FIPHFP

On peut qualifier Pierre Reynaud de vétéran de l’accessibilité numérique : masseur-kinésithérapeute aveugle nouvellement installé à La Réunion, il s’est engagé dès 1998 dans l’information et la sensibilisation à l’accessibilité numérique pour les internautes déficients visuels, et a collaboré à distance avec l’association parisienne Braillenet (fermée en février 2022.)

Pierre Reynaud

« L’accessibilité numérique est enfin un sujet qui fait surface auprès du public et des politiques, estime-t-il. A la suite des Journées Universitaires de l’Accessibilité Universelle de décembre 2022, j’ai parlé d’accessibilité numérique à la télévision, ce qui était impensable avant la crise du Covid. » Ces journées ont été l’occasion de présenter le projet de diplôme interuniversitaire Référent accessibilité numérique porté par trois personnes : Pierre Reynaud, qui a intégré l’université de La Réunion en 2019, l’un de ses vice-présidents, Olivier Sébastien, et Endjy Guerchet, de l’université de Bordeaux, qui est le plus ancien référent exerçant en France. La première formation devrait ouvrir à l’automne 2023. Basée à La Réunion, elle sera dispensée en distanciel, sur 123 heures, sans prérequis géographique, et ouverte à tous. Les cours seront répartis entre les universités de Bordeaux et de La Réunion. Le diplôme sera validé par les deux universités.

Accessibilité numérique et handicap : conférence de Pierre Reynaud

« On s’est rapprochés des acteurs de l’écosystème, reprend Pierre Reynaud. Le constat est sans appel : il n’y a pas de formation initiale et les formations continues sont rares, proposées par une poignée d’entreprises connues du public par le bouche à oreille. » Le Diplôme interuniversitaire visera à former des « chefs d’orchestre » de l’accessibilité numérique, organisant avec les équipes de conception et de réalisation la mise en oeuvre de l’accessibilité nécessaire aux utilisateurs finaux : « Le référent doit acculturer les équipes, participer à leur formation, suivre les réalisations et audits, et piloter la stratégie d’accessibilité numérique. Cette stratégie est indispensable; l’accessibilité, ça se conçoit au départ sinon ça coûte très cher », conclut Pierre Reynaud.

Les raisons d’un engagement universitaire

« L’accessibilité est dans nos missions institutionnelles, appuie Olivier Sébastien, maître de conférence en informatique et vice-président aux usages et aux développements du numérique de l’université de La Réunion. On a la volonté politique de mettre l’humain au centre de notre travail ; on a une vice-présidence à l’égalité femmes-hommes et handicap, et une autre à la qualité de vie au travail. On est à l’écoute de la communauté et on met en place la mécanique. Sur l’accessibilité numérique, ce qui nous a incité à agir c’est l’arrivée de Pierre Reynaud. Et les questions que l’on se pose ici sont les mêmes qu’en Métropole. »

L’accessibilité numérique à l’université de Bordeaux [Endjy Guerchet]
Endji Guerchet

Ce que confirme Endjy Guerchet, référent accessibilité numérique à l’université de Bordeaux, depuis plus de 7 ans. « Je me suis formé tout seul, se souvient-il. La première tâche a été d’explorer le poste et définir les missions alors que j’avais peu de connaissances du handicap, même si je m’étais déjà intéressé à l’accessibilité numérique. C’est un métier émergent, sans fiche de poste dans la fonction publique. Côté ministère, j’ai participé il y a 6 ans à la rédaction d’une fiche de poste, je ne l’ai jamais vu publiée ! La Première ministre a toutefois évoqué les référents accessibilité numérique dans sa circulaire du 6 octobre 2022 [Mise en oeuvre de la politique interministérielle pour l’inclusion des personnes handicapées]. »

Faute de cadre défini, Endjy Guerchet s’est formé auprès d’entreprises d’accessibilité numérique tout en travaillant en parallèle avec ses collègues chargés d’accueillir des étudiants handicapés, « une mine d’or de connaissances de terrain. » Il a également rencontré des alter ego au sein de différentes institutions, dont Pierre Reynaud lors d’un webinaire organisé lors du confinement du printemps 2020.

Olivier Sébastien

La fonction de Référent accessibilité numérique est réalisable à temps partiel ou complet, selon l’ampleur de l’employeur et les tâches à superviser. « La totalité des démarches est dématérialisée, de nombreux services numériques sont créés chaque année, la fonction est nécessaire », ajoute Endjy Guerchet qui l’exerce à temps plein. Il a constaté que des référents accessibilité ne sont pas formés, sur la quinzaine qu’il a identifiés en France, et avec des différences dans le positionnement et les missions : « On voit bien le besoin d’une structuration et la volonté de cadrer le métier pour éviter les disparités entre organismes publics, et pour que les informations publiées sur l’accessibilité soient fiables. »

Élaboré dans le cadre universitaire, le futur diplôme vise également à impliquer les institutionnels. « Nous avons échangé avec les acteurs du handicap, et on sollicite la Région et le Département, précise Olivier Sébastien. On travaille également avec le FIPHFP, qui soutient l’élaboration du diplôme. On l’élabore à deux universités, et on l’espère fédératif. On va associer des disciplines connexes, parce que l’on forme des informaticiens à l’université, donc on veut essaimer vers le codage accessible. » L’université semble donc bien partie pour conduire vers l’accessibilité l’ensemble des acteurs du numérique.

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