Des femmes qui osent, tel est le credo de DareWomen, organisation de pair-émulation créée en 2019, quelques mois avant la crise sanitaire du Covid. Et très vite est apparu le besoin de créer un groupe dédié aux handicaps, une structure unique pour les femmes en emploi, dirigeantes d’entreprises, cadres, ou en reconversion professionnelle.

« L’idée de créer un groupe handicap est née en 2020, en réfléchissant sur l’audace, justifie Frédérique Picard Le Bihan, fondatrice et présidente de DareWomen. On sortait du confinement et j’avais à mes côtés Charlotte Tourmente, médecin et journaliste qui a une sclérose en plaques. J’ai aussi une fille en situation de handicap. En voyant Charlotte et en connaissant cette communauté de femmes autour d’elle qui vivent avec une SEP ou les séquelles d’un AVC, je me suis dit que la confiance en soi est, à des moments, complètement cabossée. Quand on est dans la vie professionnelle avec un handicap, je me disais que c’était un accélérateur de destruction et je ne me sentais pas la responsabilité de les laisser, voilà ! » Entre elles, elles retrouvent confiance en leurs capacités et potentiel. « J’arrivais des États-Unis où le handicap fait partie de la vie, on le côtoie partout, tout le temps, complète Frédérique Picard Le Bihan. Il est admis, normal. Et j’avais envie de rendre l’association plus normale avec des femmes qui ont eu des accidents de vie ou nées avec des handicaps. » Ce qui donne à DareWomen une grande diversité dans la représentation des femmes actives : « La société nous renvoie une image de perfection, il faut avoir un corps parfait, pas de rides, une intelligence parfaite, ce que je trouve absolument injuste. »
« DareWomen apporte du mentorat aux femmes, précise Catherine Coinçon, engagée dans le groupe handicap depuis quelques mois et qu’elle co-préside avec Stéphanie Deveaux. On a essentiellement deux buts : le premier de rassembler les femmes porteuses de handicap en entreprise, de leur proposer un espace sécurisé, sympa et qui les aide dans le cadre du travail, et aussi de faire bouger les lignes au niveau institutionnel, de rassembler des femmes d’autres associations, il y a tellement de choses à changer. » Sophrologue, Catherine Coinçon gère sa propre entreprise : « Tous les mois on organise des rendez-vous mensuels qu’on appelle daremeet : dare le verbe oser pour pousser les femmes à oser davantage. Je trouve qu’avec notre handicap on ose tous les jours, mais c’est aussi une façon d’oser davantage dans le monde des valides, oser dire sa souffrance, sa fatigue. » Une communauté bienveillante et entraidante, multidisciplinaire, transversale, proposant des ateliers thématiques sur des sujets professionnels, informatifs, etc. « C’est vraiment l’idée qu’on rassemble des informations et de l’aide pour qu’elles puissent gagner leur vie et se sentent moins seules. » Sur les 500 adhérentes à DareWomen, une quarantaine participe au groupe handicap. Avec un projet en cours, plutôt que de parler des handicaps et maladies, parler des besoins et échanger pour que chacune prenne conscience des réalités des autres : « Je pense que des personnes informées sont plus ouvertes, plus tolérantes, et il y aura plus de fluidité ensemble. »
Cadre dans une multinationale, Stéphanie Deveaux a rejoint DareWomen en rencontrant Charlotte Tourmente lors d’une conférence : « J’ai été fascinée par sa personnalité, j’ai la même pathologie qu’elle. En découvrant qu’elle était vice-présidente de DareWomen, je me suis dit qu’il fallait que je rejoigne l’association. J’y ai trouvé de l’écoute, de la motivation pour agir. J’ai vécu une trajectoire assez complexe après le diagnostic de la SEP, aujourd’hui j’ai envie de partager avec tout le monde et d’accompagner des personnes qui sont en situation de handicap, qu’elles comprennent qu’on peut y arriver, qu’il y a des moments pas faciles, mais que solidairement on peut accompagner les femmes à être rassurées, donner des bonnes pratiques, se sentir épaulées, et savoir qu’on n’est pas les seules. Parce qu’on se sent seule face aux contraintes de la maladie ou du handicap, chacun a des ressentis différents, pour moi ça fait sens. »
« J’ai envie de faire partager une notion de compassion pour soi, pour nos corps qui ne vont pas bien, pour nos vies imparfaites, conclut Catherine Coinçon. De façon qu’on puisse prendre la force, et au travers de cette bienveillance la mettre au service des objectifs qu’on veut atteindre. Ça veut dire aider des femmes à trouver du travail, obtenir des postes rémunérés, cette satisfaction de faire société, à nouveau. »
Laurent Lejard, février 2026.
NB : vice-présidente de DareWomen, Charlotte Tourmente n’a pu participer à la soirée parisienne lors de laquelle ce reportage s’est déroulé.

