A bientôt 50 ans, touchée dans l’enfance par la polio qui la contraint à se déplacer en fauteuil roulant, Fatima Khallouk serait-elle la seule cadre participant à la direction d’un parti politique ? Militante par conviction et conscience de classe de par sa naissance d’un père ouvrier d’origine marocaine et d’une mère au foyer puis ensuite ouvrière, avec une sensibilité syndicale, elle siège au Conseil National du Parti Communiste Français, son parlement.
« C’est un engagement de longue date né d’une volonté de défense des travailleurs. C’est mon histoire familiale, et une sensibilisation aux inégalités sociales et d’agir avec le parti qui me correspond le plus étant donné sa visée d’émancipation des individus, et de défense des travailleuses et des travailleurs. » Sa participation au parlement du PCF marque une nette évolution d’un parti qui durant des décennies s’intéressait peu aux « invalides civils » autres que les accidentés du travail. Elle y anime également la commission des droits des personnes handicapées et se retrouve au contact des militants handicapés, notamment lors du 20e anniversaire de la loi du 11 février 2005 organisé au siège du parti, place du Colonel Fabien, classé monument historique et vaut d’être visité. Elle y a fait intervenir le secrétaire général du PCF, Fabien Roussel, en clôture d’un colloque (à 1h47 de la vidéo ci-dessous). Il est d’ailleurs intéressant d’entendre ce dirigeant défendre les acquis d’une loi contre laquelle les députés et sénateurs ont unanimement voté, tout comme leurs collègues socialistes…
A Alfortville, commune du Val de Marne de 45.000 habitants, elle siège au conseil municipal dans la majorité de gauche et est adjointe à la jeunesse. « J’ai d’abord donné plus de place et de visibilité au service Jeunesse, il en avait besoin, et d’un peu plus de clarté dans le cap politique avec un objectif d’émancipation. On a travaillé sur la Bourse aux projets d’études, de voyages à l’étranger, solidaires aussi ou écologistes, elle fonctionne très bien maintenant. On a remis en place le droit aux vacances qui est au coeur, d’ailleurs, du projet communiste. Et puis aussi des ateliers citoyens autour de sujets qui préoccupent la jeunesse, où elle est partie prenante. Par exemple, la réflexion autour des médias, comment on lit aujourd’hui la presse et les différents médias, la lutte contre la désinformation, la mal information. » Lors de son éventuel second mandat, elle espère agir sur l’accès des jeunes au logement pour leur permettre de « dé-cohabiter » de leurs familles.
Interprète de conférence, Fatima Khallouk s’est reconvertie au début des années 2010, reprenant des études et travaillant actuellement dans une association nationale de personnes handicapées, au plaidoyer. D’abord Parisienne, elle s’est installée en 2015 dans le Val-de-Marne à Maisons-Alfort, une ville de droite où elle était secrétaire de la section du PCF, et puis à Alfortville deux ans plus tard, sans avoir forcement cherché à vivre dans une ville de gauche. « La ville me plaît, et j’ai rejoint la section communiste d’Alfortville. Une chose en entraînant une autre, ça fait bientôt neuf ans que j’y vis et milite. Le hasard de l’immobilier n’y est pas tout à fait étranger, puisque je cherchais un appartement accessible et adapté. Alfortville est une ville très commerçante, où la vie associative est très active, très agréable à vivre, où j’ai construit assez rapidement un réseau en dehors des cercles politiques, aussi. »
Mais comment peut-on militer dans un parti politique dont le chef affirmait en février 2025 vouloir « créer les conditions pour que plus personne n’ait à recourir au RSA » en garantissant « à tous un emploi ou une formation avec un salaire » ? Une primauté donnée au travail qui a été interprétée comme une stigmatisation des « cassos » et des prestations sociales, assez proche des propos de Nicolas Sarkozy alors président de la République lors de la première Conférence Nationale du Handicap en juin 2008 : « Pour vivre dans la société il faut travailler, il faut aller à l’école, il faut aller à l’université. » Que dit le PCF du droit au non-travail reconnu pendant des décennies aux personnes handicapées et contesté aujourd’hui (lire ce Flop) ? « Notre livret thématique contient une partie sur le travail et le droit à un revenu digne pour les personnes qui ne peuvent pas vivre de leur travail, notamment du fait de leur situation de handicap et des discriminations. Le travail et l’emploi sont deux choses différentes, au parti communiste on en a bien conscience. Le droit au non-travail, c’est le droit au non-emploi dans le sens rémunéré, classique. On peut très bien avoir un travail dans le sens être bénévole, si on le souhaite évidemment. Je connais personnellement de nombreuses personnes handicapées qui, à mes yeux, travaillent, pas avec un contrat de travail au sens capitaliste du terme, mais sont très occupées par ce travail bénévole au service du bien commun des droits des personnes handicapées ou d’autres causes. »
Qu’en est-il pour Fatima Khallouk du changement de regard et du propos naguère maintes fois scandé par la ministre Sophie Cluzel sur cette société inclusive que nous voulons tous : « Toutes ces expressions, c’est de la com’ et rien d’autre. La société inclusive que nous voulons tous, la deuxième partie de la phrase reste à prouver. On a complètement dévoyé cet objectif et on l’utilise à toutes les sauces. Le changement de regard, je ne supporte plus cette expression, pitié ! Ce qui manque, c’est avant tout l’application des dispositions qui existent déjà, aller plus loin en terme de contrôles de l’accessibilité et de sanctions, et de la programmation comme on sait le faire dans d’autres domaines ; il faut programmer et financer bien évidemment. » Et pour cela, elle encourage les handicitoyens à s’engager « que que soit la forme que prenne cet engagement, militant dans un parti politique, une association locale, et surtout essayer de prendre sa place dans les instances existantes, qui sont loin d’être parfaites mais qu’il faut faire fonctionner autrement. Je pense notamment aux commissions communales ou intercommunales pour l’accessibilité. J’encourage les personnes handicapées vivant dans une commune, un village, une grande ville à participer activement et bien évidemment se présenter à des élections, à prendre leur place. »
Laurent Lejard, février 2026.




