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  Requiem.
 

La justice renonce à poursuivre la mère de Vincent Humbert et le médecin qui l'ont aidé à mourir comme il l'avait exprimé. Fin d'une histoire douloureuse, mais pas d'un débat de société.

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Fin septembre 2003, Vincent Humbert décédait des suites d'une injection de chlorure de potassium. Cette injection avait été effectuée par le médecin réanimateur, le Docteur Frédéric Chaussoy, qui avait été appelé au chevet du jeune homme dont la mère avait échoué, quelques jours plus tôt, dans la tentative d'euthanasie de son fils. L'émotion publique fut grande, les hommes politiques intervinrent dans le débat, la justice poursuivit les deux protagonistes de la mort du jeune homme.

Le gouvernement de l'époque, et plus précisément le très chrétien Ministre en charge de la santé, Jean-François Mattéi, n'avait pas voulu ouvrir en 2003 le débat sur le droit à mourir dans la dignité pour les personnes qui ne peuvent, sans aide, accomplir leur suicide. Vincent Humbert avait pourtant exprimé sa volonté d'abandonner une vie qu'il n'estimait plus digne d'être vécue : ce jeune pompier volontaire était entièrement paralysé, quasiment aveugle, privé de la parole, depuis un accident automobile. Mais à 22 ans, il était responsable de ses écrits et de ses actes, des actes qu'il ne pouvait plus effectuer par lui-même.

Quelques mois, un nouveau Ministre et une mission parlementaire plus tard, le débat sur le droit à mourir dans la dignité entrait au Parlement, a minima : une proposition de loi présentée par le Docteur et Député U.M.P Jean Léonetti était adoptée à l'unanimité, en avril 2005. Proposition de loi, parce que Philippe Douste-Blazy, alors Ministre de la santé, n'avait pas eu le courage politique de présenter une loi qu'il affirmait pourtant soutenir. Vincent Humbert n'aurait probablement pas pu bénéficier des dispositions de cette loi qui ne concerne que les malades incurables en fin de vie, pour leur ouvrir l'accès aux soins palliatifs et à la fin de l'acharnement thérapeutique. Les personnes lourdement handicapées, qui ne veulent plus, en toute conscience, prolonger leur vie, ne peuvent être assurées de l'impunité de la personne qui exécutera leur demande : le droit au suicide (reconnu de facto parce que l'on n'en poursuit plus les auteurs) demeure refusé aux personnes handicapées dépendantes.

Le non-lieu général rendu à l'encontre du Docteur Chaussoy et de la mère de Vincent Humbert permet au souvenir de ce jeune homme de reposer en paix. Mais le choix qu'a fait la justice de refuser un débat public sur le suicide des personnes handicapées dépendantes ne règle pas la question. Un débat que des hommes politiques en retard sur leur époque refusent, mais que la population espère.


Laurent Lejard, mars 2006.




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