Chronique citoyenne
  Éléonore Laloux, pionnière à Arras.
  Connue pour son engagement en faveur des droits des personnes trisomiques, cette jeune femme indépendante pourrait devenir le 22 mars la première conseillère municipale de France vivant avec une trisomie 21. Interview.


 

             Au début des années 2010, une jeune femme trisomique était intervenue dans le débat public en faveur des droits et du respect de toutes les personnes trisomiques. Portée par le collectif Les amis d'Éléonore, elle défendait l'amélioration de leurs soins et suivi médical ainsi que des moyens supplémentaires pour la recherche dans ce domaine, dénonçait l'introduction de la détection de la trisomie dans le diagnostic préimplantatoire (DPI) mais aussi les tabous qui bloquent ou gênent l'intégration sociale et professionnelle des personnes qui la vivent. En 2014, elle a publié un livre-manifeste, Triso et alors ? Et au soir du 22 mars prochain, elle pourrait devenir conseillère municipale d'Arras (Pas-de-Calais) si la liste du maire centriste sortant Frédéric Leturque, sur laquelle Éléonore Laloux figure à la 30e place, obtient autant de suffrages qu'en 2014 où elle avait remporté 36 sièges. Éléonore est la fille de Maryse et Emmanuel Laloux, qui ont agi pour que leur fille soit scolarisée comme les autres enfants, apprenne un métier, mène une vie indépendante, s'accomplisse sans tutelle. Elle réside dans l'un des appartements d'une résidence intergénérationnelle intégrant des services à la personne.

Question : Voulez-vous tout d'abord vous présenter; votre âge, où vous habitez, votre travail, vos activités, ce que vous aimez faire ?

Éléonore Laloux : J'ai 34 ans. J'habite dans un appartement à Arras. Je suis agent administratif dans un hôpital privé à Arras, je travaille au service facturation. Je fais de l'aquaboxing deux fois par semaine, je prends des cours de guitare électrique, je suis un atelier culinaire, un atelier de gestion de mon porte-monnaie, je fais du théâtre, je regarde la télé, j'écoute de la musique... J'ai un suivi paramédical (orthophonie, kinésithérapie) une ou deux fois par mois; je vais au cinéma et à des concerts (rock alternatif); j'aime voyager en France et à l'étranger avec mes parents.

Question : Vous êtes connue pour vos activités associatives mais qu'est-ce qui vous a décidée à vous présenter au Conseil Municipal d'Arras ?

Éléonore Laloux :
Il y a deux ans, le maire m'a demandé si je voulais bien faire partie de sa prochaine liste électorale pour les élections municipales. J'ai répondu que ça m'intéressait. Depuis j'y ai bien réfléchi et j'ai pris la décision de rejoindre sa liste. Je pense que j'ai ma place au conseil municipal. C'est normal que les personnes en situation de handicap y soient représentées parce qu'elles ont leur place dans la société.

 



 

Question : Arras est une ville moyenne dans laquelle la politique a son importance. Quelles sont vos idées politiques et les propositions que vous souhaitez faire avancer ?

Éléonore Laloux : Je n'appartiens à aucun parti politique. Ce que je veux, c'est faire évoluer la ville d'Arras pour plus de vie, plus de couleurs, plus de solidarité, plus de propreté, plus de respect, plus d'accessibilité, plus d'inclusion.

Question : Comment faites-vous campagne ? Vous distribuez des tracts, participez à des réunions publiques en intervenant, vous faites du porte à porte pour expliquer votre engagement et vos propositions ? Qu'est-ce que vous avez découvert et appris en faisant cette campagne électorale ?

Éléonore Laloux : La campagne électorale vient seulement de commencer ! J'ai distribué des tracts sur le marché et en centre-ville avec une colistière. J'ai participé aux réunions organisées par le maire sortant avec ses colistiers, et aux conférences de presse. Je participerai aux réunions publiques dès la semaine prochaine. Je n'ai pas encore fait de porte à porte mais je vais en faire dans le quartier de mes parents et dans la résidence où j'habite. J'ai découvert que les gens sont contents de me voir participer à la campagne et ils m'encouragent. Ils sont bienveillants. Je suis souriante et ça leur fait plaisir !

Question : Depuis que votre candidature est annoncée, les articles de presse mettent l'accent sur la trisomie; qu'est-ce vous en pensez ? Quelles sont les réactions de vos amis, d'habitants d'Arras, et d'autres citoyens ?

Éléonore Laloux : Je n'aime pas quand les articles disent que je suis atteinte de trisomie 21, comme si j'étais malade. J'ai une trisomie 21; point. Mais je trouve ça soûlant que les articles le rabâchent tout le temps. Je suis une Arrageoise et j'ai toute ma place sur la liste du maire sortant. Mes amis et les habitants d'Arras sont fiers de moi, ils me félicitent. Je reçois beaucoup de messages très positifs sur Facebook et Messenger. Aussi, les parents d'enfants ayant une trisomie 21 m'encouragent et me soutiennent, ça leur donne beaucoup d'espoir par rapport à leur enfant et par rapport à l'inclusion des personnes en situation de handicap dans la société. Grâce à ma candidature, j'apprends des nouvelles choses, je fais de belles rencontres et je constate que les gens sont heureux de ma candidature !


Propos recueillis par Laurent Lejard, mars 2020.

Outre Eléonore Laloux, une autre citoyenne trisomique est candidate lors des élections municipales des 15 et 22 mars, Mathilde Planchon. Comédienne et poétesse âgée de 35 ans, elle se présente sur la liste d'un opposant au maire de Boujan-sur-Libron (Hérault), éligible en cas de succès. Merci à la lectrice qui nous l'a signalée.

 



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