd’hui, une demi-douzaine d’éditeurs mondiaux, dont le français Ubisoft, intègrent progressivement des fonctions d’accessibilité dans leurs jeux. » Si cette accessibilité n’est pas la norme, elle évolue significativement selon Maxime Viry. Les fabricants de consoles s’y mettent également, tel Sony qui annonce pour cette année une Playstation 5 bien pourvue à cet égard. Microsoft a sorti en 2018 une manette adaptative qui fonctionne avec la Xbox ou un ordinateur : on y raccorde des contacteurs, des périphériques spécifiques pour personnaliser son support de jeu. « Avec ce hub, on s’émancipe totalement de la nécessité d’une interface entre l’équipement adapté et le jeu. » Et selon Maxime Viry, on peut avec un peu de bricolage l’adapter à d’autres consoles. Mais il déplore le manque de solutions à brancher sur ce boîtier ; l’offre en contacteurs, boutons et autres périphériques accommodables ne couvre pas tous les besoins, et certains matériels demeurent très coûteux.

Maxime Viry

« Gamestream propose un catalogue de jeu vidéo qualité console, ajoute Karen Seror; en streaming, d’accès illimité et multi appareils, mobiles, ordinateurs, tablettes, smart tv. Notre promesse, c’est de pouvoir jouer sur n’importe quel appareil connecté à Internet sans téléchargement de jeu ni mise à jour ni console. » Ce cloud gaming serait, selon elle, l’avenir du jeu vidéo y compris pour les amateurs handicapés, en sélectionnant l’outil qui leur convient le mieux : « On a fait des tests avec nos solutions, la manette Microsoft peut s’interfacer naturellement avec n’importe quel de nos jeux. Le cloud gaming permet de s’affranchir des contraintes matérielles. Et notre vocation est de rendre le jeu vidéo accessible à tous. C’est un espace de récréation qui permet la socialisation et l’inclusion.»

Mais les éditeurs restent à convaincre.

Gamestream a ainsi conclu un accord de commercialisation par Bouygues Télécom de sa solution Pleio pour mobiles 5G et tv connectée, qui compte 80 jeux, et BePlayerOne a travaillé sur son accessibilité. « Dans la récente étude qu’elle a effectuée, précise Karen Seror, on a constaté que des personnes en situation de handicap se sentaient parfois abandonnées des éditeurs de jeu, avec le sentiment que leur problématique n’est pas considérée. On négocie avec les éditeurs, on les sensibilise, et on met BePlayerOne en relation avec eux. C’est un échange gagnant-gagnant. » C’est l’une des difficultés identifiées par Maxime Viry : « Il n’y a probablement qu’une trentaine de jeux réellement accessibles sur des dizaines de milliers. Avec Gamestream, on s’est assurés que leur interface soit accessible. » Mais une interface ne fait pas tout, Maxime Viry estime que son important handicap moteur lui permet d’utiliser le tiers des jeux de la plate-forme Pleio. Et il compte sur la prochaine génération de jeux vidéos pour espérer disposer d’une gamme élargie de jeux praticables par tous. La pleine accessibilité pour plus tard, comme d’habitude…

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