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  Ma vie, c'est la France.
  Alors que le Parlement examine un énième plan de répression des immigrés vivant sur le sol français, les démêlés d'un jeune Camerounais, Joseph Kemgang, avec l'administration montrent que le handicap n'est pas un privilège.

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"Non à l'expulsion du territoire français de Joseph Kemgang, Camerounais, en situation de handicap !". Ce cri a retenti en octobre 2005, porté par l'Association des Paralysés de France et le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples. Ces organisations protestaient contre la menace de reconduite à la frontière d'un jeune handibasketeur Camerounais faisant l'objet d'une demande de naturalisation pour rejoindre l'équipe de France. La mobilisation, alors, avait payé, Joseph Kemgang obtenant un titre de séjour d'un an. Que s'est-il passé ?

Joseph Kemgang est né au Cameroun, à Yaoundé, en 1981. A l'âge de 6 ans, la poliomyélite lui a fait perdre l'usage de ses jambes. Puis ses parents ont disparu, à 9 ans il était orphelin; l'une de ses tantes l'a recueilli, il vivait à la campagne : "Je n'avais pas de fauteuil roulant, je marchais à quatre pattes en me protégeant les genoux avec des sandales". Il a 12 ans quand sa tante meurt, une voisine, amie de sa mère, l'accueille à Yaoundé. "Je n'allais pas à l'école, je n'étais pas soigné, dans la rue je jouais avec d'autres enfants handicapés. On était ensemble parce que les autres nous fuyaient; le handicap est perçu comme une forme de malédiction et les gens croient qu'on mendie quand on s'approche d'eux". Et effectivement, il est arrivé que Joseph mendie dans la rue.

Sa chance, c'est d'avoir croisé le sport : des jeunes avaient des fauteuils roulants artisanaux, faits de tubes soudés, munis de roues de vélo sans main courante, ils se propulsaient en poussant sur le pneu. Joseph se faisait prêter ce genre de fauteuil, il en a tiré les meilleures performances en athlétisme : "Il y avait des compétitions entre handicapés. En 1997, j'ai été remarqué en gagnant un semi marathon en fauteuil roulant dans les rues de Yaoundé. On m'avait donné 37.000 Francs CFA (37FF de l'époque, soit un peu plus de 5€), je m'en suis servi, en plus de mes économies, pour me faire fabriquer un fauteuil roulant... que l'artisan ne m'a jamais livré tout en gardant l'argent". La carrière sportive de Joseph débutait pourtant : il fut le seul athlète camerounais a participer, en 1998, aux Jeux de l'Avenir des Personnes handicapées d'Afrique francophone (JAPHAF) qui se déroulèrent au Sénégal, puis à ceux de Côte d'Ivoire, en 2000, où il remporta le 100 et le 400 mètres fauteuil roulant.

  Image : Joseph Kemgang.

Lors des qualifications pour les Jeux Paralympiques de Sydney 2000, qui se déroulaient en Tunisie, il fut repéré par des dirigeants handisportifs français qui lui proposèrent de venir en France, rejoindre l'équipe de handibasket de l'ASPAR Saint Ouen (Seine Saint Denis). Classé 2 points, il joue au poste de meneur dans une équipe de Nationale 1A, l'élite du handibasket français, vainqueur de la Coupe de France 2003. Dès son installation en France à l'automne 2000, Joseph Kemgang a bénéficié d'un titre de séjour d'un an, renouvelé sans problème jusqu'en 2004; cette année-la, il n'obtint que des renouvellements successifs de trois mois dont le dernier, en janvier 2005, fut annulé puis suivi d'un arrêté d'expulsion. Aucun motif n'était invoqué par la Préfecture de Police de Paris, son médecin-chef reconnaissait même que Joseph nécessitait des soins constants tout en estimant qu'il pouvait les recevoir au Cameroun, un pays dans lequel il n'y a qu'un médecin pour 100.000 habitants. Mais la cause probable du refus était ailleurs : Joseph avait formulé une demande de regroupement familial. Il avait eu, en 1997, deux enfants de la fille de la dame qui l'avait accueilli, et s'était marié avec elle en 1999.

Plus d'allocations ni de salaire, et une intégration sociale menacée : Joseph suivait alors un parcours de formation professionnelle après une longue remise à niveau. Un comité de soutien s'est constitué dans son établissement, le Centre Jean Moulin de Fleury Mérogis (Essonne) et diverses interventions furent entreprises pour inverser la décision de la Préfecture. Joseph a vécu sur ses économies et en contractant un emprunt, dans l'espoir que sa situation administrative s'arrangerait. Jusqu'à ce qu'en septembre 2005 la Préfecture lui délivre un arrêté de reconduite à la frontière : la mobilisation associative et de multiples interventions ministérielles ont fait plier les autorités, qui délivrèrent finalement à Joseph un nouveau titre de séjour d'un an.

Et l'avenir ? La situation de Joseph Kemgang sera revue en octobre 2006, à l'aune d'un nouveau régime de séjour des étrangers en France : le Parlement examine actuellement un projet de loi particulièrement répressif qui supprime la délivrance automatique de la carte de séjour de 10 ans et ne réserve l'octroi d'un titre de séjour permettant de travailler qu'aux immigrés "à fort potentiel économique", disposant d'une formation de haut niveau, et en fonction de quotas. Les "autres" seront renvoyés dans l'illégalité, la marginalité et l'exploitation par des patrons sans scrupules. Quel sera le sort de Joseph ? "Je ne sais pas ce qui va se passer en octobre. La Fédération Française Handisport soutient ma demande de séjour en France. Si j'avais été un sportif de haut niveau valide, j'aurais obtenu la naturalisation. Je ne suis pas venu pour m'asseoir en attendant de toucher les allocations ! Je vais dans les écoles, au contact des jeunes, pour partager le goût de vivre, montrer ce que l'on peut faire avec un handicap, autant et même plus que quand on a des jambes. Je n'envisage pas de rentrer au Cameroun, j'y crèverai dans la rue... Mes parents, c'est la France, ma vie c'est la France".



Laurent Lejard, mai 2006.




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