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Antoine
Tarabbo, amoureux des mots. Auteur d'un premier roman, Antoine Tarabbo enseigne à l'Institut National des Jeunes Sourds de Chambéry. Parcours littéraire. |
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"J'ai été un
enfant qui, dit-on, parlait comme un livre à cinq ans. J'ai donc eu
suffisamment d'audition pour acquérir la langue de façon naturelle.
Par la suite, on a également dit que j'étais un gosse rêveur, un peu
dans la lune. Quand j'essaye de remonter dans la mémoire pour retrouver
des images précises d'une certaine conscience d'entendre mal, ce n'est
pas facile. Il y a tout de même ces dictées au CM1 et CM2, où il m'arrive
de perdre des points pour un mot mal perçu. Mais c'est en classe de
sixième que se révèle le handicap, car c'est le début de l'apprentissage
de l'anglais et il m'est impossible de répéter, comme mes camarades,
les phrases sorties du magnétophone que l'on nous donne à écouter. Un
médecin O.R.L est consulté, qui dit que 'tant que les résultats scolaires
se maintiennent, il n'y pas lieu d'intervenir'. Il est certain que j'ai
déjà développé, à cette époque, des compensations pour minimiser mon
audition défaillante, au moyen de la lecture sur les lèvres, de la suppléance
mentale, et du fait de dévorer les livres, avec cette passion des mots
qui ne me quittera plus".
"Puis vient
l'Université, j 'ai opté pour la biologie. Si les cours en amphithéâtre,
au premier rang, sont 'jouables', avec l'aide d'un condisciple, les
séances de travaux pratiques de biologie et de chimie sont de petits
calvaires : bruits de fonds élevés, agitation permanente, consignes
lancées à la cantonade par les assistants. Je décroche une maîtrise
de Biologie Animale mais je commence à douter sérieusement de la suite...
Le professorat, au sein de l'Education Nationale me semble inaccessible,
la recherche ne me tente pas vraiment. Ce sont des années d'interrogations,
où je prépare le CAPES de Sciences Naturelles sans véritable motivation,
tout en étant pion d'externat en collège, autre acrobatie ! Je vais
même devenir préposé dans un centre de tri postal pendant treize mois,
dans un environnement très bruyant en cachant, là aussi, ma surdité.
Puis ce seront deux mois comme instituteur en maternelle, et la réussite
au concours pour être professeur spécialisé auprès de jeunes sourds.
Nous sommes en 1982. Bien qu'ayant une soeur sourde qui, du fait que
la surdité l'a frappée avant l'acquisition du langage, a connu un parcours
en école spécialisée, je rencontre véritablement les sourds à l'institut
Saint Jacques de Paris, car jusque là je n'étais qu'un gars 'avec un
problème d'oreille' ou un malentendant. C'est un véritable choc, à tous
les points de vue. Je découvre la langue des signes et me mets à la
pratiquer avec un grand plaisir. Elle devient vite ma deuxième façon
de me dire, bien supérieure à mon anglais de cuisine et même mon italien
pourtant pas si maladroit..."
"J'ai eu
envie d'écrire ce livre car mon séjour à l'hôpital m'a mis en contact
avec des personnes privées de leur voix, m'a plongé dans une intense
médiation au moment même où j'étais en position difficile. Pour moi,
c'était comme une fable sur la communication humaine, les hommes sont
des êtres de langage, c'est leur essence même, et ils doivent dépasser
tous les handicaps, y compris sensoriels, pour exprimer leur humanité
et finalement leur fraternité. Et je voulais faire partager ma passion
de la langue"... |