« Fréquence Parents – Vivre la parentalité avec un handicap » donne la parole à des adultes handicapés de Lyon et sa proximité racontant leur parentalité avec une belle diversité de vécus. Ce podcast vient d’être lancé par Action Visible et Handicap, créée en 2023 et forte de 80 membres pour sensibiliser dans les écoles et établissements scolaires, promouvoir l’accessibilité universelle pour tous les types de handicaps et mettre en lumière l’handiparentalité. Basée à Lyon, elle s’efforce de mener une action au-delà de ce territoire. Handicapée motrice, Floriane est la première à témoigner ; elle raconte son désir d’enfant, l’accueil bienveillant de l’annonce de sa grossesse par sa famille, ses proches et les professionnels de santé, le dilemme auquel elle et son compagnon ont été confrontés quand elle a appris qu’elle attendait des jumeaux. Elle a vécu un véritable abandon des praticiens qui la suivaient, sans prise en compte de sa santé mentale, l’enfant à naître étant, lui, parfaitement accompagné. Après la naissance de sa fille, elle s’est retrouvée seule (avec son compagnon quand il n’était pas au travail) à s’en occuper, sans avoir réussi à trouver une aide humaine à domicile. Et elle évoque la relation particulière avec son enfant qui a développé très tôt une grande empathie.
Le second témoin de ce podcast est un homme connu dans le milieu professionnel du handicap, père de deux enfants issus d’une fécondation in vitro (FIV). Du fait de la malformation de ses membres supérieurs, il a dû trouver les gestes et élaborer les matériels nécessaires, sans le soutien d’aidants ou de professionnels à domicile. Et ses enfants se sont adaptés par leurs gestes et attitudes à leur papa handicapé moteur, tout comme lui avec ses petits, « naturellement » explique-t-il. Il évoque longuement la question délicate du rapport des autres enfants et adultes à un handicap « spectaculaire », le fait de ne pas avoir de bras et que ses mains semblent directement attachées aux épaules.
Autre personnalité du milieu handicap, l’influenceuse Tiffany Mazars vit avec un trouble du neurodéveloppement et une fibromyalgie. Elle relate son attention aux autres, son rapport maternel naturel à sa première fille et aux enfants, et sa seconde grossesse marquée par le risque d’interruption thérapeutique du fait d’une lésion cérébrale du foetus. Une période marquée par l’absence d’accompagnement psychologique et humain à domicile, dont la conséquence fut le divorce d’avec son conjoint. Elle s’efforce d’éviter à ses enfants d’être ses aidants, tout en constatant qu’ils adaptent leur comportement aux besoin de repos de leur mère. Comment alors être une famille comme les autres ?
Ce podcast livre déjà des enseignements sur la condition sociale de parents handicapés. « L’handiparentalité est un angle mort des politiques publiques, justifie Jane Meuke, présidente fondatrice d’Action Visible et Handicap qui oeuvre pour l’accessibilité et la prévention santé. La Prestation de Compensation du Handicap parentalité date de 2021, comme Handigynéco, Intimagir et CapParents qui sont des dispositifs récents non déployés dans toutes les régions. Pour les responsables politiques, des dispositifs ont été créés, des solutions existent, donc la situation est réglée. Alors que quand on donne la parole aux personnes concernées, on réalise que la plupart ne sont pas informées de l’existence de ces dispositifs. L’accessibilité à cette information est un réel problème, et les dispositifs ne sont pas forcément adaptés aux cinq familles de handicap [moteur, visuel, auditif, mental, psychique]. » Autre difficulté, il n’est pas aisé de trouver les coordonnées territoriales de ces dispositifs, même sur le site d’État Mon parcours handicap ; si Intimagir est cartographié, l’information n’est pas datée, et les adresses des CapParents ne sont pas en lien avec la page traitant de la parentalité !
La seule aide financière aux handi-parents est restrictive, relève Jane Meuke : « Aujourd’hui pour obtenir la PCH parentalité il faut déjà bénéficier de la PCH pour son handicap. Quand on a une maladie chronique invalidante, on peut être capable de s’occuper de soi-même, et ne pas le pouvoir pour les enfants. Donc le fait de lier la PCH à la PCH parentalité empêche d’accompagner tous les parents qui en ont besoin. » Elle déplore également l’inadaptation de cette PCH parentalité du fait de son caractère forfaitaire (900€ pour un couple, 1.350€ pour un parent isolé) et limité dans le temps : elle baisse de moitié au 3e anniversaire de l’enfant, et disparaît au 7e : « On se demande pourquoi 7 ans. Est-ce qu’à cet âge un enfant est suffisamment autonome pour s’occuper de lui-même ? Alors qu’on sait qu’un enfant qui va à l’école ne se lève pas tout seul le matin, ne fait pas tout seul son petit-déjeuner, ne fait pas le trajet tout seul, ne fait pas les devoirs tout seul. » Une dimension qui s’ajoute aux lacunes relatées par les trois premiers parents-témoins d’un podcast qui attend aussi votre témoignage.
Laurent Lejard, janvier 2026.




