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  De l'inutilité relative des centres-relais.
  Personnalité du milieu sourd et président d'association, l'éditeur Marc Renard s'interroge sur l'obsolescence d'un centre-relais téléphonique pour les personnes sourdes ou malentendantes à l'ère de la généralisation de la téléphonie mobile et d'Internet.

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          La préconisation d'un centre-relais pour les personnes sourdes et ou muettes date du milieu des années 1990. Il est décrit dans le traité d'accessibilité "Les sourds dans la ville - Surdités et accessibilité" paru en 1996. À l'époque, s'en souvient-on, les seules télécommunications accessibles aux Sourds passaient par le Minitel (et sa fonction de dialogue par écrit, le 3618) et le télécopieur. Le texte téléphoné via Minitel ne sortira guère du monde des Sourds et de leurs familles. Les entendants-parlants refusaient de taper sur un clavier et d'ouvrir des boîtes aux lettres télématiques. Dix ans plus tard, les mêmes se précipiteront pour ouvrir des adresses Internet...

Les associations échoueront à faire installer des Minitel dans tous les services de secours (SAMU, pompiers, police...). Hormis la région parisienne, une maigre poignée de départements s'équiperont. Les incendies, urgences médicales, agressions et autres calamités naturelles étaient donc instamment priés de ne se produire qu'avec des personnes entendantes ! Quant aux Publiminitel, ils ne se diffuseront pas non plus dans les lieux publics, tant ils seront fréquemment vandalisés.

Dès lors, la seule solution technique disponible à cette époque s'impose : le centre-relais. Il était déjà opérationnel dans de nombreux pays : Suisse, Grande-Bretagne, États-Unis, etc. C'est la solution des années 1990. La loi 2005-102 la reprendra et, après une longue attente, un centre-relais pour les services d'urgences verra le jour en septembre 2011 : le 114. Le nombre de ses utilisateurs justifie son existence et confirme nos analyses des besoins des Sourds. Si les entendants ont besoin du 15, alors les Sourds ont besoin du 114 : CQFD !

Au début des années 2000, lorsque se prépare la loi 2005-102, personne n'imagine le développement d'Internet et des télécommunications mobiles. La loi prévoit également un centre-relais pour toutes les télécommunications, et non pas seulement celles d'urgence. En mars 2014, ce centre n'existe toujours pas et sa création fait l'objet d'étonnantes manoeuvres, fort bien décrites par Laurent Lejard dans un récent article. Mais les techniques évoluent et de nombreuses possibilités s'ouvrent pour les Sourds. Désormais, nous disposons de plusieurs outils pour compenser les situations de handicap auditif dans la téléphonie : SMS, MMS, courriels, vidéoconférences via Internet, services de traduction en LSF et de transcription à distance (notamment pour les réunions), bientôt, peut-être un sous-titrage automatique...

Nous sommes alors conduits nous interroger : un centre-relais est-il encore indispensable ? Si l'on applique la loi 2005-102, tous les établissements publics doivent rendre leurs télécommunications accessibles. Tous les outils sont disponibles et présents dans les établissements (tous capables de recevoir des SMS et des courriels). Il suffit d'en organiser l'accès aux Sourds : un numéro pour les SMS et une adresse de courriel, dédiés aux Sourds, suffisent dans la plupart des cas. Le seul point irrésolu est celui d'un sourd-muet analphabète qui veut communiquer avec un entendant ignorant la langue des signes, et réciproquement...

Par ailleurs, un autre critère importe : l'autonomie. Rendre accessible, c'est rendre autonome. Un centre-relais implique une situation de dépendance à un inconnu dont on ignorera s'il a bien traduit et/ou transmis notre demande. Le législateur n'avait pas imaginé (qui l'aurait pu ?) que l'évolution des techniques et les retards d'application de sa loi, rendraient périmées certaines de ses dispositions. Aussi, plutôt que de s'entêter à vouloir réaliser une solution ancienne, ne vaudrait-il pas mieux tenir compte de l'évolution des techniques et réviser la loi en conséquence ?

S'il était exigé que tous les établissements respectent la loi et rendent leurs télécommunications accessibles, alors il resterait à réagir, ce n'est pas le plus facile, au déplacement des situations de handicap qui, de techniques sont devenues cognitives et financières. Nous devrions proposer des formations aux nouvelles technologies pour les personnes âgées, dont beaucoup deviennent sourdes ou malentendantes, faciliter l'accès financier aux télécommunications accessibles, obliger les opérateurs à adapter leurs offres (les forfaits vocaux sont inutiles aux Sourds qui n'ont besoin que d'un forfait SMS).

Pour la fraction des sourds-muets-illettrés qui ne peuvent, ou ne veulent, communiquer qu'en langue des signes nous devrions favoriser l'accès aux services de traduction à distance qui devraient être gratuits (ou alors tous ces Sourds devraient bénéficier de la Prestation de Compensation du Handicap). Ces services sont aussi des centres-relais.

La situation politique étant ce qu'elle est, l'accessibilité, comme tout ce qui est social, est vue comme une insupportable atteinte aux dividendes. Réclamer l'application de la loi revient à crier dans le dos d'un sourd ! Techniquement, un centre-relais n'est plus indispensable. Son utilité ne réside plus que dans la traduction en langue des signes. Pour le reste, il n'est intéressant qu'en compensation des défaillances des établissements, tant publics que privés, et de la démission des pouvoirs publics, aux seuls frais des contribuables déjà si fortement sollicités.


Marc Renard, président de l'Association 2AS, avril 2014.




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