Créé en 2019 par l’association des malvoyants, non-voyants et voyants Vue (d’) ensemble, le festival Entendez Voir s’adresse désormais à tous les publics, handicapés ou pas. « Au départ le festival était centré sur les déficiences visuelles et auditives, justifie son président, Yves Wansi. C’était l’idée de rendre un film ou un livre accessible à la fois aux personnes malvoyantes, non-voyantes, sourdes ou malentendantes et également de proposer une animation d’ateliers sur la découverte de la surdité ou comment on apprend la langue des signes. »
Ce festival résulte en fait d’une expédition montée pendant l’hiver 2017 avec des personnes malvoyantes, aveugles, sourdes ou malentendantes pour traverser le lac Baïkal, en Sibérie : « On est partis dans cette aventure avec des personnes valides et, pendant l’expédition, une équipe a tourné le film documentaire Défi Baïkal, ajoute Yves Wansi. Il a été diffusé sur France Télévisions et dans des festivals, audiodécrit et sous-titré. Je me suis rendu compte que c’était le seul film d’actualité qui était accessible à la fois aux handicapés et aux valides. C’est là où je me suis dit : pourquoi pas créer un événement où la culture actuelle pourrait être accessible ? » Et avec le soutien de la ville de Strasbourg est né, en mars 2019, le premier rendez-vous du livre et du film accessible à tous.
Depuis, l’événement a évolué avec de nouveaux partenaires régionaux et la chaîne culturelle franco-allemande Arte, basée à Strasbourg, puis s’est ouvert aux autres handicaps et au spectacle vivant. « On pense à l’accessibilité du lieu aux personnes en fauteuil roulant ou à mobilité réduite, mais aussi à l’accessibilité de l’œuvre : penser à l’audiodescription, au chansigne, penser aux Sourds, aux personnes autistes, etc. Et maintenant, chaque année on procède par thème. Il y a eu femme et handicap, sport et handicap, cinéma et accessibilité, en 2024 les Jeux Olympiques, cette année ce sont les arts vivants et la scène accessible à tous. L’idée de départ, c’était de faire sortir les gens de l’isolement, que les personnes handicapées soient dans les salles, dans les événements. Maintenant, la personne handicapée devient actrice de l’événement, est sur scène et se produit avec des personnes valides. » Ce que les spectateurs trouveront dans le spectacle d’ouverture. « Nous avons réussi à mettre en résidence un danseur sourd, une pianiste contemporaine classique et un musicien vocaliste jazz qui vont créer Danse avec les sons ; l’idée c’est de pouvoir montrer qu’il est possible de créer un spectacle où un Sourd qui ressent par la vibration et deux musiciens aux pratiques totalement différentes ont quand même quelque chose en commun. »
Pour autant, tous les événements ne sont pas adaptés tous handicaps. « On ne peut pas tout au même moment. Des événements sont dédiés essentiellement aux Sourds, ou aux mal et non-voyants, ou à la fois aux malvoyants, Sourds ou malentendants. Par exemple le concert chansigne de la place Kléber sera signé, audiodécrit, il y aura des vestes à vibration, il est accessible à tous, même les voyants peuvent être là. Les spectacles du Planétarium seront audiodécrits, sous-titrés et en LSF parce que des interprètes seront sur place. Il y a des temps forts pour tel ou tel handicap et des moments où les handicaps se mélangent, c’est un peu la magie. Et aussi le premier salon de l’accessibilité culturelle à Strasbourg avec des expositions, des organisations qui travaillent sur des nouvelles technologies, des associations qui sont dans la médiation, des structures culturelles qui travaillent sur l’accessibilité de leurs oeuvres, des compagnies qui ont des projets accessibles. Ce sera un salon pour faire se rencontrer des publics qui n’ont pas l’habitude de se côtoyer, professionnels et amateurs. »


En ouverture de l’édition 2026, du chansigne-piano-voix-percussions, « une pianiste contemporaine, un vocaliste jazz, un danseur sourd [Adamo Sayad] 3 univers, 3 langages, 1 seule scène. » Puis un programme varié de contes dans le noir, les spectacles du Planétarium, une soirée ciné avec Arte, un concert lyrique « Échos d'un berceau », un Salon de l’Accessibilité Culturelle, Laëty Chansigne avec le public & Adamo sur la place Kléber, un Bingo géant, un café-signe, des spectacle de rue, une scène ouverte, le spectacle Voix Rebelles Toï Toï Toï, le Workshop projection débat Bâtir le commun, une All Inclusive Battle et Connexion Party.
Laurent Lejard, juin 2026.


