Les 16 et 17 février, le deuxième sommet mondial du Handicap s’est déroulé en visio-conférence, avec le soutien de deux pays organisateurs, la Norvège et le Ghana. Responsable de l’unité gouvernance inclusive et action humanitaire d’Handicap International, Ludovic Bourbé en présente les enjeux et l’impact national.

Question : Un second sommet mondial du Handicap a été organisé en février, par qui et pourquoi ?

Blime dance

Ludovic Bourbé : Le premier sommet s’est déroulé en 2018, et cette année ils ont réitéré l’exploit de mobiliser des interlocuteurs internationaux de valeur et en nombre. Ils, c’est International Disability Alliance (IDA) qui est une organisation faîtière, et les gouvernements de Norvège et du Ghana. Le premier sommet de juillet 2018 s’était tenu à Londres, avec le soutien du UK Department for International Development (DFID) et du gouvernement du Kenya. Un troisième sommet est prévu avec l’appui de l’Allemagne et de la Jordanie. 80% des personnes handicapées vivent dans des pays en voie de développement, et font partie des plus pauvres parmi les populations, discriminées par omission ou du fait de leur handicap. Il existe peu de dénombrement des personnes handicapées, souvent elles ne sont pas recensées et donc invisibles. Il existe des politiques publiques dans certains pays, mais en terme social la prise en charge est très faible du fait de moyens très réduits. Ces pays font face à de trop nombreuses priorités qu’ils doivent adresser toutes à la fois. Dans les pays où nous intervenons, nous arrivons à travailler pour que les personnes handicapées soient prises en compte dans les contextes de développement et dans les réponses humanitaires dès le démarrage d’une crise. Il a eu en 2016 un sommet mondial sur l’Humanitaire lors duquel les personnes handicapées ont été évoquées, et un guide de réponse aux situations d’urgence réalisé ; il y a quelques années, on se sentait un peu seuls, on sent une montée en puissance.

Question : Comment a été préparé ce sommet, et comment s’est-il déroulé ?

Intervention de Gordon Brown, ex-Premier ministre du Royaume-Uni

Ludovic Bourbé : Des journées préparatoires ont été organisées avec la société civile, des jeunes, des événements thématiques en périphérie des jours du sommet. Le sommet est une succession de prises de parole alternant représentants internationaux, de gouvernements, d’Organisation Non Gouvernementales, des performances artistiques, des associations. Chaque intervenant revenait sur le pourquoi de ce sommet, présentait des initiatives. Les interventions étaient de niveaux très divers, allant d’une simple représentation à des propositions. Il y a eu globalement 1.300 engagements pour une amélioration de la prise en compte des droits des personnes handicapées, qui doivent être suivis, gradués dans le temps et réalistes. A cet égard, Handicap International a évalué ses engagements de 2018 : on avait été trop théoriques et globaux, ceux de 2022 sont plus gradués en effort, en temps, ce sera plus facile à évaluer. On avait tout engagé, mais ce n’était pas assez concret. On arrive à sentir la sensibilité au handicap des différents pays. Dans les pays du nord, ce sont des engagements financiers qui sont pris ; la Grande-Bretagne a pris 18 engagements, les USA sont particulièrement porteurs des droits des personnes handicapées, l’Allemagne est plutôt un pays bien avancé. On sent que des pays visent le leadership, la compétition sera bénéfique.

Question : La sensibilité au handicap des politiques publiques dépend-elle de celle de dirigeants de pays ? On n’a pas remarqué d’attention particulière quand l’Équateur avait un président paraplégique, et le président de Taïwan une épouse paralysée…

Ludovic Bourbé : Ma sensation première c’est qu’effectivement avec un dirigeant ou membre du gouvernement en situation de handicap, le regard global sur le handicap change et un effort particulier est porté aux politiques sur le handicap. Si je regarde la France, Jacques Chirac a agit parce qu’il avait une enfant handicapée. Tant mieux si nos hommes politiques restent humains.

Question : Mais la France d’aujourd’hui est-elle autant engagée que celle Jacques Chirac ?

Intervention de Sophie Cluzel

Ludovic Bourbé : La France n’a pas pris d’engagement particulier lors du sommet. Le discours de la secrétaire d’État Sophie Cluzel était principalement orienté sur la situation en France et pas sur l’action internationale. La France a signé des accords internationaux, mais pas spécifiquement sur le handicap. Pour l’action internationale de la France, l’Agence Française de Développement est un appui important pour les interventions d’Handicap International (lire ces exemples) ; dans l’insertion socio-économique la France est un bailleur très supporteur, sur l’Afrique subsaharienne essentiellement. Le centre de crise finance des activités sur la Syrie, l’Afghanistan, etc. Handicap International, c’est plus de 60 pays d’intervention.

Question : Donc, en dehors de votre action, la France n’agit pas directement ?

Ludovic Bourbé : Par rapport au sommet de 2022, la France s’est cantonnée à l’Hexagone. Toutefois, lorsque la France signe la charte internationale pour l’action humanitaire, elle inclut les personnes handicapées. Sophie Cluzel a parlé du respect de la Convention internationale des personnes handicapées, de la prise en compte, du changement de regard sociétal nécessaire.

Question : Ce sommet mondial semble avoir été totalement ignoré par les médias français. Qu’avez-vous repéré ?

Ludovic Bourbé : On a constaté quelques retombées médiatiques en Belgique, télévision et radio. En France, rien. Est-ce dû à l’orientation en direction des pays émergents du sommet mondial ? Quelques figures médiatiques ont participé, mais il y a eu peu de communication.

Laurent Lejard, mai 2022.

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