Après le lifting des Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) renommés Maisons France Autonomie, c’est au tour du logement de connaître son coup de ripolin. La cible, c’est l’habitat partagé, c’est-à-dire des logements regroupés dans un immeuble ou résidence disposant de locaux pour des activités communes et/ou de services. Cette catégorie est en train de devenir un fourre-tout dans lequel on range tout ce qui n’est pas logement indépendant ou EHPAD : logements-foyers, résidences autonomie, habitat inclusif, colocations intergénérationnelles notamment. Ces structures constituent des solutions pour des personnes voulant poursuivre une vie autonome malgré leurs restrictions physiques ou intellectuelles résultant d’un handicap ou de l’avancée en âge. Mais elles entraînent nécessairement le renoncement à une vie indépendante ainsi qu’une aliénation de la liberté individuelle. Les différentes formes d’habitat partagé reposent toutes sur une vie en communauté au sein d’un établissement de taille variable, entre une poignée et des dizaines de places, et une promiscuité plus ou moins vivable selon les caractères.
Pour les ministres chargés du Logement, Vincent Jeanbrun, et des Personnes handicapées, Camille Galliard-Minier, le développement de l’habitat partagé doit être encouragé : il permet « à chacun de vivre dans un cadre adapté, sécurisé et ouvert sur la vie sociale. Ces formes d’habitat favorisent l’autonomie, préviennent l’isolement et renforcent le lien social et intergénérationnel. » Surtout, elles peuvent réduire le besoin individuel d’aide au maintien au domicile, nécessitant adaptation du logement et aide humaine. La première n’est financée partiellement qu’aux propriétaires-occupants, la seconde est en crise de recrutement de personnels et de financement par les collectivités territoriales. Alors mutualiser l’habitat a du bon pour loger autant de personnes avec moins de moyens à déployer. Mais pour quasiment doubler la capacité existante de 236.000 places et atteindre l’objectif de 400.000 en 2040, il faudra trouver dans les recettes de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie au moins 1,2 milliard d’euros. CNSA dont le budget est en déficit prévisionnel de 600 millions d’euros cette année. Pas sûr que l’habitat partagé soit financé en ces temps de disette budgétaire.
La politique publique du logement en restera-t-elle là ? Le ministre Jeanbrun a bien annoncé début avril un projet de loi en cours de rédaction, mais son cabinet n’a apporté aucune réponse sur d’éventuelles dispositions en faveur des locataires ou propriétaires handicapés ou âgés en perte d’autonomie. Il n’a pas davantage mentionné la moindre disposition dans le plan de relance qu’il a impulsé avec le Premier ministre, visant à inciter les propriétaires à louer en bénéficiant d’avantages financiers, et qui n’évoque pas le mal-logement ni les faiblesses de l’offre de logements accessibles et adaptables. En revanche, Vincent Jeanbrun veut remettre en location les « passoires thermiques », habitations sans isolation, trop froides ou chaudes mais constituant une solution quand des gens ne trouvent rien d’autre dans leurs moyens. Il est également résolu à punir les locataires en difficulté de paiement de leur loyer : « Aujourd’hui, la question des squats et des impayés est essentielle et urgente à traiter », déclarait-il fin mars, son cabinet ajoutant même « Dans l’esprit du ministre, un impayé c’est un squat. » Tout cela devrait se retrouver dans son projet de loi de relance du logement, texte alibi qui ne sera jamais voté puisqu’il reste moins de neuf mois pour l’écrire, demander l’avis du Conseil d’État et des organismes consultatifs, le déposer puis le faire voter par l’Assemblée Nationale et le Sénat. Cela n’empêchera pas le ministre duLogement de brasser de l’air pour faire croire qu’il agit.
Laurent Lejard, mai 2026.
