Question : C’est une très belle réussite, vous avez bouclé votre tour du monde en 80 jours ! Quels sentiments remontent depuis votre arrivée il y a quelques jours ?

Damien Seguin : D’avoir bien réussi mon tour du monde. J’étais parti avec quelques intentions, au niveau résultat et aussi classement des bateaux à dérives. Je finis en 80 jours à moins de 18 heures du premier, en étant le premier bateau à dérives, c’est super. Franchement, j’ai coché toutes les cases !

Question : Vous avez accroché la seconde place pendant quelques jours. Vous avez pensé que vous pourriez finir sur le podium, voire arriver vainqueur ?

Damien Seguin : Non, je n’avais pas le bateau pour terminer le Vendée Globe sur le podium. Clairement, les bateaux à foils étaient plus rapides sur la fin de la course mais c’est déjà super de terminer à moins de 20 heures du vainqueur, qui a un bateau et un budget nettement supérieurs aux miens. C’est très bien, je n’ai rien à regretter.

Photo envoyée depuis le bateau Groupe APICIL le 11 Décembre 2020 ©Damien Seguin-Groupe APICIL

Question : Cette course a été étonnante, elle s’est terminée au finish, avec huit bateaux en moins de 20 heures d’écart de temps…

Damien Seguin : Ça a été une course dingue, parce qu’il n’y a jamais eu de très gros écarts, et ça a bataillé jusqu’à la fin. Je termine quelques minutes devant l’italien Giancarlo Pedote. La course a été intense au début, au milieu, on s’est dit que ça pourrait se relâcher sur la fin et en fait non, c’était toujours aussi intense et aussi compliqué. Une vraie régate sur 80 jours.

Question : Comment on affronte 80 jours de mer seul, sans assistance, avec tous les risques possibles ?

Damien Seguin : Pas facile à répondre… Sur certains aspects, je ne savais pas trop comment je m’adapterais. La maximum d’expérience que j’avais en solitaire c’était 18 jours, je savais que l’écart serait énorme mais c’est le lot de tous les bizuts de ce Vendée Globe. Il a fallu que je comprenne comment rester aussi longtemps sur un bateau, ça ne s’est pas trop mal passé au final.

Le 15 décembre 2020, le Yes We Cam! de Jean le Cam est en vue du Groupe Apicil de Damien Seguin© Damien Seguin Groupe APICIL

Question : Vous avez connu deux incidents majeurs, une panne de pilote automatique qui aurait pu vous conduire à l’abandon, et une sérieuse blessure au bras gauche probablement due au fait que vous ne vous servez que d’une main ?

Damien Seguin : Non, ce n’est par parce que je n’ai qu’une seule main, c’était une faute d’inattention de ma part. La voile est un sport mécanique, de toutes façons, et on sait que la casse fait partie du jeu. Je ne suis pas le seul à avoir connu des problèmes électriques, électroniques, pilote automatique ou à abîmer des voiles. Mais à chaque fois, j’ai réussi à réparer grâce à mon équipe technique à terre, et à revenir vers la tête de course.

Question : Quelles sont vos envies maintenant, vous avez d’autres défis en préparation… ou vous allez d’abord vous reposer ?

Damien Seguin : Je vais profiter de quelques jours pour me reposer. Et la configuration sanitaire en France fait que malheureusement on ne peut pas faire grand chose ces prochaines semaines. Je travaille quand même avec mon partenaire Groupe Apicil pour préparer la suite, on est assez ambitieux et on a envie d’aller jusqu’au prochain Vendée Globe en 2024. On espère avoir un bateau plus performant, avec des foils. Les compétitions vont reprendre à partir du mois de mai, avec le grand prix de Douarnenez puis un tour de l’Europe pour se terminer avec la transat Jacques Vabre.

Question : L’organisation du Vendée Globe a prouvé que l’on pouvait faire des compétitions de voile malgré la pandémie, mais vous avez des appréhensions ?

Le 15 décembre 2020, Seaexplorer - YC de Monaco est bord à bord de Groupe Apicil ©Boris Herrmann - Seaexplorer - YC de Monaco

Damien Seguin : On en a toujours, parce que j’ai l’impression qu’on ne sait pas parfois où on met les pieds. On est partis début novembre en se disant qu’à notre arrivée il n’y aurait plus de Covid, qu’on ne porterait plus de masques et que ce serait bien, on est revenus et c’est presque pire que quand on est partis ! Je ne suis ni médecin ni prévisionniste, on va suivre les recommandations et espérer qu’on en sorte un jour. Et je jette un oeil particulier sur l’organisation des Jeux de Tokyo ; je ne vais pas y participer mais j’ai fait quatre Jeux Paralympiques et forcément je suis l’équipe de France de manière particulière. J’espère que les Jeux de Tokyo auront lieu.

Question : 80 jours d’affilée en mer dans des conditions parfois extrêmes, qu’est-ce que ça a changé chez Damien Seguin ?

Damien Seguin : Plein de choses, forcément. Mon rapport avec le bateau a évolué. Je suis passé d’un skipper sur une machine de compétition à skipper qui a fait le tour du monde avec son meilleur ami, parce que le bateau devient son meilleur ami. Cela fait réfléchir, on a quand même du temps pour penser à plein de choses, relativiser par rapport au quotidien qu’on peut vivre à terre et ses petites difficultés. Je suis clairement un homme qui a changé, même si je ne sais pas encore comment. Je suis certainement plus posé, plus réfléchi, et un meilleur marin que quand je suis parti. Plein de choses ont évolué, je vais attendre encore quelque temps pour faire le vrai bilan, mais un tour du monde, ça change un homme.

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