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  Absents du débat !
  À l'exception de Marine Le Pen, les principaux candidats à l'élection présidentielle ont refusé d'exposer leur perception personnelle du handicap et la place des personnes handicapées dans le projet de société qu'ils soumettent aux électeurs.

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          Des six candidats crédités de plus de 1% des intentions de vote au premier tour de la prochaine élection présidentielle, seule Marine Le Pen a accepté d'exposer, lors d'une interview directe, en face à face et filmée, ce qu'elle pense des personnes handicapées et du rôle qu'elles peuvent jouer dans le projet politique défendu par le Front National. Force est de constater qu'elle aura été la seule à le faire, les autres entretiens parus dans les médias handicap ayant été rédigés, comme de coutume, par les conseillers des candidats, ce qui ne garantit en aucune manière la sincérité des propos ou des promesses.

Jean-Luc Mélenchon, François Hollande, Eva Joly, François Bayrou et Nicolas Sarkozy ont refusé cette expression directe, bien qu'ayant été contactés très en amont. Aucune réponse de François Bayrou, pourtant sollicité directement lors de son "Atelier social" du mois de février, puis maintes fois relancé via son attaché de presse. L'équipe d'Eva Joly voulait bien répondre, mais uniquement par écrit, refusant que la candidate soit filmée ! Une attachée de presse de Nicolas Sarkozy écrivait déjà, le 23 février dernier, les réponses du candidat lors d'une relance téléphonique de la demande d'entretien en tête-à-tête ! Il aura fallu trois mois à l'équipe de François Hollande pour communiquer l'agenda de campagne du candidat, sans jamais répondre à la proposition d'interview. Au Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, une interview calée au milieu du mois de mars a été annulée, avec proposition de remplacement par la députée Martine Billard, puis le conseiller handicap Vincent Assante, qui parle de ce qu'il connaît étant lui-même handicapé moteur... sauf qu'il n'est pas candidat à cette élection extrêmement personnalisée.

Car c'est bien là que résidait tout l'intérêt de savoir ce que les candidats proposent à 45 millions d'électeurs qui vont élire le citoyen qui dirigera la France pour les années à venir et donnera le cap à suivre en matière politique, économique, financière et sociale. C'est de ce futur Président qu'il était crucial d'apprécier ce qu'il a "dans le ventre" quand il parlera (parce que cela finira par se produire) des personnes handicapées. Mais cela, vous ne le saurez pas : vous n'aurez, pour faire votre choix, qu'une interminable liste de "mesurettes" publiées par les nombreuses organisations qui ont sollicité les rédacteurs des équipes de campagne dont les réponses vont essentiellement dans le sens du poil. C'est désormais une certitude : la place des personnes handicapées dans la société française n'est pas l'un des enjeux de cette campagne électorale. Les candidats n'en parlent pas, ils n'ont fait ni discours ni déplacement sur ce thème, même leurs clips de campagne oublient les personnes handicapées !

Pendant ce dernier quinquennat, la politique en direction des personnes handicapées a été à la fois volontariste et empreinte de reniement, tel le discours présidentiel réaffirmant que "pour vivre dans la société il faut travailler" (Conférence Nationale du Handicap du 10 juin 2008) tout en ponctionnant l'Agefiph et en réduisant les aides à l'emploi et la formation des travailleurs handicapés alors que leur chômage a augmenté deux fois plus vite que celui des travailleurs valides. Si l'Allocation aux Adultes Handicapés a augmenté de plus de 22% (ce qui a amélioré les ressources des plus de 930.000 bénéficiaires), ses conditions d'octroi ont été durcies et les allocataires qui travaillent sont contraints tous les trimestres de justifier de leur salaire pour obtenir de le cumuler avec une AAH résiduelle : ce sont ces travailleurs handicapés "se levant tôt" qui ont été punis par le Président qui prétendaient les défendre.

Un Président qui a, par ailleurs, réaffirmé sa volonté d'aller vers l'accessibilité prévue par la loi... tout en multipliant les tentatives de dérogation. Ce double-jeu se poursuit même durant la campagne électorale. "Nicolas Sarkozy promet de ne pas accorder de dérogation à l'obligation de rendre accessibles aux personnes handicapées les bâtiments recevant du public d'ici à 2015" (Le Point du 13 avril 2012) alors que sa porte-parole, Nathalie Kosciusko-Morizet, et le secrétaire d'État au tourisme, Frédéric Lefebvre, annoncent le contraire au président de la Fédération Autonome Générale de l'Industrie Hôtelière Touristique : "Ils ont [...] indiqué que le contenu des normes relatives à l'accessibilité serait revu face aux difficultés des hôteliers à les mettre en œuvre, en cas d'une victoire de Nicolas Sarkozy" (Déplacements Pro du 9 avril 2012).

Les citoyens handicapés ne peuvent donc guère se bercer d'illusion face à une élection cruciale : devant les mensonges et le double langage du pouvoir sortant, leur choix n'est éclairé que par la seule expression directe de la candidate du Front National, et c'est bien dommage...


Laurent Lejard, avril 2012.




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