Les lois se sont succédé mais la situation n’évolue pas : les enseignants en Activité Physique Adaptée travaillent depuis une quarantaine d’années sans fiche métier, carte professionnelle spécifique et grille salariale. Qualifiés pour adapter les activités physiques à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical, ils interviennent auprès de personnes handicapées ou âgées dépendantes, de malades et blessés, de détenus ou jeunes délinquants pour les stimuler et leur redonner le goût de mobiliser leur corps. Diplômés bac + 5 d’un master 2, ils sont généralement chichement payés, juste au-dessus du salaire minimum (1.679€ brut selon l’Onisep) pour un travail spécialisé et technique. Les APA peuvent être pratiquées dans des établissements médico-sociaux ou prescrites aux particuliers par les médecins traitants mais ce « sport sur ordonnance » réglementé par le décret du 30 décembre 2016 n’est toujours pas pris en charge par l’Assurance Maladie, à la différence de quelques mutuelles.

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Ce décret liste les professionnels habilités, dont les diplômés en APA, et également les masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens, éducateurs sportifs. En fait, les enseignants en APA sont mis dans le même sac que les professionnels dont ce n’est pas le coeur de métier, dénonce l’un deux, Cyril Thiolier. Ces professionnels exercent en zone grise : « Le décret 2016 et la loi de démocratisation du sport du 2 mars 2022 ne reconnaissent pas aux enseignants APA l’ensemble des compétences qui sont les leurs et la place centrale qu’ils occupent, sur le terrain, dans les dispositifs d’APA. Et comme il n’y a ni statut ni grille de salaire, il y a un hold-up du métier par les autres professionnels. Notre fédération internationale a repéré des formations courtes de moins de 80 heures pour faire de l’APA. Nous, on veut mettre en avant nos compétences. »

Des spécialistes mis en concurrence

La rédaction des textes réglementaires est telle qu’elle favorise les professions paramédicales (kinés, ergothérapeutes, psychomotriciens) qui ne parviennent plus à répondre à la demande de soins prescrits par les médecins ; de nombreuses personnes handicapées ou âgées dépendantes rencontrent des difficultés à être traitées en cabinet par ces professionnels, et en trouver qui acceptent de venir au domicile représente un véritable exploit dans de nombreux territoires.

Un enseignant en APA fait marcher une personne âgée dans des cercles

« Le décret 2016 réduit le champ d’intervention des enseignants APA quant au degré de limitation des publics qu’ils peuvent prendre en charge, reprend Cyril Thiolier; tout en accordant de plus larges prérogatives à certains professionnels de santé. S’ils sont habitués à travailler avec des publics à limitations sévères, ils ne sont pas spécialistes de l’Activité Physique Adaptée. » Rééducation et APA constituent deux domaines bien différents.

D’autre part, la formation en 3 ans (licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives STAPS) ou 5 ans (master) des enseignants en Activité Physique Adaptée est sans rapport avec celle d’animateurs ou moniteurs sportifs. « Notre formation est dispensée dans le cadre universitaire depuis les années 1990, ajoute Cyril Thiolier. Mais aujourd’hui, un enseignant APA qui cherche du travail est au bon vouloir du recruteur, qui applique généralement une grille de salaire a minima. » Cela génère des disparités entre les quelques qui ont un cadre d’emploi confortable, et la grande masse des autres ; Cyril Thiolier a ainsi enchaîné une vingtaine de Contrats à Durée Déterminée avant d’obtenir en CDI : « Des étudiants en APA changent de parcours pour des raisons salariales, complète-t-il. Ils s’interrogent sur leurs débouchés dès leur débuts d’études. »

Et en cette période de reprise d’activité économique et de volonté politique de viser le plein-emploi, il dresse ce constat : « Les coachs sportifs de salles de sports ont un brevet d’éducation populaire qui ne leur apporte pas les connaissances indispensables pour encadrer les publics handicapés, âgés ou malades chroniques, alors que des milliers de personnes peuvent entrer dans les APA. Il en va du caractère sécuritaire de la pratique pour les bénéficiaires encadrés, ainsi que de l’efficacité des dispositifs. Les formations courtes et certifications des éducateurs sportifs sont insuffisantes pour permettre d’armer ces professionnels afin de prendre en charge des publics à besoins spécifiques, ayant plusieurs pathologies ou des limitations modérées à sévères. Cela conduit à mettre en difficulté, sur le terrain, ces intervenants comme les bénéficiaires. On va à l’inverse de ce qui inclurait ces publics. Et on parle même de former des infirmières à l’APA, comme si elles n’avaient pas déjà une charge de travail suffisante ! » Les 50.000 enseignants en Activité Physique Adaptée espèrent encore être entendus par les pouvoirs publics pour travailler efficacement auprès de leurs publics, et en vivre décemment.

Laurent Lejard, novembre 2022.

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