Totalement éradiquée grâce à la vaccination des bébés, la poliomyélite n’est plus ce fléau qui fauchait ou handicapait lourdement, de par le monde, jusqu’à 600.000 enfants chaque année. Créé en 1952 par la docteure Anne Barrière, le centre de rééducation motrice d’Herauritz, à Ustaritz (Pyrénées-Atlantiques), a traité des centaines d’enfants âgés de 4 à 14 ans, jusqu’au déclin de la maladie grâce aux effets positifs de la vaccination obligatoire. A partir de 1962, la rééducation a commencé à concerner les blessés médullaires et autres handicaps moteur. Là, éloignés de leur famille, les petits pensionnaires ont récupéré autant que possible lors de longs séjours et trouvé les moyens de contourner les séquelles motrices de la polio en retrouvant leur marche ou leur mobilité. Plusieurs anciens d’Herauritz témoignent sur un site créé par l’Association des Anciens Polios et Pensionnaires d’Herauritz (AAPPH) ou racontent en vidéo leur vécu, la séparation parentale, la vie en commun, leur chemin vers leur vie d’adulte. A l’époque de l’après-guerre mondiale, la polio a touché au moins 21.000 Français et en a tué plus de 2.000, des enfants pour la plupart.

« J’ai été le tout premier pensionnaire, se souvient Jean-Michel Royère, 80 ans. J’y ai séjourné pendant deux années consécutives, jusqu’à mes 8 ans. Ensuite, retour à la vie civile pour entrer à l’école primaire. » Atteint à la jambe droite, il a ainsi récupéré la marche et a connu un second séjour à Herauritz après une opération de la cheville, il avait alors 14 ans. « En 2022, lors du 70e anniversaire de l’établissement, poursuit Jean-Michel Royère, la directrice m’a convié avec des vétérans et c’est à cette occasion que nous avons appris que le château allait être vendu. Il date du 17e siècle, c’est un fort attachement sentimental. Les murs et la haute toiture à mansardes sont d’époque, mais tous les décors d’origine ont disparu. » Ce majestueux bâtiment de deux étages aux murs blancs ne ressemble guère à un château, mais il a suffisamment de charme et d’importance pour avoir impressionné des enfants.

La galette des Rois de 1955

Lesquels, devenus grands, ont eu l’idée de sauvegarder ce patrimoine en élaborant le projet « Château d’Herauritz, lieu de vie, de mémoire et d’avenir » qu’ils souhaitent voir associer à d’autres à l’étude pour le restaurer et lui redonner vie : la pièce qui était la salle de classe deviendrait un musée lieu de mémoire des enfants d’Herauritz, les autres seraient affectées à des activités diverses orientées vers le social et les enfants. « On peut mettre les projets dans le château, on peut inclure un restaurant, ajoute Jean-Michel Royère. Le maire souhaite transférer l’école communale et la cantine dans une dépendance. » Pour aboutir, la préservation nécessite une bonne entente entre le propriétaire actuel, l’Ugecam filiale de l’Assurance Maladie, les autorités locales et surtout le ou les acquéreurs (commune, Communauté d’agglomération du Pays basque, département des Pyrénées-Atlantiques, région Aquitaine.) « Les habitants ne souhaitent pas qu’on fasse n’importe quoi, appuie Jean-Michel Royère. Le maire sortant également, et les autres candidats aux élections municipales de ce mois de mars ont la même opinion. Il faut attendre le résultat des élections, et l’Ugecam Aquitaine ne sait pas comment ça va se passer. La municipalité actuelle est inquiète pour le quartier, elle a classé le bois et opté pour une préemption renforcée à titre de préservation du site. Des associations actives défendent la qualité de vie. » Les conditions essentielles de la volonté publique et d’implication des habitants sont donc réunies, reste à trouver les moyens nécessaires à la réhabilitation, transformation et affectation au château de plusieurs activités.

Inscrit dans ce projet de restructuration du patrimoine municipal, le contenu muséographique et le coût de l’espace mémoire ne sont pas encore connus. « On recherche du soutien moral et de personnalités, de fondations dont la fondation Franklin Roosevelt. » Le 32e président des États-Unis, atteint aux jambes, ne marchait en public qu’avec des orthèses et en étant aidé, et utilisait en privé un fauteuil roulant, sans que la presse ou ses adversaires politiques n’instrumentalisent son handicap pour le dénigrer. « On n’a pas encore demandé de soutien ministériel et autres, mais on va agir en direction de l’Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine, et le moment venu de la Fondation du Patrimoine. » Si le projet aboutit, il serait probablement le premier lieu mémorial consacré à des enfants handicapés, aux parents qui les ont soutenus, et aux professionnels qui les ont rendu grands.

Laurent Lejard, mars 2026.

NB : Jean-Michel Royère est devenu, depuis sa retraite, le « poil à gratter » d’élus qui oublient trop facilement leur devoir en matière d’accessibilité des habitants handicapés de Seine-et-Marne et autres départements, en animant l’association Mobilité Réduite.

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