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Chaque
mois de juin voit resurgir la polémique sur le lundi de Pentecôte non
payé aux salariés qui travaillent, sauf aux ministres en congés...
2009 ne déroge pas à la règle instituée en 2004, lorsque la Secrétaire
d'État aux personnes handicapées d'alors, Marie-Thérèse Boisseau, eut
la (très) riche idée d'importer d'Allemagne le concept de versement
à l'État d'une journée de travail. Quelques mois après les 15.000 victimes
de la canicule d'août 2003 (pour la plupart des personnes âgées hébergées
en maisons de retraite dont aucun dirigeant ou gestionnaire n'a d'ailleurs
été inquiété pour avoir manqué au devoir de soin) le Gouvernement avait
fait passer, sous l'effet de l'émotion, ce rétablissement de l'ancienne
corvée, coutume supprimée le 4 août 1789 lors de l'abolition
des privilèges, qui obligeait à travailler gratuitement pour le seigneur.
Rétablie 215 ans plus tard, elle est censée financer les aides humaines
et techniques des personnes handicapées, via un collecteur distributeur,
la Caisse Nationale de Solidarité Pour l'Autonomie. Présentée comme
un organisme indépendant, cette CNSA est en pratique un jouet aux mains
de l'État et du Gouvernement, qui n'hésitent pas à en utiliser les fonds
pour procéder à quelques économies. Tout juste ont-ils eu à affronter,
en avril dernier, la fronde bien inoffensive d'un groupement de 31 associations
de personnes handicapées ou âgées. Lesquelles ne sont toutefois pas
allées jusqu'à refuser le quitus 2008 et le budget 2009, préférant
ne pas prendre part au vote parce qu'elles redoutaient de perdre de
substantielles ressources financières si les comptes de la C.N.S.A avaient
été rejetés par leur action...
Dans ce contexte, le président de l'Association des directeurs au service
des personnes âgées, Pascal Champvert, hurle à nouveau au détournement
d'argent. Il dénonce l'affectation de plus de 10 % du produit du jour
férié non payé à des missions autres que celles prévues par la loi.
Il affirme que 500 millions d'euros ont été affectés au financement
de nouveaux établissements au lieu de servir à augmenter les effectifs
de personnels, et que 700 autres millions se sont évaporés, "partis
pour financer ce qui existait déjà". Un effet "Vignette" que le ministre
de tutelle, Brice Hortefeux, balaie d'un communiqué en appelant la Cour
des Comptes à la rescousse : "Certains ont redouté 'l'effet vignette
automobile', cet impôt créé en 1956 pour financer les allocations vieillesse
et qui a été utilisé à d'autres fins. 'Les craintes qui ont pu être
exprimées sur l'affectation de la CSA ne sont pas fondées : elle bénéficie
bien intégralement aux personnes âgées dépendantes et aux personnes
handicapées' a indiqué la Cour des comptes dans son rapport particulier
consacré à la CNSA en 2006". Sauf que les errements dénoncés par Pascal
Champvert sont postérieurs au premier exercice de la caisse créée par
la loi du 11 février 2005.
Mais si la polémique du lundi de Pentecôte tend à devenir une tradition,
elle comporte toutefois cette année une évolution passée inaperçue :
les années précédentes, les ministres en charge des personnes handicapées
ou âgées tenaient à montrer l'exemple et à travailler ce jour-là. Or,
les agendas de Brice Hortefeux et de la secrétaire d'État à la solidarité
Valérie Létard sont vierges de toute activité en ce lundi 1er juin 2009
: charité bien ordonnée, etc.
Laurent Lejard, juin 2009.
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