La présentation le 15 avril par Camille Galliard-Minier de sa feuille de route au Sénat commençait pourtant bien : « Je souhaite […] vous présenter non pas deux agendas parallèles, mais un cap unique décliné sur les deux champs, structuré autour de trois principes : l’autodétermination, la fluidité des parcours et une méthode ancrée dans le réel. » Ces deux agendas parallèles sont les politiques publiques en direction des personnes handicapées ou âgées, devenant ainsi une politique commune. Elle a défini trois principes : l’autodétermination, la fluidité des parcours et la méthode.
Et c’est là que tout dérape, faute de considérer ce qui bloque pour aller directement vers le volontarisme sans s’intéresser aux causes structurelles des blocages vécus quotidiennement par les personnes handicapées ou âgées dépendantes. Il ne suffit pas « de repérer ce qui fonctionne, de le valider et de le diffuser à l’échelle nationale » pour changer ce quotidien. Il est nécessaire de lever les obstacles et discriminations en tout genre qui empêchent de vivre comme tout le monde.
Mais Madame Galliard-Minier entend rester à la surface des choses, elle sait d’ailleurs que son temps est compté : elle sera ministre pendant douze mois au plus. Et elle a eu, en visite dans le Pas-de-Calais, une idée géniale qu’elle n’a pas exposée aux parlementaires : renommer les EHPAD (Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) en Maisons France Autonomie. « L’objectif est d’aborder le vieillissement de façon positive, donc de voir ces personnes par le biais de l’autonomie qu’elles conservent jusqu’au bout, plutôt que par la dépendance », justifiait-elle le 3 mai dernier dans La Tribune.
Tout, dans cette annonce, est bancal : l’autonomie fantasmée, l’absence de concertation avec ce secteur en crise, l’impression de repeindre la façade pour ne pas avoir à traiter le fait que plus des deux tiers de ces établissements sont à la fois déficitaires et coûteux, qu’on y maltraite des résidents, qu’y travailler est de plus en plus un pis aller. Mais changer leur appellation pour avoir une approche « positive » est beaucoup plus simple que d’améliorer, par un véritable plan d’action, les conditions de vie des personnes âgées dépendantes. Qu’elles vivent chez elles avec des aides à domicile, secteur également en crise structurelle, ou en établissement, leur quotidien se dégrade pendant que leur ministre se déplace tout sourire pour leur proposer une politique alla Potemkine…
Laurent Lejard, mai 2026.
