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  Le kite, version Christophe Ballois.
  L'handi-kitesurfeur recordman du monde expose à Wilfried Panatier sa découverte de ce sport très physique, encore expérimental chez les pratiquants handicapés, et sa philosophie de vie. Interview.

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           En règle générale, la notion de "handicap" implique des limitations ou des difficultés. Mais il y a des personnes censées appartenir à cette catégorie de la population, pour qui ce "handicap" n'en est finalement pas un ! Nous avons donc posé quelques questions à Christophe Ballois, handicapé de naissance, windsurfer reconnu et recordman du monde handisport de vitesse en kite surf depuis octobre 2014.

Question : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Christophe Ballois : Je m'appelle Chris Ballois, je vis en Bretagne dans une magnifique région entourée d'eau. J'ai fais beaucoup de windsurf à haut niveau pendant de nombreuses années puis du kite surf.

Question : Depuis quand exerces-tu le kite surf ?

Christophe Ballois : J'ai découvert le kite en 1998 au Maroc, pendant la première coupe du Monde, et je m'y suis mis l'année suivante. A cette époque, tirer des bords et revenir à son point de départ était déjà exceptionnel. En 1999, j'ai pu naviguer avec Robby Naish et Flash Austin (champion du Monde) au Dossen en Bretagne et les voir voler à 4m au dessus de l'eau sans vagues : wow ! Là tu te dis "c'est ça que je veux faire !"

Question : Ton handicap n'a jamais été un frein dans ce milieu ?

Christophe Ballois : Je suis né sans avant-bras gauche. Depuis toujours, cela ne pas empêché de faire du sport parmi les valides, judo, BMX, skate, windsurf, jusqu'à être dans le top ten Français dans les vagues. J'aime la performance et naviguer avec les athlètes valides m'a tiré vers le haut. Lorsque je suis en mer, je suis un kitesurfer lambda, c'est seulement lorsque je rentre à terre que l'on se rend compte que j'ai un handicap.

 

Image : Christophe Ballois.
 

Question : Quel plaisir trouves-tu à pratiquer ce sport ?

Christophe Ballois : Sauter à 10m de haut et rester suffisamment de temps en l'air pour apprécier le paysage, l'adrénaline que procure l'accélération sur un run de vitesse à plus de 80 km/h, voler au dessus de l'eau en foil sans aucun bruit, surfer des vagues énormes sans avoir à ramer pour aller les chercher. C'est un sport pluridisciplinaire mais aussi technique.

Question : Est-ce ta profession ou un simple loisir ?

Christophe Ballois : C'est une partie de mon job, j'ai créé ma société, Handiconsulting, qui gère plusieurs divisions : une partie sportive (compétition, record, marketing sportif, sponsoring, visibilité média, etc.), une partie intervention auprès des entreprises, hôpitaux, milieu scolaire (conférence, sensibilisation, coaching, management, problématiques organisationnelles), une partie recherche et développement (windsurf, kite, matériel handisport). En fait il y a souvent des passerelles qui se font d'une division à l'autre, pour moi la notion de partenariat englobe la partie sponsoring sportif et la partie intervention. C'est avant tout une aventure humaine qui se partage.

Question : Penses-tu qu'un jour cette discipline sera intégrée aux jeux paralympiques d'été ?

Christophe Ballois : Malheureusement nous en sommes très loin, il est déjà vraisemblable que la voile ne soit pas aux prochain Jeux Paralympiques [la voile sera finalement présente à Rio 2016 en voilier biplace NDLR]. Sans aller jusque là, à mon sens les supports utilisés aujourd'hui ne sont pas assez démonstratifs et visuellement intéressants pour le public. Si on pouvait déjà aller sur des bateaux plus rapides, plus ludiques, ce serait un grand pas. Les bateaux à foils sont une bonne direction, je travaille depuis plusieurs années sur des bateaux à foils tractés par un kite, maintenant c'est plus une problématique de moyens financiers pour les développer. Déjà aller vers des supports comme le Moth à foils serait génial!

Question : Selon toi, y a-t-il une certaine égalité entre les pratiquants valides et les pratiquants non valides?

Christophe Ballois : Oui et non. La mixité dans le sport comme dans la vie est essentielle, elle tire tout le monde vers le haut. Je travaille à trouver des solutions alternatives pour compenser le handicap. Par une meilleure dextérité de ma main droite, par une plus grande technique et par la préparation plus pointue de mon matériel. A moi d'être meilleur que les autres sur les différents domaines pour palier cette déficience physique.

Question : En octobre 2014, tu as établi le record du monde handisport de vitesse en kite surf, quelles ont été tes réactions ?

Christophe Ballois : Bien sur, une grande satisfaction pour ce premier record à 42,94 noeuds (80 km/h) de moyenne sur 500m pendant le Luderitz Speed Challenge après des mois de préparation avec des moyens financiers limités cette saison. C'était loin d'être gagné et c'est une belle réussite. Et d'un autre coté une certaine frustration due à ma blessure à l'épaule lors d'une chute quelques jours après le record qui m'a empêchée de refaire d'autres tentatives la semaine suivante.

Question : Si tu avais un message à transmettre aux personnes ayant un handicap, quel serait-il ?

Christophe Ballois : Beaucoup de choses sont possibles dans tous les domaines si on a la volonté et que l'on se donne les moyens de ses ambitions. La route la plus droite n'est pas forcément la plus efficace pour nous. Ne pas se contenter de ce que l'on a appris, chercher des solutions alternatives pour arriver au but fixé. Savoir bien s'entourer et déléguer quand c'est nécessaire. C'est aussi un travail d'équipe, même si je suis seul sur mon kite, j'ai une équipe qui m'entoure et sur qui je peux compter.


Propos recueillis par Wilfried Panatier, Pratikable.com, avril 2016.

 
Pratikable


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