Ils sont des dizaines de milliers de tous âges les enfants et jeunes venant découvrir à la charnière des mois de novembre et décembre les ouvrages en tous genres publiés pour eux. Une joyeuse cohue colorée, et des centaines de lecteurs assis le long des murs, dans tous les coins possibles, montrant que le livre est très loin d’être éclipsé par les écrans.
Parmi ces visiteurs du Salon du livre et de la presse jeunesse, de plus en plus viennent avec leur handicap et trouvent des ouvrages adaptés, ainsi qu’une accessibilité soignée : si les trottoirs du centre de Montreuil, quatrième ville la plus peuplée d’Île-de-France, nécessitent depuis de nombreuses années réfection complète et amélioration de leur accessibilité, dès l’entrée de Paris Montreuil Expo, les visiteurs handicapés sont informés de ce qui est prévu pour eux.
« La page Accessibilité du site du salon est la plus consultée, précise sa directrice, Sylvie Vassallo. Ça donne une idée de l’attente du public à l’égard de cet événement. On a vu le public du salon évoluer, avec des familles, des enfants, des adultes en situation de handicap se promener dans les allées comme n’importe quel autre visiteur, et avec des handicaps assez variés. Et on réalise tout au long de l’année un travail de relation avec des structures qui accueillent des enfants en situation de handicap. Le fait que notre équipe soit très accessible pour les accueillir est valorisant pour tout le monde, autant pour nous que pour eux. Et on entend qu’il y a très peu d’endroits où autant de soin est porté à la diversité des handicaps, des besoins spécifiques des uns et des autres. » L’association support, le Centre de Promotion du livre de jeunesse, propose également un accueil et des médiations adaptés pendant ses autres événements, tel le Parc d’attraction littéraire qui a lieu chaque été au parc Georges-Valbon de La Courneuve, ou dans l’Ecole du livre de jeunesse, centre de formation à la médiation littérature de jeunesse.
Au Salon, les visiteurs malentendants appareillés disposent de boucles magnétiques à l’accueil et dans les deux salles de spectacles, les Sourds peuvent assister à des lectures et des contes en Langue des Signes Française, les enfants et jeunes vivant avec des troubles psychiques ou mentaux disposent d’un guide en Facile A Lire et Comprendre (FALC), d’un sac sensoriel avec casque atténuant le bruit, bouchons d’oreille, jeu anti-stress, boite de crayons de couleurs, ceux qui ont des difficultés de déplacement peuvent emprunter une Flâneuse ou un fauteuil roulant, et deux salles (Oasis PSH et La Bulle) sont à la disposition des visiteurs handicapés pour se reposer ou lire des ouvrages adaptés, visionner des vidéos LSF. Des visites audiodécrites du salon sont organisées pour les visiteurs déficients visuels, les expositions proposent des approches sensorielles pour rentrer dans l’univers des artistes. Un important effort d’accueil de tous pour seulement 6 jours de salon, qui fait mieux ?
Innover pour faire lire
C’est peu dire que l’édition jeunesse est stimulante, tant les livres et ouvrages sont beaux, diversifiés à la fois dans les genres et les techniques employées. Les éditeurs de livres adaptés ne sont pas en reste et exposent leurs créations dans l’espace du collectif Les éditeurs atypiques : relief, animation, braille, FALC, grands caractères se côtoient au fil des stands. Mais ils ne sont pas les seuls.
« Il s’avère que de plus en plus d’éditeurs et éditrices généralistes développent des collections spécialisées de livres pour des enfants qui ont des troubles Dys par exemple, explique Émilie Nicolas, référente accessibilité du Centre de Promotion du livre de jeunesse. Se développent aussi les éditeurs spécialisés dont c’est le coeur de métier de proposer des livres adaptés ou accessibles. On interroge en amont du salon l’ensemble des éditeurs en leur demandant ce qu’ils ont comme nouveautés en matière de livres adaptés ou accessibles, de telle sorte qu’on puisse les proposer à disposition du public dans l’espace de La Bulle. Il y a un vrai besoin de reconnaissance et de connaissance du travail mené par les éditeurs atypiques, donc c’est aussi notre manière de valoriser l’ensemble de leur production. »
Valorisation toujours, mais en phase d’expérimentation avec les Mobibulles, ou comment apporter le livre adapté aux publics concernés. La plus grande de ces ruches colorées sur roulettes est une bibliothèque miniature d’ouvrages disponibles en version imprimée, mais aussi sonore et audiodécrite ; son équipement permet de réaliser des animations et médiations autour des livres. La plus petite est dédiée à la présentation multimédia d’un seul livre imprimé, fourni en plusieurs exemplaires, avec des dessins restitués en relief et puzzle pour travailler la motricité, des boites de matières à toucher et d’autres restituant des odeurs pour plonger dans l’histoire, et décliné en plusieurs versions via une tablette : lecture vidéo en LSF et voix, audiodécrite, ou une ambiance sonore de l’histoire.
« On accueille beaucoup de groupes d’enfants en situation de handicap, appuie Émilie Nicolas, c’est parfois fugace, une journée. Aussi on a réfléchi à s’inscrire dans une pratique de lecture qui demande du temps, d’où l’enjeu d’un dispositif mobile pour s’installer pendant plusieurs mois dans les Instituts d’Education Motrice, dans les Instituts Médico-Educatifs, et faire du livre un objet du quotidien. On a constaté que cette approche sensorielle de la littérature jeunesse est aussi un autre moyen d’appréhender les univers artistiques, en compilant des adaptations ou approches. » Plutôt que de penser par handicaps, Émilie Nicolas et ses collègues réfléchissent par types de besoins, l’appropriation de l’univers artistique des créateurs de littérature jeunesse s’avérant plus facile à appréhender pour les jeunes lecteurs. Les prototypes de Mobibulle vont être testés dans un Institut d’Education Motrice qui accueille des jeunes de 6 à 23 ans, et le retour d’expérience permettra de finaliser l’approche. Pour que tous les enfants et jeunes accèdent au livre, comme tout un chacun, avec leurs moyens.
Laurent Lejard, décembre 2025.





