Dans la France macroniste de 2021, manifester peut conduire en prison. Tel est le message qu’a fait passer ce 19 mai la justice à 15 des 16 toulousains de l’association Handi-Social, dont 11 handicapés avec à leur tête Odile Maurin : le Tribunal Judiciaire leur a infligé de 6 à 2 mois de prison avec sursis assortis de cinq années de mise à l’épreuve. « Si vous ne vous tenez pas à carreaux, leur dit en substance la justice, vous serez emprisonnés au milieu de voleurs ou de trafiquants de drogue ». Ce genre de condamnation n’est pas nouveau en France, il résulte d’une pratique de répression systématique de la contestation sociale enclenchée lors du mouvement des gilets jaunes, pendant l’hiver 2018-2019. Mais c’est la première fois que des manifestants handicapés sont menacés d’emprisonnement, signe que les barrières mentales sont abaissées dans la tête des magistrats : jeter en prison des citoyens handicapés qui ont occupé des voies de chemin de fer et ont pénétré sur le tarmac d’un aéroport par un accès non fermé n’est plus tabou. Le Procureur de la République a poursuivi avec la plus grande sévérité, et les juges ont suivi la tendance actuelle à réprimer, levant les derniers interdits sociétaux.

Les 15 militants condamnés sont désormais à la merci du moindre incident public pouvant les conduire derrière les barreaux parce que le verdict a été conçu pour les contraindre à se mettre hors du jeu citoyen. On sait en effet que des policiers n’hésitent pas à accuser des gens de rébellion ou d’outrage, en faisant au besoin des déclarations mensongères comme on l’a vu dans le scandale du passage à tabac du producteur Michel Zecler en novembre 2020 : il est resté deux jours en garde à vue pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « rébellion », jusqu’à ce que les images de vidéosurveillance montrent que les policiers avaient délibérément agressé et frappé cet homme noir dans ses bureaux. Combien d’autres personnes noires ou maghrébines, ou de protestataires ont été gardés à vue ou emprisonnés sous des griefs de « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « rébellion » fabriqués de toutes pièces ?

L’affaire Zecler a fait remonter à la surface de nombreuses violences policières ou agressions de manifestants filmées et diffusées sur des réseaux sociaux. Pour régler la question et protéger les policiers, le Gouvernement avait écrit une loi à la va-vite dont une partie vient d’être supprimée par le Conseil Constitutionnel : la personne qui filme des violences policières et les diffuse ne pourra pas être punie, ces images resteront des preuves permettant aux victimes de ne pas être sanctionnées à la suite de fausses déclarations de policiers véreux sur des « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « rébellion ». Beaucoup de gens n’ont plus confiance dans les policiers, gangrenés par l’idéologie d’extrême-droite et tentés d’employer leur autorité pour faire reconnaître des faits inventés.

Ce comportement est d’ailleurs à l’origine d’une première condamnation à deux mois de prison avec sursis prononcée par le même Tribunal Judiciaire de Toulouse à l’encontre d’Odile Maurin. Lors d’un incident confus fin mars 2019 avec des policiers harnachés en tenue de maintien de l’ordre, son fauteuil roulant s’est retrouvé propulsé contre l’un d’eux puis un fourgon de police, choc entraînant pour Odile Maurin une fracture du pied. Elle a reproché à l’un des policiers d’avoir manipulé le joystick ultra-sensible actionnant son fauteuil roulant motorisé, et d’être donc à l’origine de l’accident. C’est pourtant elle qui a été poursuivie par le Procureur de la République pour « violences n’ayant pas entraîné d’incapacité de travail sur la personne de [l’agent X et de l’agent Y], avec cette circonstance que les faits ont été commis avec usage ou menace d’une arme ». L’arme en question était son fauteuil roulant ! Le 9 décembre 2019, les juges du Tribunal Judiciaire ont validé sans sourciller la version policière et condamné la victime à deux mois de prison avec sursis, en écartant seulement la qualification d’« arme » accolée au fauteuil roulant motorisé. Dans la France macroniste de 2021, la « société inclusive que nous voulons tous » passe aussi par la case prison.

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