Vous avez certainement vu chez votre médecin ou à l’hôpital une affichette expliquant les gestes barrières pour se protéger d’une contamination ou l’éviter aux autres. Publiée le 19 mars 2020 dès le début de la crise sanitaire du Covid-19, elle s’est diffusée très rapidement pour informer le public alors qu’aucun autre support mêlant texte simple et images explicites existait alors.

Affichette gestes barrières du 19 mars 2020

Cet outil d’information a été créé par Coactis Santé, dans l’urgence, tout en s’avérant efficace et aisé à comprendre afin d’intégrer dans son comportement les fameux gestes barrières d’ailleurs toujours d’actualité puisqu’ils réduisent le risque de diffuser certaines maladies contagieuses. « A l’origine de l’association Coactis Santé, justifie Pauline d’Orgeval, cofondatrice et coprésidente, ce sont des situations personnelles vécues avec notre fils qui a une déficience intellectuelle et des troubles autistiques, notamment quand il s’est agi de lui enlever une dent vers ses 10 ans. On a dû pour cela, compte tenu de ses comportements, lui proposer une anesthésie générale. On a cherché partout des supports pour lui expliquer, on n’a pas trouvé, on a dû reconstituer nous-mêmes et le jour-J, on s’est aperçu qu’on avait oublié de lui parler de la charlotte : l’anesthésie a failli ne pas pouvoir se faire du fait de cet oubli. Et donc l’idée de Coactis Santé est de proposer aux familles, aux soignants et surtout aux personnes elles-mêmes des outils pour faciliter leur accès aux soins et à la santé. »

« On a été les premiers à vouloir travailler pour la réalisation d’outils ensemble avec d’autres structures, ajoute Anne-Charlotte Dambre, co-déléguée. Il existait des ressources spécialisées pour les enfants autistes, ou spécialisées sur l’accueil d’un patient en cabinet d’ophtalmologie, mais rien qui traitait à la fois de nombreux thèmes, pour les tous les âges et en tenant compte des besoins de tous les types de handicap. » Au fil du temps, une multitude de fiches a été créée afin d’expliquer en quoi consiste une consultation, un examen médical, des messages de prévention, de dépistage, etc., pour faire en sorte que des personnes avec déficience intellectuelle et toutes les autres puissent comprendre ce qu’on va leur faire, et pourquoi, afin de diminuer le stress et l’angoisse des actes médicaux, et favoriser leur accessibilité. Et pour les professionnels de santé au contact de patients handicapés, Coactis Santé a créé HandiConnect.fr.

Outre les fiches thématiques, Coactis Santé réalise des bandes dessinées Santé BD décrivant de façon séquentielle ce qui va se passer. « Quand on a commencé à se servir d’une BD qui explique à quoi sert un examen, complète Anne-Charlotte Dambre, présenté avant, pendant et après, on va retrouver le même schéma pour d’autres sujets et ça permet de rassurer à la fois les patients et les personnes qui les accompagnent. » L’association diffuse également des posters à afficher dans des salles d’attente par exemple, et des animations vidéo sont également élaborées pour décrire clairement, avec une approche facile à lire comprendre et des dessins en unité de style, des situations sans forcément les simplifier au point de devenir simpliste. « Expliquer simplement, c’est beaucoup plus complexe, reprend Pauline d’Orgeval. On a une vraie méthodologie. Toutes les phrases sont en français facile à lire et à comprendre, on fait relire par des personnes concernées. Les dessins sont épurés et travaillés avec des experts en communication alternative, on a d’ailleurs des experts de différents types de handicap. Les thématiques sont choisies collégialement par les membres du groupe de travail et les différentes parties prenantes de Coactis Santé qui sont les patients en situation de handicap, les associations de patients, les professionnels de santé et de l’accompagnement, les aidants familiaux et professionnels. »

