C’est Roro le Costaud qui a vendu la mèche en juin dernier, dénonçant, en la tournant en dérision, l’opération de communication qui lui a été proposée : il était invité à participer à la Conférence Nationale du Handicap pour porter des questions de son audience d’influenceur actif sur Facebook et Instagram. « Sur le papier, cela pourrait sembler être un honneur, écrivait-il alors. Une occasion de faire entendre la voix des personnes en situation de handicap. » Mais à ses frais, en mettant à contribution ses abonnés : « Pour participer, je devais financer moi-même l’intégralité de mon déplacement : train aller-retour pour moi et mon accompagnatrice, nuit d’hôtel, repas… Une facture comprise entre 500 et 600 euros. En échange, il était fortement apprécié que nous communiquions sur notre participation : stories, publications, réels, identifications de la ministre en charge du Handicap, appels à notre communauté pour récolter des questions à transmettre lors de la conférence. »
D’autres influenceurs – Ambassadeurs, pour employer le terme officiel – ont été conviés dans les mêmes conditions, dont le Vosgien Luca Chapiteau, tout juste trentenaire né aveugle albinos : « Les organisateurs ont lancé quelques invitations à des gens en situation de handicap qui avaient une belle audience sur les réseaux sociaux pour pouvoir apporter des questions de terrain qu’on a pu compiler pour qu’on puisse avoir des réponses à apporter aux gens qui me suivent sur les réseaux. Sur plein de thématiques différentes comme l’emploi, la scolarité, tous ces sujets importants pour les gens en situation de handicap. » Il a envoyé, la semaine dernière, au ministère délégué aux Personnes handicapées, trois questions issues de la compilation de celles qu’il a reçues : « Normalement, le jour de la Conférence, on va pouvoir les poser à des interlocuteurs pour avoir des réponses, par exemple si c’est une question sur l’école, ils vont peut-être nous faire approcher le ministre de l’Éducation nationale. » Après le report de la CNH et sa venue inutile à Paris dont il raconte son séjour dans un hôtel 4 étoiles déclimatisé en pleine canicule, Luca Chapiteau avait tenté de négocier avec le cabinet de la ministre pour obtenir la prise en charge de ses frais : il a reçu une fin de non-recevoir. Mais il reste lucide : « J’y vais parce que j’étais invité, maintenant je ne pense pas que cette journée va faire franchement bouger les choses, ça ressemble surtout à de la communication, bref on a l’habitude avec ce gouvernement, sans trop faire de politique. Je ne sais pas trop ce qui nous attend et ça me paraît être une journée trop cadrée pour être sincère, pour être dans l’échange. En fait, c’est un peu ce que je regrette. » Il n’est probablement pas seul à le penser…
Laurent Lejard, septembre 2026.
