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  Archéologie de la santé.
  Une passionnante mini-exposition au musée de l'Homme à Paris témoigne du besoin de soin de l'être humain, dès Neandertal, de l'ancienneté de techniques chirurgicales efficaces et de la prise en charge du handicap. Visite.

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             L'archéologie est décidément une science épatante, comme le montre encore une exposition dossier édifiante, Sur les traces de la santé, proposée au balcon des sciences du musée de l'Homme (Paris 16e). En quelques panneaux, vitrines, ossements, objets et présentations multimédias, le visiteur s'immerge jusqu'à 100.000 ans dans la Préhistoire pour découvrir la prise en charge d'un enfant devenu handicapé, de même que celle d'une femme à l'époque gauloise, apprend que des Néandertaliens se soignaient peut-être par les plantes, qu'on savait procéder à une amputation nette avec survie du patient il y a 7.000 ans. De quoi remettre en cause l'idée reçue selon laquelle la santé, l'altruisme et l'aide aux personnes handicapées résultent de notre ère moderne.

Cousin pas si lointain de l'homme actuel, l'homme de Neandertal se soignait-il par les plantes ? C'est l'hypothèse émise par les chercheurs qui ont étudié le tartre dentaire de mâchoires datées de 50.000 ans et trouvées en Espagne, dans la grotte d'El Sidrón. Ils ont relevé des traces de deux plantes amères, l'achillée millefeuille et la camomille. La première est un astringent naturel qui soigne les plaies, la seconde un anti-inflammatoire, antispasmodique et sédatif. Bien que ces deux plantes n'aient pas de qualités gustatives, elles auraient pu servir à accommoder la cuisson d'aliments, seconde hypothèse suggérée par le musée de l'Homme.

Plus ancien encore, l'adolescent de Qafzeh nous projette encore plus loin, 100.000 ans en arrière, dans l'actuel Israël. Son crâne présente une fracture pénétrante de l'os frontal qui a entrainé, du fait de son emplacement et de sa profondeur, des troubles psychomoteurs et cognitifs. Pourtant, la blessure a cicatrisé, ce qui veut dire que l'enfant a survécu quelque temps avec un handicap moteur et de communication. Les anthropologues en ont conclu qu'il a été soigné et pris en charge par la communauté qui lui a témoigné à sa mort (de cause inconnue) une compassion particulière : il a été enterré avec des ramures de cerf sur sa poitrine, rite sans équivalent dans cette région du monde. L'attention à l'autre est donc très ancienne, et on la retrouve sur notre territoire, à Bobigny (Seine-Saint-Denis) à l'époque gauloise, entre -200 et -300. Lors de fouilles dans l'enceinte de l'actuel hôpital d'Avicenne, les restes d'une femme qui ne pouvait plus marcher ont été exhumés. Son squelette reposait sur une vaste corbeille en bois contenant une litière de paille, cerclée d'une armature métallique sur laquelle des traces fossilisées de la paille ont été identifiées. Le fémur gauche de la dame montre les signes handicapants d'une myosite ossifiante, des excroissances osseuses qui enserrent les muscles et empêchent tout mouvement. La corbeille avait été construite pour assurer un confort de vie et de déplacement, l'armature servant au portage. Là encore, après sa mort la dame de Bobigny a été inhumée avec respect, sur la corbeille et dans la position qui avait assuré sa survie assurée par la communauté.

 

Image :  fémur de la 'dame de Bobigny'.

 

Côté chirurgie, l'exposition présente l'humérus amputé d'un homme vivant il y a près de 7.000 ans dans l'actuelle Seine-et-Marne, ses restes ayant été trouvés à Buthiers Boulancourt. Une amputation nette, juste avant l'extrémité du bras dont l'humérus a cicatrisé, ce qui témoigne de l'absence d'infection et de la survie de l'opéré. Si les archéologues ont trouvé des crânes présentant des traces de trépanation pendant la même période du néolithique, il est très rare de mettre au jour un squelette présentant une amputation "chirurgicale", probablement réalisée au couteau de silex.

Tous ces travaux ont été rendus possibles par un travail pluridisciplinaire associant archéologues, anthropologues et autres chercheurs dans des techniques de pointe. Conçue sur la proposition de l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP), qui intervient notamment sur des chantiers pour effectuer des fouilles de sauvetage et de préservation, elle nous rapproche de nos lointains ancêtres trop souvent montrés par le passé comme des brutes vivant à la dure et dépourvues d'humanité. Rien n'est moins vrai !


Laurent Lejard, mars 2017.


Sur les traces de la santé, exposition gratuite jusqu'au 15 mai 2017, balcon des sciences du musée de l'Homme, place du Trocadéro à Paris 16e. Le musée organise régulièrement des visites adaptées aux publics handicapés dont le programme figure en Agenda. Dans le cadre de cette exposition, l'accessibilité au musée est d'ailleurs succinctement présentée, de même que des matériels médicaux gallo-romains, un trouble musculo squelettique pré-néandertalien (environ 200.000 ans) et sa résonnance moderne, le syndrome du canal carpien généré par l'utilisation intensive de la souris d'ordinateur. Étonnant !

 



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