J’accuse nos gouvernements successifs et nos décideurs publics de ne pas écouter la parole des familles lorsque celle-ci dérange.
Mon fils présente des troubles du neurodéveloppement et du comportement, reconnus depuis six ans par l’ensemble des professionnels qui l’accompagnent. Les bilans existent. Les diagnostics existent. Les notifications existent. Tous disent la même chose : il a besoin d’une prise en charge spécialisée, éducative et thérapeutique.
Depuis six ans, je demande cette prise en charge.
Depuis six ans, on me répond inlassablement la même phrase :
« Il n'y a pas de place. »
Pendant ce temps, mon fils grandit. Il est aujourd’hui déscolarisé. Ses troubles s’aggravent. Les crises deviennent plus fréquentes et plus violentes. Sa souffrance augmente. La nôtre aussi.
Ce n’est pas le handicap qui a conduit à cette impasse.
C’est l’absence de réponse au handicap.
Épuisée et sans solution, j’ai fini par demander le placement de mon enfant.
Et c’est précisément parce que je l’aime suffisamment pour reconnaître qu’il a besoin de ce que je ne peux plus lui offrir seule : une équipe éducative, des soins spécialisés, un cadre contenant et une présence permanente.
Je me dois de nous protéger tous, car je refuse d’attendre qu’un drame survienne.
Et pourtant, là encore, on me répond qu’il n’y a pas de place.
Quel parent devrait supplier l’État de protéger son propre enfant… et attendre six ans sans qu’aucune solution ne lui soit proposée ?
Ces derniers jours, la mort tragique du jeune Louis a bouleversé la France. Comme après chaque drame, chacun cherche à comprendre. On s’interroge sur les responsabilités, sur les signaux qui auraient pu être entendus, sur les occasions manquées d’agir.
Je ne fais aucun parallèle entre des situations différentes.
Je pose simplement une question.
Pourquoi faut-il toujours attendre un drame pour écouter ceux qui alertent depuis des années ?
Pourquoi sommes-nous capables de compter les victimes, mais pas de créer les places qui permettraient d’éviter que certaines situations ne deviennent incontrôlables ?
On nous parle souvent de manque de moyens.
Je parlerais plutôt d’un manque de volonté politique.
Car lorsqu’une société considère une cause comme prioritaire, elle trouve toujours les moyens d’agir.
Les enfants porteurs de handicap ne votent pas.
Leurs parents n’ont pas de lobby.
Ils ne représentent aucun marché.
Le social ne génère ni dividendes ni profits.
Il est trop souvent considéré comme un coût plutôt que comme un investissement humain.
Alors on attend. On reporte. On ouvre des dossiers. On rédige des rapports. On reconnaît les besoins. Puis on explique qu’il n’y a pas de place.
Les enfants grandissent. Les troubles s’aggravent. Les familles s’épuisent.
Puis un jour…
On s’indigne.
On cherche des responsables.
On organise des hommages.
Et parfois…
On enterre.
Une société digne de ce nom ne devrait jamais attendre d’enterrer ses enfants pour décider enfin de les protéger.
Depuis six ans, mon cri a traversé les institutions de ce pays.
J’ai écrit aux députés, aux ministres, à l’Agence régionale de santé, au Défenseur des droits, aux administrations, aux élus et aux médias.
J’ai témoigné.
J’ai alerté.
Tous ont été informés.
Le problème n’est plus de savoir.
Le problème est d'agir.
Le temps des alertes, des rapports et des promesses est terminé.
Le temps est à l’action.
Car derrière chaque place manquante, il y a un enfant, une famille, une nation tout entière.
Derrière chaque statistique et chaque dossier en attente, il y a une vie qui mérite d’être protégée.
On pourra me reprocher ma persévérance.
Jamais mon silence.
Je continuerai à me battre.
Pour mon fils.
Pour tous les autres enfants laissés sans solution.
J’en appelle à toutes les familles confrontées à l’absence de réponses adaptées à faire entendre leur voix.
Nous sommes nombreux.
Nous ne devons plus rester invisibles.
On ne doit plus nous condamner à survivre.
Nous avons le droit d’exister.
Je suis disponible pour témoigner auprès des médias, des élus et de tous ceux qui souhaitent comprendre ce que vivent aujourd’hui les familles confrontées à l’absence de solutions pour leurs enfants les plus vulnérables.
Gwenaelle Ménier, août 2026. Tribune initialement publiée dans le courrier des lecteurs de Ouest-France le 13 juillet 2026. Pour toute demande de mise en relation, merci d’écrire à redaction@yanous.com.
