|
Que
va-t-il rester du droit à compensation du handicap et de l'accessibilité
à tout pour tous, si le Gouvernement poursuit tranquillement son travail
de destruction de la loi de février 2005 ?
Chaque semaine apporte son lot d'attaques contre la législation favorable
aux personnes handicapées. Après l'adoption par l'Assemblée Nationale
(dans le projet de loi fourre-tout de simplification du droit) du caractère
optionnel de l'élaboration des plans personnalisés de compensation,
c'est au tour de l'accessibilité des constructions neuves de déroger.
Le Gouvernement a fait adopter un amendement au projet de loi de finances
rectificative pour 2009 qui autorise les propriétaires de nouveaux immeubles
et établissements recevant du public à demander une dérogation à l'obligation
d'accessibilité. En catimini et en l'espace de dix jours, le Gouvernement
a réussi à saper deux des principaux piliers de la loi d'égalité des
droits et des chances des personnes handicapées : la compensation du
handicap et l'accessibilité à tout pour tous !
La compensation individuelle du handicap est un élément nécessaire de
l'intégration pleine et entière dans la société. Dès lors que son outil
indispensable, le plan personnalisé de compensation du handicap, devient
optionnel, on sait quelle pratique en découlera. Les Maisons Départementales
des Personnes Handicapées croulent sous les dossiers et ne parviennent
pas à résorber un retard d'instruction devenu structurel, il ne fait
pas de doute que la plupart des demandes seront traitées de manière
simplifiée, a minima. Et les Commissions des Droits et de l'Autonomie
seront alors à l'égal des anciennes C.D.E.S et Cotorep. L'élaboration
de moins de plans personnalisés de compensation aura également un effet
sur les dépenses, au double bénéfice des finances de l'Etat et des Conseils
Généraux. Voilà comment les personnes handicapées vont se retrouver,
au détour d'une disposition législative adoptée sans concertation et
en pleine contravention avec le Droit (le Conseil National Consultatif
des Personnes Handicapées aurait dû être consulté au préalable) dans
une situation plus défavorable qu'avant la loi de février 2005. En effet,
la création au début des années 2000 des Sites pour la Vie Autonome
avait nettement amélioré la prise en charge des aides techniques et
l'aménagement des logements. Ils ont été remplacés par... les plans
personnalisés de compensation du handicap. Dans la nouvelle situation,
seules les personnes handicapées dépendantes pourront encore tirer avantage
de la loi de février 2005.
L'accessibilité à tout pour tous avait, quant à elle, été clairement
affirmée par le législateur, qui n'avait pas manifesté l'intention d'introduire
des possibilités de déroger à ce principe pour toutes les constructions
neuves. Mais les lobbys ne l'entendaient pas ainsi, et cette accessibilité
à tout pour tous vient d'être sacrifiée par le Gouvernement sur l'autel
d'économies supposées. De fait, la notion "d'impossibilité technique
résultant de l'environnement du bâtiment" se prête à toutes les arguties
: autoriser une dérogation sur cette base revient à ouvrir largement
le champ des exceptions. D'autant que l'on ne voit aucun motif raisonnable
à ce qu'une construction neuve déroge, sauf à considérer que la discrimination
du fait du handicap est devenue légale grâce à une nouvelle législation
rétrograde qui renvoie la France à la situation d'avant la loi Gillibert
du 13 juillet 1991 sur l'accessibilité des locaux d'habitation, des
lieux de travail et des installations recevant du public.
Si l'Assemblée Nationale a voté sans débat ces deux dispositions scélérates,
il en sera autrement au Sénat : le Gouvernement devra compter sur deux
défenseurs vigilants d'une loi pour laquelle ils ont combattu : les
sénateurs Nicolas About et Paul Blanc. Si le Gouvernement triomphe,
le message envoyé aux personnes handicapées et à leur famille sera clair
: votre égalité de droits et de chances, votre participation, votre
citoyenneté, le Gouvernement s'assoit dessus !
Les autres piliers de la loi de février 2005 sont, par ailleurs, également
attaqués. Le financement, par exemple. Après plusieurs ponctions mineures,
le Gouvernement entreprend le détournement à grande échelle du produit
du jour férié travaillé non payé. Destiné à financer les aides aux personnes
handicapées ou âgées dépendantes, cet argent est versé à une Caisse
Nationale de Solidarité pour l'Autonomie tellement pingre qu'elle génère
des excédents résultant des limitations des aides qu'elle octroie aux
publics dont elle est censée s'occuper ! Cette manne a attisé la convoitise
d'un Gouvernement "décomplexé" (pour reprendre un terme à
la mode) qui vient de récupérer 150 millions d'euros. Les salariés pensaient
offrir, plus ou moins de bon coeur, une journée de travail aux plus
vulnérables; on leur refait, 50 ans après, le coup de la vignette automobile,
destinée, rappelons-le, à financer à l'origine
"la retraite des vieux"...
Face à ces attaques, aucune lueur d'espoir n'émane de la Secrétaire
d'Etat en charge des personnes handicapées, Nadine Morano, dont on aurait
pu espérer qu'elle défende les intérêts des publics sur lesquels elle
a compétence. Prompte à donner son avis sur tout (et surtout quand on
ne lui demande rien, comme récemment sur la façon dont les jeunes musulmans
devraient s'intégrer), elle s'avère incapable d'émettre la moindre
réponse intelligente quand on l'interpelle sur les sujets que le Premier
Ministre lui a confiés. Elle est même inconséquente quand elle
affirme son intérêt pour la création d'un Observatoire de l'accessibilité
universelle, tout en approuvant de facto les dérogations aux
constructions neuves que le Gouvernement introduit dans la législation.
Si Nadine Morano veut promouvoir une accessibilité universelle, comment
peut-elle accepter que les constructions neuves puissent y déroger ?
Inconséquente encore quand elle relève que 83% des jeunes handicapés
ont un niveau de formation égal ou inférieur au BEP, sans demander de
réels moyens d'accueil et d'enseignement en leur faveur sous le prétexte
que "les jeunes ne vont pas vers les formations parce qu'ils s'autocensurent"
! Ce n'est pas elle, mais le Ministre de l'éducation nationale, Luc
Chatel, qui s'est le premier prononcé en faveur d'un métier de l'accompagnement
scolaire; l'opportuniste et inefficace Nadine Morano, pourtant chargée
depuis douze mois de suivre le Plan des Métiers du handicap étendu à
la petite enfance, a, depuis, adopté le discours de son collègue.
Puisse un remaniement ministériel suivre les prochaines élections
régionales...
Laurent Lejard, décembre
2009.
|