Chronique citoyenne
  Génération.s Sébastien Peytavie.
  Psychologue clinicien paraplégique depuis l'âge de 3 ans, il s'est embarqué sur la liste du parti créé par l'ex-socialiste Benoît Hamon pour devenir député européen lors de l'élection du 26 mai prochain. Interview.


 

             Sébastien Peytavie aurait-il devancé l'appel récemment lancé par la secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées : pousser la porte des partis politiques pour devenir député européen ? C'est ce qu'il a fait dès l'automne dernier au sein de Génération.s, parti politique créé après la déconfiture des formations traditionnelles de gauche lors de l'élection présidentielle du printemps 2017 qui a vu Emmanuel Macron rafler la mise. Né il y a 36 ans à Sarlat (Dordogne), Sébastien Peytavie y vit toujours. Après une scolarité en école ordinaire, c'est dans des collège et lycée plus éloignés qu'il a poursuivi son éducation, avant de suivre des études universitaires à Toulouse. Psychologue clinicien, il travaille au sein d'établissements pour personnes handicapées, à l'hôpital et en libéral. Il fait partie de ces citoyens qui ne se retrouvent pas dans un nouveau jeu politique qu'ils espèrent perturber à l'occasion de l'élection du Parlement Européen du 26 mai prochain.

Question :
Qu'est-ce qui vous a conduit à vous engager dans la campagne pour l'élection au Parlement Européen ?

Sébastien Peytavie : De par mon métier de psychologue, j'exerce ma citoyenneté en travaillant dans plusieurs structures, auprès d'enfants handicapés moteurs avec troubles associés, en psychiatrie et en libéral. Travailler avec des personnes en situation de précarité, de vulnérabilité, d'exclusion, est quelque chose qui, dans mon quotidien, m'anime. Il y a deux ans, j'ai été hospitalisé pendant neuf mois pour des escarres, au moment de la campagne pour l'élection présidentielle. J'ai pu la suivre avec beaucoup de frustration, de déception de voir comment elle se déroulait, et la sensation d'un choix confisqué par toutes les affaires, notamment Fillon, la dégringolade qui s'est produite et les deux candidats du second tour. Moi, j'entendais un bonhomme, Benoît Hamon, qui avait un projet de société, avec les questions du revenu universel, de la santé, de l'écologie. J'ai été très frustré par son score [6,4% des voix NDLR], et j'ai eu la volonté de m'engager auprès de lui après mon hospitalisation, pour développer ses idées. J'ai créé avec d'autres un comité Génération.s à Sarlat, et nous animons depuis un an et demi des actions, des débats, des réunions. Nous avons structuré le mouvement dans la Dordogne, ses statuts, sa charte, j'ai participé activement à la naissance de Génération.s. Lors de la convention de Grenoble en juillet dernier, une députée européenne m'a interpellé me demandant si j'envisageais d'envoyer ma candidature pour l'élection au Parlement Européen. Ce qui m'a totalement surpris parce que je ne me voyais aucune légitimité pour le faire, je n'y avais jamais pensé ! Et je me suis dit que c'est quelque chose d'assez terrible, en fin de compte, que certains citoyens ne puissent pas se penser légitimes pour pouvoir être candidats. J'ai pris la question à rebrousse-poil : et pourquoi pas ? J'ai envoyé ma candidature en novembre, parmi un millier d'autres. Une commission a interrogé notre engagement citoyen, associatif et politique, et notre idée de l'Europe. Elle a sélectionné 30 candidats, et j'ai eu la chance d'être retenu.

Question : Savez -vous en quelle position vous serez sur la liste finale des candidats ?

Sébastien Peytavie :
La commission n'a pas encore tranché là-dessus. On essaie d'être novateur dans la parité et la variété des parcours, entre des gens expérimentés en politique et des novices, la représentation des territoires, et de ne pas être coincé dans des attitudes d'arrangements. L'idée est d'avoir dans les dix premiers candidats, ceux qui ont des chances d'être élus, cette diversité-là.

Question :
Votre volonté est d'aller jusqu'au bout du parcours, parmi les dix, ou d'être dans une candidature de témoignage ?

Sébastien Peytavie :
A partir du moment où je postule, l'idée est assurément de pouvoir aller jusqu'au bout. Je serais très honoré si j'étais effectivement élu député européen. Mon objectif n'est pas d'entrer dans une carrière politique, mais c'est un autre moyen de vivre ma citoyenneté.

 



 

Question : Quelle est votre idée, votre conception de l'Europe, et comment croise-t-elle celle de Génération.s ?

