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Les sourds, on ne les compte
pas ! Yanous! attirait récemment l'attention sur l'absence de statistiques
fiables (article paru en novembre
2000 NDLR). La surdité me semble bien plus handicapante que d'autres
déficiences car elle est un handicap miroir: J'appelle ainsi un handicap
qui apparaît uniquement lorsque l'on se trouve en contact avec une personne
valide... Évidement, cela peut aussi apparaître avec les autres handicaps,
tel que moteur, visuel ou mental. Pourtant, lorsqu'une personne s'adresse
à un sourd et que celui- ci ne réagit pas, elle se trouve dans la situation
d'un aphasique tentant de se faire comprendre et donc en situation de
handicap. De même lorsqu'un sourd s'adresse a une personne, celle- ci
se trouve paralysée du fait qu'elle se demande "comment vais- je me faire
comprendre?"
Avec des amis handicapés, nous avons un jour évalué nos déficiences respectives
et proposé : "si on pouvait les échanger, laquelle choisirai-
je ?" Eh bien, chose curieuse, aucun, je dis bien aucun n'a voulu
être sourd ! L'aveugle disait, "en entendant, je peux participer à la
vie autour de moi, et finalement les échanges relationnels, même sans
'visage' derrière les voix, me sont indispensables". Le paraplégique trouvait
sa situation "pas trop pénible" et même parfois "plus avantageuse que
s'il était valide" (sic!). Pour ma part, j'ai choqué tout le monde en
offrant mes deux yeux pour avoir une oreille valide... Personne ne comprenait.
Pourtant, si un aveugle ne voit pas, un appel a la cantonade, et une main
secourable apparaît souvent. De même pour le paraplégique au bord d'un
escalier... Le sourd, lorsqu'il ne comprend pas, on lui dit: "tu peux
pas faire attention quand on te parle?" ou alors cette phrase si douloureuse:
"Oh, t'inquiète pas, ce n'est pas important". Et que dire d'une hilarité
générale dont on ne comprend pas l'origine, et où parfois on se sent visé
simplement par les regards surpris qui se posent sur nous du fait de notre
absence de réaction ; ce qui souvent nous fait croire que c'est "nous
qui régalons" ?
Le pire des handicaps est certainement celui qui nous coupe de l'environnement
tant social que relationnel. D'ailleurs, si l'on se réfère aux différentes
études sur la torture (dont celles d'Amnesty International), on remarque
que celle qui est la plus "efficace" pour briser une personne est l'isolement
psychologique. Ne pourrions- nous faire en sorte que notre société, nos
associations et nos groupes d'amis soient vigilants sur ce fait et s'efforcent
d'éviter tout isolement d'une personne handicapée... ?
Jean-Marie Meuger, décembre 2000
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