Bien qu’âgée de 78 ans, la Fédération des particuliers employeurs de France (Fepem) est peu connue du public concerné. Ce déficit de notoriété ne l’empêche pas d’agir à la fois comme organisation patronale et lobby auprès des pouvoirs publics. C’est sur ces deux aspects qu’elle lance une action d’incitation des mamans à reprendre le chemin du travail en utilisant le cadre de prise en charge de personnels d’aide au domicile pouvant les suppléer auprès de leurs enfants handicapés. Sa présidente, Julie l’Hotel Delhoume, le justifie.
Question : La Fepem veut inciter les mamans à recourir à l’emploi à domicile pour prendre en charge leurs enfants handicapés et ainsi leur permettre de reprendre leur activité professionnelle, mais qu’en est-il des papas ?
Julie l’Hotel Delhoume : Il n’y a pas que les mamans, ces situations concernent bien évidemment des papas, mais force est de constater que ce sont majoritairement les mamans qui arrêtent de travailler. L’idée n’est pas de dire « il y a des mamans qui font tout et des papas qui ne feraient rien », bien au contraire notre constat repose sur des chiffres de l’Observatoire de l’emploi à domicile : 60% des mères d’enfants en situation de handicap sont sans emploi, les pères sont 19%. Majoritairement, ce sont les mamans qui se retrouvent à s’occuper des enfants, c’est fondé sur notre société actuelle. Elles gagnent souvent moins que les papas, donc quand il y a un choix à faire, et aussi pour des contraintes financières, c’est la maman qui va mettre un peu le holà, voire va complètement arrêter son activité professionnelle.
Question : Dans ce chiffre de 60% de mères, vous disposez d’une répartition en catégories socioprofessionnelles et niveaux de revenus ?
Julie l’Hotel Delhoume : On n’est pas allé jusque-là, et je ne suis pas sûre que les données dont on dispose les identifient. Mais on se rend compte quand même que dans les situations de handicap, on est souvent face à des ménages relativement modestes et ce serait intéressant d’arriver à le conjuguer. On a les données financières mais pas forcément la catégorie socioprofessionnelle.
Question : Vous parlez d’inciter les parents à opter pour de l’emploi à domicile afin de prendre en charge leur enfant handicapé, or à l’heure actuelle les possibilités sont relativement complexes et limitées. De plus l’Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé est utilisable sans justificatifs alors que la Prestation de Compensation du Handicap doit obligatoirement rémunérer du personnel.
Julie l’Hotel Delhoume : L’emploi direct est, pour certaines familles, l’une des solutions les plus adaptées. C’est ce qui nous est remonté par nos représentants de terrain et le forum des employeurs inclusifs à domicile. Vous choisissez votre salarié, comment il va vous accompagner, c’est un vrai un vrai pouvoir, une vraie liberté d’autonomie. Et normalement l’emploi direct est moins coûteux qu’un prestataire. Mais la Prestation de Compensation du Handicap ne couvre pas l’intégralité des sommes qui sont dues dans le cadre d’une relation de travail, dont les congés payés et les indemnités kilométriques qui, par contre, sont pris en charge par le mode prestataire.
Question : Ça c’est théorique, puisqu’en pratique il devient difficile de trouver des sociétés prestataires acceptant une rémunération au tarif socle de 25€…
Julie l’Hotel Delhoume : Sachez que dans le modèle d’emploi direct, les salariés sont mieux payés, on est au minimum à 3% au-dessus du SMIC. On en est à la 11e revalorisation depuis l’entrée en vigueur de notre convention collective de janvier 2022, les salariés sont payés 20% au-dessus de ce qu’on touche tous métiers confondus dans la branche du service à la personne. On a un problème de pénurie de salariés, les conditions de travail sont plus ou moins complexes selon comment vous exercez, et on a voulu avec la branche travailler sur l’attractivité des métiers ; ça va de la mise en place d’activités sociales et culturelles à des indemnités volontaires de départ à la retraite, la formation, la santé au travail et on a créé en 2025 un nouvel emploi repère propre aux assistants parentaux d’enfants en situation de handicap, mieux rémunéré, avec une formation reconnue, et une meilleure qualité.
Question : Les enfants handicapés ont fréquemment des rendez-vous et soins médicaux et paramédicaux. Dans quelle mesure des personnels d’aide à domicile peuvent-ils assurer cet accompagnement ?
Julie l’Hotel Delhoume : C’est un point qui nous a été remonté, encore une fois l’emploi direct ne sera pas la seule solution. Il permet déjà de définir ensemble là où le salarié pourra accompagner soit la personne, soit l’enfant à ses différents soins où la présence du parent n’est pas obligatoire. Le salarié ne va pas se substituer au parent, mais vous avez quand même une conciliation un peu plus souple que lorsque vous passez par des structures prestataires. Sur des moments de la journée, le parent qui aurait eu à s’occuper de l’enfant peut ainsi avoir une activité professionnelle. Avec un atout majeur dans notre secteur, une confiance absolument remarquable dans le sens où les salariés des particuliers employeurs ont en moyenne 7 ans d’ancienneté, avec une connaissance des parents et surtout des enfants. Ça facilite les accompagnements dans le cadre de rendez-vous où la présence du parent n’est pas obligatoire.
Question : Quelle est la situation dans l’emploi direct pour ce qui concerne les abus sexuels sur les enfants ? Actuellement les parents employeurs ne peuvent pas obtenir d’extrait de casier judiciaire ou de non-inscription sur le fichier des délinquants sexuels…
Julie l’Hotel Delhoume : Vous touchez là un sujet qui m’anime depuis plusieurs semaines. La Fepem est une organisation patronale et, dans le cadre de la branche, on dialogue avec des organisations syndicales. On a porté à l’ordre du jour prioritaire les violences sexistes et sexuelles. La Fepem a été auditionnée la semaine dernière à ce sujet, j’ai participé à un événement ce week-end. Il serait mensonger d’imaginer que dans l’emploi direct ces délits n’existent pas, il faut regarder ça en pleine responsabilité. Il faut prévenir et traiter les violences sexistes et sexuelles à l’attention des salariés mais aussi des employeurs et des enfants. Ces situations malheureusement existent, elles remontent peu, on a très peu d’informations parce qu’il faut très certainement que la parole se libère. Et là où il y a une aberration juridique, c’est que le dispositif d’attestation d’honorabilité mis en place depuis 2024 dans les crèches et l’accueil collectif n’a pas son pendant dans l’emploi direct. Depuis, 7.100 demandeurs se sont vus refuser l’attestation et ne peuvent plus travailler au contact d’enfants. Il n’est pas normal qu’en emploi direct on n’ait pas accès à cette attestation d’honorabilité pourtant étendue ce mois-ci aux services médico-sociaux. C’est un des combats que la Fepem a engagé depuis mi-2026 et que l’on va porter pour l’ensemble des personnes que nous représentons.
Propos recueillis par Laurent Lejard, septembre 2026.

