|
Ce problème
est essentiel car il pose la question sous- jacente de la nécessité
des dispositifs de protection, d'aide et de solidarité auquel le droit
doit être capable de répondre de façon efficiente. En matière de logement,
le droit apporte des réponses qui se traduisent essentiellement par
l'organisation d'aides financières permettant l'adaptation des bâtiments
et des logements. Ces aides varient selon que la personne handicapée
est propriétaire ou locataire.
1/ Aide au profit du propriétaire occupant. Il peut bénéficier
d'une prime à l'amélioration de l'habitat, attribuée par la direction
départementale de l'équipement, pour la réalisation de travaux d'accessibilité.
Le montant de cette prime ne peut excéder 50 % du coût réel des travaux
dans la limite d'un montant de 40 000 Fr (près de 6.100 euros).
2/ Aide au profit du propriétaire bailleur ou du locataire du secteur
privé. Le propriétaire d'un logement achevé depuis plus de quinze
ans qui loue son logement à un locataire l'utilisant comme résidence
principale, ou le locataire dont le logement est à usage principal,
peuvent bénéficier de la subvention de l'ANAH
(Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat) pour
la réalisation de travaux d'accessibilité. La subvention est égale
à 70 % du coût des travaux dans la limite d'une dépense de 40.000
Fr, soit un total maximum de 28.000 Fr (près de 4.270 euros).
3/ Aide aux locataires du secteur social. Une subvention est
accordée pour entreprendre des travaux d'amélioration et d'accessibilité
des logements locatifs sociaux. Cette subvention, dénommée la Palulos,
est en fait accordée aux bailleurs sociaux (HLM, SEM), supposant pour
le locataire de faire une démarche auprès de ces derniers qui ensuite
solliciteront l'obtention de l'aide. La subvention est égale à 20%
du coût des travaux dans la limite de 85.000 Fr. soit un total de
17. 000 Fr (près de 2.600 euros).
4/ Aide aux salariés. Tout salarié d'une entreprise employant
plus de 10 personnes, ses parents ou ses enfants, dès lors qu'une
personne occupant le logement est handicapée, peut bénéficier du 1%
employeur. L'aide est accordée par l'intermédiaire d'un organisme
tiers sous la forme d'une subvention ou d'un prêt. Le montant total
de l'aide est au plus égale à 50 % du prix de revient final des travaux.
Les travaux qui peuvent faire l'objet d'une aide sont ceux relatifs
à l'accessibilité de l'immeuble, tel le cheminement extérieur :
- élargissement des voies d'accès et du portail,
- construction d'une rampe pour doubler ou remplacer un emmarchement,
- suppression de murs, murets, portes, portails ou encore de marches
(tout obstacle à l'accessibilité),
- amélioration du revêtement du sol.
Il peut s'agir aussi de l'élargissement ou l'aménagement de places
de parking, ou encore concerner les partie communes à l'intérieur
de l'immeuble. Par exemple:
- élargissement de la porte d'entrée et des portes le long des parties
communes conduisant aux logements, mais plus généralement des couloirs,
- construction d'une rampe,
- suppression de marches ou de seuils,
- amélioration du revêtement du sol,
- installation d'une main courante, d'un ascenseur ou tout autre appareil
facilitant le transport des personnes handicapées.
Enfin, il peut s'agir de travaux d'accessibilité et d'adaptation
du logement :
- suppression ou modification de murs, cloisons et placards,
- modification et aménagement des pièces d'eau (cuisine, douche, wc...)
- aménagement des portes d'accès aux balcons, terrasses, loggias et
jardins,
- amélioration des revêtements de sol,
- installation de mains courantes, barres d'appui...
- modification de la robinetterie, des divers systèmes de commande
des installations électriques, d'eau, de gaz et de chauffage,
- modification des volets, fenêtres
- alerte à distance (équipement et branchement).
Bien évidemment ces listes sont loin d'être limitatives et bien d'autres
travaux pourront être financés.
Cet ensemble de règles constitue essentiellement un droit auquel
il est difficile de s'opposer. Cependant, dans les rapports avec
le propriétaire ou les copropriétaires, la question se posera différemment
selon que le handicap est apparu ou non avant l'occupation du logement.
Le droit au logement obéit au principe de la liberté contractuelle,
ce qui rend difficile la contrainte d'un aménagement avant l'occupation
des lieux (hypothèse d'un bail traditionnel). Néanmoins, lorsque le
handicap apparaît alors que l'on occupe un logement, le pouvoir contraignant
dont dispose la personne handicapée sur son propriétaire est plus
efficace dans la mesure où ce dernier a l'obligation légale de mettre
à la disposition de son locataire des lieux en bon état d'usage, mais
aussi d'en assurer la jouissance paisible. Enfin, le propriétaire
ne peut pas s'opposer aux aménagements réalisés par le locataire,
dès lors que ceux- ci ne constituent pas une transformation de la
chose louée.
Pour conclure, il est utile de se souvenir que l'aide aux aménagements
appropriés au handicap est ouvert au propriétaire ainsi qu'au locataire.
Pour ce qui est du complément du coût, il appartiendra au locataire
de financer la différence, bien qu'il ne soit pas inutile de rappeler
que les aménagements qui s'imposent conduiront à un usage paisible
et normal du logement. Un refus au motif inavoué du handicap laissera
entrevoir au praticien du droit un acte discriminatoire répréhensible.
Maître Jean Charles Scotti, SCP Carlini et Associés, mars 2001
|