Pauline d'Orgeval

20.000 dessins sont disponibles dans une banque d’images afin de créer son propre support, bande dessinée ou illustrer des propos. « On a aujourd’hui plus de 100 thématiques, avec toutes les urgences, ce qui est intrusif comme les soins dentaires qui font très peur », poursuit Pauline d’Orgeval. De même pour les soins gynécologiques, prise de sang, anesthésie générale, imagerie, et les spécialités (ORL, ophtalmologie, actes techniques…). Et parmi les thèmes récents, la vie affective, la mort, le deuil. « On est sur des sujets de fond, quasiment jamais abordés pour des personnes en situation de handicap mais qui font partie de la vie, ajoute Pauline d’Orgeval. On a d’abord traité la vie affective et sexuelle alors que pour beaucoup de familles ce sujet était inenvisageable, or c’est quand même essentiel pour chaque homme et femme. On a ensuite travaillé sur des fiches autour de la fin de vie, des directives anticipées, de la personne de confiance, comment se passe la fin de vie. On est en train de travailler sur une fiche qui explique ce qu’est la mort, et depuis 3 ans on fait un gros chantier sur les personnes handicapées vieillissantes. Encore un autre sujet, mais finalement on se rend compte que quand on est handicapé, souvent les gens se concentrent sur le handicap et pas sur tout le reste, on ne voit pas la personne dans son entièreté. »

Une reconnaissance à l’épreuve du feu

Les BD de santé sont personnalisables pour mieux répondre au besoin d'identification par les utilisateurs

« Nos relations avec les institutions publiques se sont fortement développées depuis la période Covid, précise Anne-Charlotte Dambre. Au début quand on a commencé Santé BD, on a travaillé surtout avec les associations de personnes en situation de handicap, l’Unapei, la fédération des aphasiques de France, Unanimes pour les personnes sourdes. Des professionnels de santé étaient consultés mais pas du tout de façon institutionnelle. Au moment du premier confinement, un stress pour toute la population où personne ne savait de quoi on parlait et tous ces mots confinement, Covid, etc., nous venions de mettre en ligne la BD Les microbes qui expliquait les gestes barrières, comment faire attention à ne pas contaminer les autres, à bien se laver les mains. Donc on a réagi très vite en créant un poster pour expliquer les gestes barrières. » Et là, les autorités sanitaires nous ont demandé d’expliquer le confinement, comment porter le masque, le vaccin, qui doit être vacciné, comment ça se passe, etc. « On est devenus un acteur central dans cette communication autour du Covid, ajoute Anne-Charlotte Dambre, parce qu’on avait ce mode agile où on travaillait avec des experts, des illustrateurs à distance, et en une semaine on a réussi à bâtir des documents. Pour la petite histoire, le poster sur les gestes barrières s’est retrouvé partout, dans des refuges de montagne, des centres de sauvetage en mer, et même à l’étranger : on a retrouvé les mêmes dessins dans un journal japonais, en Amérique latine ! »

Anne-Charlotte Dambre

« Ça a attiré l’attention sur le fait qu’on avait une capacité à communiquer sur des choses compliquées avec des mots simples et des discours faciles à comprendre, et progressivement on a été en lien avec certaines Agences Régionales de Santé, avec l’Institut national du cancer qu’on avait essayé de contacter plusieurs années auparavant. » C’est donc dans l’épreuve que les institutions publiques ou parapubliques ont compris l’importance de pouvoir s’adresser aux populations avec des messages simples. Le soutien de l’Assurance Maladie s’est renforcé la plupart des contenus de Coactis se retrouvent sur Ameli.fr. De même, la page patients du célèbre dictionnaire médical Vidal contient des ressources de Santé BD, ainsi que les sites Santé Publique France et Parlons fin de vie. « On est devenus, par la force des choses et avec cette période Covid, un acteur reconnu, reprend Anne-Charlotte Dambre. On n’avait pas du tout conscience du manque d’information et de compréhension de la population en général. » Information qui ne manque pourtant pas mais dont la fiabilité est mise à mal par les rumeurs et infox diffusées sur les réseaux sociaux et même les grands médias. « On parle d’une infodémie, une pandémie de l’information mais qui n’est jamais fiable, conclut Anne-Charlotte Dambre. Il est important de mettre en évidence le fait de sélectionner les sources, penser aux personnes qui ont des difficultés de compréhension. Et on voit que les jeunes lisent de moins en moins, les supports écrits sont lus, il faut vraiment une simplification, on est dans un règne de l’immédiateté, il faut pouvoir trouver l’information très rapidement et visuellement. Tous ces facteurs ont fait que Santé BD correspond à cet enjeu d’une information accessible. »

Laurent Lejard, février 2026.

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