Sébastien Peytavie :
Quand j'étais au collège, en 6e, nous sommes partis en Allemagne. Le mur de Berlin venait de tomber, j'étais émerveillé. Quand j'étais étudiant, je suis parti avec ma Twingo faire le tour de l'Europe de l'Est qui venait de s'ouvrir, qui s'agrandissait, en passant par la Croatie, la Slovénie, la République Tchèque, la Pologne. C'était un émerveillement de découvrir et de voir ce qui était commun à ces peuples européens. Quand je vois aujourd'hui ce qu'il en est, avec la montée des nationalismes, j'ai été horrifié des traitements infligés aux migrants. Cette Europe ne me plait pas. On voit l'impact de l'austérité sur nos services publics, le mouvement français des Gilets Jaunes qui sont à mon sens les enfants de cette austérité. Ma vision n'est pas de sortir de l'Europe, on ne peut pas répondre aux questions fiscales ou écologiques si on ne le fait pas de manière européenne.

Question :
Rester dans l'Europe, mais avec quel cap, quelle orientation ?

Sébastien Peytavie :
Notre idée est de défendre une Europe fédérale, avec un socle d'accès aux soins et à l'éducation, avec un minimum de revenus pour vivre donc un salaire minimum qui serait commun à tous les Européens. Pour cela, il faut une fiscalité commune. On voit bien que l'évasion fiscale est un scandale terrible, l'Irlande peut faire du dumping fiscal sans pour autant faire partie des paradis fiscaux. Tant qu'il n'y a pas d'harmonisation, les grandes entreprises n'iront pas s'installer dans un pays qui veut augmenter ses taxes et ce pays-là va se retrouver en difficulté financière. La seule réponse est au niveau européen. Les traités actuels, ne serait-ce que d'un point de vue démocratique, posent problème parce que les citoyens se sentent mis à l'écart. Le Parlement Européen pèse bien peu à côté des chefs d'Etat et de la Commission Européenne. Il y a des choses à revoir, c'est l'idée de notre new-deal social, écologique et démocratique du Printemps européen. On fait partie de ce groupe de plusieurs partis de pays différents. Sous la direction de Yanis Varoufakis, ancien ministre des Finances de la Grèce, nous avons écrit un programme qui nous est commun, pour avoir un groupe au Parlement Européen.

Question :
On attendait de la précédente législature un acte européen en matière d'accessibilité, qui n'a pas abouti. D'ici la fin de l'actuelle législature il devrait y avoir une directive sur l'accessibilité des seuls services numériques. Pour vous, Europe et handicap c'est compatible, ou à la marge ?

Sébastien Peytavie : Si on veut une Europe qui prend soin de tous ses citoyens, la question du handicap pèse. En France, nous avons 12 millions de personnes en situation de handicap et si on compte les aidants, il y a un socle très important de personnes concernées. On voit ce qui se passe avec le Gouvernement : l'Allocation Adulte Handicapé va augmenter mais l'enveloppe ne change pas, au niveau du logement on voit le scandale de la loi Elan [réduction à 20% du nombre de logements neufs accessibles NDLR], la mascarade de dire qu'on prend en compte et qu'encore une fois il y a une entourloupe comme souvent avec Monsieur Macron.

Question : Vous pensez qu'une politique européenne pourrait améliorer les conditions de vie des personnes handicapées en France ?

Sébastien Peytavie :
On voit qu'en Italie les classes sont divisées par deux lorsqu'il y a un élève en situation de handicap, et deux enseignants dont un spécialisé, c'est une réponse sérieuse. On le voit également en Suède avec l'inclusion et le parcours de soins qui sont ce vers quoi on doit tendre, sauf que les Suédois ont mis les moyens financiers, donc il y a des aides humaines considérables. En France, on veut faire pareil, avec une diminution du poids des institutions et partir vers une démarche d'inclusion ce qui dans une grande partie des cas est une bonne solution à condition qu'il y ait des moyens. Ce n'est pas en faisant des économies qu'on va en avoir la possibilité. Si toutes les personnes en situation de handicap partent dans le droit commun, mais que les médecins et les professionnels ne sont pas formés, que tous les bâtiments ne peuvent pas accueillir les personnes en situation de handicap, il y a maldonne. Si on ne veut pas une injustice, une défiance au niveau européen, il faut une politique commune et qu'une personne en situation de handicap en Roumanie ne se retrouve pas complètement délaissée à côté d'une autre en Suède, par exemple. Le projet européen doit tendre vers ce mieux-disant. Aujourd'hui, on ne peut pas respecter les droits de l'homme si on ne prend pas cette direction-là.


Propos recueillis par Laurent Lejard, mars 2019.

 



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