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Cultiv'Art,
le conte au bout des doigts ! Colette Barbelivien et Olivier Schetrit communiquent leur passion du conte populaire ou mythologique en mêlant les publics sourd et entendant de tous âges... |
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Colette Barbelivien
était bibliothécaire et conteuse à Massy (Essonne) quand elle a rencontré
des enfants sourds lors de ses activités. Elle a eu envie de mieux connaître
le quotidien de ces enfants, leur mode communication, la langue des
signes française, et a suivi des cours dans une association du département.
Au contact des sourds, elle a appris bien plus : la culture, le quotidien.
Mais elle ne se sentait pas capable de raconter seule, aux enfants sourds,
les contes qu'elle propose depuis plus de quinze ans; elle estimait
que son niveau et sa pratique de la L.S.F étaient insuffisants. Sa rencontre,
en 1998, avec Olivier Schetrit, comédien formé chez International Visual
Theatre (I.V.T), a tout changé. Ils
se sont rapidement compris, ont fondé l'association Cultiv'Art,
réalisé des animations et créé des spectacles bilingues qu'ils représentent
dans les écoles, les médiathèques. Leur public : enfants et adultes,
sourds et entendants. Olivier signe, Colette raconte, tous deux jouent
à deux voix leurs personnages.
"Les sourds
connaissent mal les contes traditionnels ou mythologiques, explique
Colette Barbelivien. Le conte fait partie de la tradition orale, il
se transmet de parents à enfants, par des récits qui font stimulent
l'imaginaire. Mais l'éducation des enfants sourds est différente, elle
repose peu sur l'imaginaire; c'est une rééducation de la parole, on
leur apprend à parler plutôt qu'à s'exprimer". Colette Barbelivien rappelle
que dans les internats, le plus grand raconte aux autres ce qu'il a
vu lors des sorties autorisées, un film au cinéma par exemple, avec
son vécu qui lui fait retenir certaines choses et sa manière de raconter
: "Les contes contiennent les valeurs, les craintes et les espoirs des
humains; ils ont été créés par l'imaginaire des gens, on les trouve
dans toutes les cultures. Olivier [Schetrit] est porteur de sa propre
culture de sourd : il va raconter une histoire connue, dans laquelle
le personnage du petit garçon sera sourd". Le comédien transpose
un élément de sa réalité comme les africains peuvent le faire, par exemple,
avec les contes d'Andersen, en adaptant le contexte du récit à l'auditoire.
La rencontre
de Colette Barbelivien et d'Olivier Schetrit est également celle du
français et de la langue des signes : "Nos spectacles sont bilingues,
on veut rassembler les publics. Les entendants disent que ça leur donne
une autre vision du conte, que les Dieux et Déesses prennent corps".
Colette Barbelivien précise que la langue d'Olivier est plus imagée,
poétique : "En L.S.F on voit les animaux apparaître devant nous. Pour
certains contes, je m'efface, je laisse la place au récit visuel, il
n'y a que ma voix que le public parvient à oublier et souvent les spectateurs
disent qu'ils ont compris le récit en L.S.F". Une découverte de la langue
et de sa richesse malgré les lacunes de son vocabulaire : "On a créé
notre vocabulaire des Dieux, en l'absence d'un lexique. Nous adaptons
également les ritournelles, les formules, parce que traduire est insuffisant;
il faut adapter, c'est un long travail de création artistique. Il repose
sur des contes qu'Olivier et moi comprenons tous les deux, qu'on s'approprie
pour en fusionner les narrations". |