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  Les sourds sont-ils les bienvenus en entreprise ? Tel était le débat qui s'est déroulé à l'Institut National des Jeunes Sourds à l'occasion d'une journée professionnelle...

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Lorsque l'on évoque l'insertion professionnelle, on parle peu des sourds profonds et de la problématique particulière que représente leur intégration en entreprise. Cette question était au coeur d'une rencontre entre professionnels organisée récemment à l'occasion d'une journée portes ouvertes de l'Institut National des Jeunes Sourds (I.N.J.S) de Paris.

Amin Ben Saber travaille depuis 2005 comme technicien de maintenance chez Air France. Sourd profond, il s'exprime en L.S.F et maîtrise la lecture labiale. Il n'avait pu s'inscrire à l'A.N.P.E, personne ne pouvant (ou ne voulant) le comprendre, aucun interprète n'étant mis à sa disposition. Il a dû s'appuyer sur une association pour élaborer son C.V et formuler des candidatures spontanées. Il a été recruté lors d'un concours, au milieu de 60 candidats pour trois postes à pourvoir : "Je pensais que j'avais raté les épreuves, qui ont duré six heures, avec peu de temps de repos. J'étais angoissé par un monde que je ne connaissais pas. J'ai passé ensuite un entretien d'évaluation de mes motivations et compétences, j'avais un interprète fourni par l'entreprise". Dès qu'il reçut, dans les jours suivants, la décision favorable d'embauche, il a douté : "Je n'y ai pas cru, ma famille ne croyait pas que j'étais pris, il y avait une chance sur un million d'être recruté dans une telle entreprise!". Il avait obtenu son B.T.S en juillet, en décembre il était embauché en C.D.I.

Si Air France fournit un interprète pour des moments importants, comme des entretiens d'embauche ou d'évaluation ou des séances de formation, au quotidien un employé sourd doit trouver avec ses collègues de travail un mode de communication. Mais selon Caroline Millous, qui dirige la mission travailleurs handicapés de la compagnie aérienne, aucun salarié n'est venu la voir pour lui dire "je ne peux pas travailler avec un sourd". Elle souligne que des employés entendant ont eu envie, pour approfondir leurs relations avec leurs collègues sourds, d'apprendre la langue des signes.

"Je me souviens de ma première journée de travail chez Air France, ajoute Amin Ben Saber, j'étais un peu perdu, je ne me débrouillais pas à l'oral. On m'a présenté des gens, orienté dans les locaux, je ne connaissais pas les avions, je voyais des machines en tout genre, des collègues me posaient des questions... Au fur et à mesure, ça allait mieux, je ne passais plus à côté des questions, la lecture labiale fonctionnait mieux". L'apprentissage de la culture d'entreprise a été délicat : "Il fallait être productif, alors que j'ai d'abord travaillé dans un service composé d'anciens, qui me montraient le travail en prenant leur temps méthodiquement. Je faisais comme eux, alors que mon patron demandait de la productivité. Il a fallu que j'apprenne à me comporter dans l'entreprise. Dans un autre service, il y avait de l'émulation entre techniciens, on avait des résultats de productivité. Et je devais être un exemple pour les autres".

Image : les participants à la table ronde emploi de l'I.N.J.S.

Laurent Loyer est chargé de la permanence emploi pour sourds et malentendants mise en place par la Ville de Paris. Il reçoit des sourds demandeurs d'emploi et les met en relation avec des entreprises en tous genres. Il s'interroge sur la nécessité de mentionner la surdité dans un C.V : "Dans les grandes entreprises, il y a une connaissance du handicap. Dans les petites et moyennes, le handicap est mal connu, les employeurs ne réfléchissent pas et répondent négativement". Sur ce sujet, Caroline Millous a une position modérée, et Amin Ben Saber une réponse de bon sens : "Il vaut mieux l'indiquer, parce que lors de l'entretien la surdité sera évidente !". "Quand je sens qu'un employeur est réticent, poursuit Laurent Loyer, je préfère le mettre face à la personne sourde. La confrontation est souvent une grande surprise, parce qu'on assimile encore la surdité à un handicap mental, ce qui n'est pas le cas".

Les services de la Ville de Paris comptent environ 80 sourds, sur 2.300 travailleurs handicapés (5,10% de taux d'emploi). "Il est très difficile de recruter des sourds, précise Geneviève Dewasmes, de la Direction des Ressources Humaines. Des chefs de service sont réticents, ce qui nous a poussé à créer un 'référent surdité' à temps plein, pour accompagner les employés sourds en cas de besoin". Jérôme Beslon occupe cette fonction depuis octobre 2007, après avoir créé la permanence emploi des sourds et malentendants : "Avant octobre 2007, des interprètes étaient fournis au coup par coup. Maintenant, on fournit un interprète sur simple demande par Intranet. Il est nécessaire de s'assurer que les tâches, les consignes professionnelles soient bien comprises. Là, l'interprète ne suffit pas, le référent surdité est nécessaire, c'est une action très importante lors de la prise de poste, parce que les sourds font comme s'ils avaient compris. On travaille également sur l'aménagement des postes de travail, par exemple pour que la personne qui ne peut utiliser un téléphone bénéficie du support de ses collègues de travail. On fait également de la formation au français écrit et lu, pour compenser l'illettrisme encore trop présent. Des entendants volontaires se forment à la L.S.F, ils bénéficient pour cela d'une journée par semaine".

Ces dernières années, la Capitale a recruté à haut niveau, des juristes et comptables : "Nous avons constaté une difficulté particulière des sourds à diriger une équipe, complète Geneviève Dewasmes, alors on leur confie d'abord des dossiers, et le management leur est proposé après quelques années d'expérience". Outre les cadres, Paris emploie des jardiniers, personnels administratifs ou d'entretien sourds, mais se refuse à en recruter sur certains métiers considérés comme dangereux pour leur sécurité personnelle comme éboueur. Une démarche dont on peut espérer qu'elle sera suivie par d'autres municipalités.


Laurent Lejard, mai 2008.




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