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Après une vie
professionnelle bien remplie, Gisèle Caumont a décidé de s'installer
en Suède pour profiter de sa retraite. Sa pension ne pouvait suffire
à poursuivre une vie autonome tout en rémunérant les auxiliaires de
vie qui lui sont indispensables. Entre le placement dans une institution
en France et une vie indépendante à l'étranger, elle a choisi un pays
qu'elle connaît bien et qui est fréquemment cité en exemple. Quelle
est la prise en charge sociale d'une personne ayant un handicap physique
lourd ?
Avant mon arrivée,
on m'a invitée à écrire une sorte de "copie" où je devais me présenter,
expliquer mes besoins, certes, mais surtout évaluer l'aide nécessaire
pour mener la vie souhaitée. Il me fallait en quelque sorte présenter
un projet de vie. Je souhaitais faire tant des choses, celles que je
n'avais jamais pu réaliser par manque d'aide. Et me voilà suçant mon
stylo et racontant mes passions : la musique, le chant choral, l'orgue,
la peinture, la poterie, la cuisine, la nature, mes engagements politiques
et sociaux… Un certificat médical suédois y fut joint. J'étais loin
du formulaire Cotorep "peut" - "ne peut pas" avec la petite croix adéquate
! Je rencontrai longuement chez moi deux personnes : l'une représentant
la commune et l'autre la Sécurité Sociale...
A la suite
de cet entretien, je reçus leur rapport intégral. Leur conclusion -
pour une durée d'essai de six mois - fut 81 heures d'aide hebdomadaire.
Je fis appel de cette décision sur conseil de la coopérative qui gérait
mes heures car j'allais travailler, effectuer des remplacements, etc.
J'obtins alors 116 heures hebdomadaires, tenant compte de la double
assistance nécessaire pour l'orgue, la piscine, etc. Il était écrit
que je devais avoir de l'aide tout le temps où je suis réveillée car
j'avais une vie sociale et relationnelle très riche : il fallait me
donner toutes les chances de la réaliser. Un rêve !
Me voilà donc
découvrant chaque jour de nouvelles possibilités avec des assistantes
que j'ai choisies et qui m'ont choisie. Je n'ai besoin ni de soins infirmiers,
ni de kiné. J'en rencontre un de temps en temps avec l'une de mes assistantes
formée en massage qui assure dans des conditions psychologiques merveilleuses,
ces soins. A 63 ans, je progresse, je "récupère". Psychologiquement
aussi ! J'ajouterai que pendant une hospitalisation absolument nécessaire,
mes assistantes sont restées avec moi toute la journée assurant les
soins qui n'étaient pas spécifiquement infirmiers. Je n'oublierai jamais.
Quant à la nuit, je dors paisible, un bracelet d'appel au poignet. En
cas de besoin, même chaque nuit, je peux sonner. Une voix par interphone
me demande de quoi j'ai besoin et la "patrouille de nuit" (deux aides-
soignantes circulant en voiture) passe. Certes les délais d'attente
varient entre dix minutes et une heure mais quelle sécurité ! Et tout
cela ne me coûte rien. Je paie des impôts sans exonérations et cela
me paraît juste.
Je veux croire que vont cesser, en France, les discours généreux mais
vides quant aux crédits alloués, au profit d'actes clairs et forts.
Ces trois mots, "Liberté, Égalité, Fraternité" doivent reprendre sens.
Je serais heureuse et fière si, un jour, bientôt, je pouvais les entendre
chanter au plus profond de mon coeur dans ma langue et non plus seulement
en suédois". |