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Zolboot
Burjigin Janbala Suren aura 7 ans le 10 novembre prochain,
mais où célèbrera-t-il cet anniversaire ? Sera-t-il
l'une des nombreuses victimes de la campagne de régularisation/
expulsion des enfants d'origine étrangère scolarisés
en France et dont la famille est en séjour irrégulier
? Le Ministre de l'intérieur a en effet récemment
annoncé que toutes les familles qui ne seraient pas
régularisées seraient invitées à retourner dans leur
pays d'origine ou expulsées de force; cette besogne
sera facilitée par le fait que les demandeurs déboutés
ont communiqué leur adresse à l'administration préfectorale.
Orphelin de père et de mère depuis 2004, Zolboot est
arrivé en France avec sa tante, qui, selon elle, en
a la garde légale. Les médecins qui le suivent constatent
d'importants progrès chez cet enfant qui ne communiquait
pas, grâce à un appareillage dont le réglage est régulièrement
ajusté; ils ont également étudié l'intérêt de procéder
à une implantation cochléaire. Un projet d'intégration
scolaire a été élaboré, dans le cadre de la classe
spécialisée qui l'accueille à l'école du Grand Meaulnes
à Bourges (Cher). L'enseignante référente atteste,
dans le projet d'intégration daté du 3 mars 2006,
que la scolarisation de l'enfant "en milieu spécialisé
est indispensable et un travail de longue haleine
est à prévoir (avec une équipe pluridisciplinaire
médicale, éducative et rééducative). C'est un enfant
intelligent qui petit à petit comblera ses lacunes
dans un cadre adapté".
Mais la Préfecture du Cher ne l'entend pas ainsi.
"On n'expulse pas les enfants, affirme son Secrétaire
Général, Francis Cloris, mais les parents. Dans ce
cas, on ne connaît pas le lien juridique entre Zolboot
et les personnes qui affirment en avoir la garde,
parce que les documents qui nous ont été présentés
sont en mongol; nous sommes en train de les vérifier.
Nous demandons aux autorités consulaires françaises
à Oulan-Bator [capitale de la Mongolie N.D.L.R] de
nous dire si l'enfant peut recevoir dans son pays
d'origine les soins qui lui sont nécessaires". Si
Francis Cloris concède que "ce cas est humainement
délicat", il souligne l'impact financier de la prise
en charge sociale de l'enfant et de l'éducation spécialisée
qu'il nécessite.
"La situation est bloquée, constate Nadia Tadrist,
responsable départementale du Réseau Éducation Sans
Frontières [R.E.S.F].
La Préfecture a contacté des élus pour leur indiquer
qu'elle envisageait de conserver Zolboot en France
tout en expulsant sa famille". Des Conseillers Généraux
de gauche sont intervenus auprès du Préfet; parmi
eux, Jacqueline Jacquet-Trossevin (P.C.F), Maxime
Camuzat (P.C.F) et Alain Rafesthain (P.S), Président
du Conseil Général du Cher. Le chanteur du groupe
Blankass, Guillaume Ledoux, a parrainé Zolboot, et
l'a accueilli chez lui pour le soustraire aux autorités.
Le Secrétaire national des Verts, Yann
Wehrling, soutient la régularisation du séjour
en France de l'enfant et de sa famille.
L'Association des Paralysés de France est la seule
association de personnes handicapées à être intervenue
en faveur de l'enfant et de sa famille; sa présidente,
Marie-Sophie Desaulle a écrit au Préfet du Cher le
18 juillet dernier : "Nous ne pouvons rester insensibles
à cette situation inacceptable sur le plan des droits
humains [...] Aussi nous tenons à témoigner de notre
solidarité et notre soutien à l'égard de cet enfant
et de sa famille". Sur le terrain, l'A.P.F du Cher
est présente lors de chaque action publique en faveur
de Zolboot et de sa famille. A contrario, l'association
Argos, qui fut fondée en 2000 par Jean-Bernard Milliard,
adjoint U.M.P au Maire de Bourges, en charge des personnes
handicapées (et Vice-Président d'Argos), refuse de
prendre position : "En ce qui nous concerne, déclare
sa Présidente, Chantal Jacquet, nous estimons qu'une
structure associative ne doit pas s'ingérer dans une
affaire politique. Bien sûr, tout cela est très regrettable
pour l'enfant. Pourquoi zoomer sur le handicap d'un
enfant, pour mieux émouvoir et attendrir quand tout
le monde s'accorde à dire que la pitié et la charité
sont d'un autre temps ?"
D'un autre temps ? "Parmi les personnes qui nous soutiennent,
poursuit Nadia Tadrist, il y a d'anciens résistants,
qui en ont les larmes aux yeux. Ce qu'ils vivent aujourd'hui
leur rappelle la chasse aux Juifs durant l'occupation
allemande". Une période que l'on craint de revivre
aujourd'hui, à l'encontre d'autres populations, comme
peut en témoigner le jeune camerounais Joseph
Kemgang qui n'a dû son salut qu'à une importante
mobilisation populaire et médiatique. Espérons la
même réussite pour Zolboot et sa famille...
Laurent
Lejard, août 2006.
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