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  A la mémoire d'André Meimon.
  Catherine Meimon Nisenbaum rend hommage à son père récemment disparu, qui a guidé ses pas dans la vocation d'avocat dédié à la défense des victimes d'accidents corporels.

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          A mon père, Maître André Meimon, qui a exercé pendant 56 ans sa profession, avocat spécialisé au Barreau de Paris dans la réparation du préjudice corporel, qui toute sa vie n'a défendu que les victimes d'un dommage corporel et qui fut un pionner dans cette spécialisation.

Sa profession d'avocat était toute sa vie, il l'a aimée et défendue avec force et vigueur jusqu'à l'extrémité de ses possibilités.

Il y a plus de trente ans - j'étais avocat stagiaire au cabinet de mon père à cette époque -, cette spécialisation n'était que balbutiement, mais il avait déjà arrêté les points essentiels pour défendre ses clients atteints d'un dommage corporel. Il fallait toujours tenter de rétablir, disait-il inlassablement, l'équilibre si difficile entre les deux plateaux de la balance de la Justice, entre les droits des victimes et les droits des compagnies d'assurances.

Aussi Maître André Meimon était-il toujours l'avocat des victimes. Il ne fallait pas mélanger les genres, on ne pouvait être l'avocat de victimes un jour et l'avocat d'une compagnie d'assurances, d'une mutuelle, d'un fonds, un autre jour.

Déontologiquement, l'amalgame est autorisé : un avocat doit défendre toutes les causes. Mais mon père avait choisi la sienne et n'a jamais failli, et j'en ai fait de même avec fierté.

Maître André Meimon était toujours présent pour ses clients, il leur rendait visite dans les centres de rééducation fonctionnelle, dans les hôpitaux, à domicile. Il était présent, car ses dossiers étaient longs et il savait que le contact avec son client était essentiel. Il avait une grande humanité.

Maître André Meimon estimait aussi que l'assistance à l'expertise médicale était primordiale. Très tôt, il organisait des expertises médicales où ses clients étaient assistés par un médecin-conseil choisi par lui (donc un médecin-conseil de victimes) et il assistait aussi son client aux expertises médicales amiables ou judiciaires. Cette bonne pratique est aujourd'hui essentielle pour l'indemnisation d'un préjudice corporel. La victime ne doit pas être seule à une expertise, elle doit être assistée selon le dossier par deux professionnels, un avocat spécialisé et un médecin-conseil de victimes. Cela aussi, mon père l'avait compris depuis longtemps.

Par ailleurs, Maître André Meimon transigeait très peu, car il estimait que les tribunaux étaient plus à même d'apprécier et d'évaluer un dommage corporel. L'évolution de la jurisprudence lui a donné ô combien raison.

Aujourd'hui, si un avocat spécialisé peut effectivement transiger avec une compagnie d'assurances, une mutuelle ou un fonds, c'est bien en raison de la jurisprudence que les régleurs redoutent. Cette jurisprudence n'existerait plus si les avocats transigeaient tous leurs dossiers sans se battre devant les tribunaux pour faire valoir encore et encore les droits des victimes.

Maître André Meimon avait foi en la Justice. Il a beaucoup contribué à l'évolution de la jurisprudence, surtout en ce qui concerne la tierce personne. Il aimait plaider devant la 19ème Chambre du Tribunal et la 17ème de la Cour d'appel de Paris. Il avait un immense respect notamment pour les Présidentes et Juges de ces deux Chambres, et c'était toujours pour lui un honneur de plaider devant elles. Ces chambres spécialisées ont une compétence exceptionnelle en la matière.

Maître André Meimon plaidait très bien, parfois un peu trop longuement, à l'ancienne, mais toujours avec conviction, force et respect.

Pionnier dans la réparation du préjudice corporel, il l'était indiscutablement.

Maître André Meimon était aussi un travailleur acharné. Il avait beaucoup d'humour et était d'une grande bonté humaine.

Mon père aimait son prochain pour lui-même et non pour soi-même.

Après 7 ans de stage, j'ai créé mon propre cabinet, emmenant avec moi tous ses acquis, tous ses trésors de conseils et d'amour. J'exerce mon métier d'une manière différente avec ma personnalité, mais la base reste et restera celle que mon père m'a apprise.

Après avoir exercé son métier pendant 56 années, il était depuis cinq ans avocat honoraire. Au lieu de profiter de sa retraite, chaque jour, il venait à mon cabinet pour continuer à vivre son métier à travers mes dossiers, c'était sa vie.

Je lui dois de m'avoir appris mon métier, ma spécialisation et surtout de ne jamais abdiquer. Mon père ne renonçait jamais, il était de ces avocats qui vont toujours de l'avant : il ne renonçait jamais à une cause à laquelle il croyait.

Pour être avocat, il faut bien sûr obtenir des diplômes, mais aussi avoir de l'étoffe, avoir l'audace d'aller jusqu'au bout des défenses que l'on nous a confiées.

Maître André Meimon était un procédurier dans l'âme. Il avait été avoué, il connaissait donc parfaitement la procédure qu'il m'a enseignée.

Lorsqu'il assurait la défense d'un dossier compliqué, il examinait toutes les failles de celui-ci et il savait souvent qu'il faudrait plusieurs années pour obtenir gain de cause, mais il avait la conviction qu'il y arriverait, et qu'il gagnerait.

Je lui dois ce que je suis, je lui dois de m'avoir toujours aidée, et de m'avoir aimée.

Aujourd'hui, mon père nous a quittés. Rien ne peut être dit, si ce n'est que je ne l'oublierai jamais, et que chaque jour j'entends sa voix et ses conseils amicaux et confraternels.

Merci de m'avoir tout donné et de m'avoir appris aussi à aimer.

Aujourd'hui, un des piliers de ma vie s'est effondré. Heureusement, mon fils et confrère Nicolas Meimon Nisenbaum est là, près de moi, il est maintenant mon unique conseiller.

Mon père ne voulait pas quitter la barre, il ne voulait pas s'en aller. Maintenant, chaque matin, avec Nicolas, nous l'entendons franchir avec joie la porte du cabinet.


Ta fille et Confrère Catherine.




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