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Patrice Gicquel
a rencontré Robert Mathé il y a une dizaine d'années, et c'est progressivement,
intimidé par la carrière et la vie hors du commun de ce sportif sourd,
que le journaliste a conduit son projet d'interview publié au début
du printemps dans "Le fabuleux destin de Robert Mathé. Révélations sur
un sportif sourd" (L'Harmattan). Robert Mathé est un retraité octogénaire
encore actif malgré quelques soucis de santé. Ses premiers contacts
avec le sport professionnel, il les vit dans le cyclisme, comme suiveur,
un peu contre la volonté familiale : à 17 ans, il s'était introduit
dans la caravane du Tour de France et en avait suivi quelques étapes.
La sympathie naturelle qu'il inspirait constituait une compensation
de sa surdité. A la même période, il s'initia à la boxe et mena une
carrière amateur jusqu'à l'âge de 20 ans. La dureté des combats semble
l'avoir dissuadé de persister; c'est au bord des rings qu'il continuera
à assouvir sa passion, comme entraîneur et masseur. De grands noms sont
passé entre ses mains : Max Cohen, Jean- Claude Bouttier, Carlos Monzon.
Et deux boxeurs sourds, l'espagnol José Hernandez et l'italien Mario
D'Agata. Dans le monde de la boxe, sa surdité ne fut pas un obstacle
: "Je communiquais tant que je pouvais, soit par gestes, soit par la
parole".
Chez les sourds,
la quasi-absence de pratiquants de bon niveau rendait la compétition
sans intérêt : lors du championnat de France 1942, il était l'un des
deux engagés sur route, gagna alors que le second et dernier arrivait...
vingt minutes plus tard ! Sur pistes, on l'obligeait à porter un maillot
rouge signalant aux autres sa surdité. Cela lui permis néanmoins
de côtoyer de grands champions comme Lapébie, Louis Caput, André alias
"Dédé" Pousse, qui n'était pas encore acteur
de cinéma. |