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"Les
résultats positifs de la nouvelle politique du handicap sont
indéniables", a déclaré à l'Assemblée Nationale le 18 février
dernier la Secrétaire d'Etat à la solidarité, Valérie Létard.
Cinq jours auparavant, elle avait présenté au Conseil des Ministres
le Rapport du Gouvernement au Parlement relatif au bilan
et aux orientations de la politique du handicap consécutif
aux travaux de la Conférence Nationale du Handicap du 10 juin
2008. A l'appui de son affirmation, Valérie Létard invoque les
58.000 bénéficiaires de la Prestation de Compensation du Handicap
en oubliant de préciser que 43.000 seulement des bénéficiaires
mentionnés ont perçu effectivement une P.C.H en juin 2008, date
de ses statistiques, et que l'objectif des gouvernements précédents
qui ont créé et mis en place cette prestation était que 150.000
personnes en bénéficient. Cet objectif n'est même pas atteint
au tiers, alors que la P.C.H est désormais bien rodée. Il faut
dire que sa complexité est bien décourageante : elle ne couvre
qu'une faible partie des dépenses en aides techniques en complément
d'autres financements qu'il faut pouvoir obtenir, son montant
est réduit en matière d'aides humaines à domicile lorsque le
bénéficiaire emploie directement son personnel (comme si on
voulait l'en punir !) les plafonds des différentes aides sont
déconnectés des prix pratiqués, et cette tendance s'accentue.
De fait, la P.C.H apporte une aide réelle, qui a amélioré la
vie à domicile de milliers de personnes lourdement handicapées,
mais en les transformant en spécialistes de la gestion de leurs
aides afin de les obtenir et de les conserver : être une personne
handicapée dépendante est devenu un métier à plein temps !
Autre gros décalage entre le positivisme de la ministre et la
réalité, l'avenir des Maisons Départementales des Personnes
Handicapées. Avant même qu'elles fonctionnent correctement,
la réformite aigüe du Pouvoir va toucher ces nouvelles
institutions créées par la loi du 11 février 2005 : "La mise
en place du cinquième risque conduira enfin à faire évoluer
le périmètre et le statut des MDPH", lit-on dans le rapport.
Alors qu'elles n'ont pas, pour la plupart, atteint leur vitesse
de croisière et résorbé la masse des dossiers en retard, et
que nombre d'entre elles subissent la carence de l'Etat qui
n'a pas respecté ses engagements financiers comme vient de le
rappeler l'Assemblée des Départements de France. Le projet consiste
à les incorporer dans une unique Maison Départementale de l'Autonomie
rassemblant personnes handicapées et âgées dépendantes.
Madame Létard souligne par ailleurs que "le nombre d'enfants
handicapés scolarisés à l'école ordinaire a augmenté de 30%
et 10.000 enfants supplémentaires sont scolarisés chaque année",
chiffre qu'a vertement contesté à l'Assemblée Nationale le député
communiste Maxime Gremetz. Quand bien même la Secrétaire d'Etat
serait dans le vrai, son bilan n'est que quantitatif, elle se
garde bien d'évoquer la qualité de cette intégration scolaire.
Dans le même temps, les enseignants se plaignent de ne pas être
suffisamment formés aux besoins spécifiques de leurs élèves
handicapés, et les parents déplorent le nombre toujours insuffisant
d'Auxiliaires de vie scolaire qui conduit à réduire fréquemment
à une demi-journée par semaine le temps d'intégration scolaire.
En matière d'accessibilité, le Gouvernement ne manifeste aucune
volonté d'assurer l'égalité de traitement sur le territoire
national. Il laisse les collectivités locales et les opérateurs
privés se dépêtrer de cet "accès de tous à tout" sans leur en
donner réellement les moyens politiques, techniques et financiers.
L'Etat, garant de cette égalité, n'agit pas pour s'assurer que
les commissions locales d'accessibilité sont effectivement créées
et que les autorités en charge des transports élaborent leurs
schémas directeurs d'accessibilité. Il dispose pourtant d'un
outil efficace, les Préfets, qui ne sont pas mobilisés sur ces
tâches. Et si quelques budgets sont dégagés dans le cadre du
plan de relance de l'investissement public, ce saupoudrage ne
saurait constituer une politique nationale.
Enfin, alors que les universitaires et les chercheurs descendent
dans les rues pour défendre leur statut professionnel
et exiger de meilleures conditions de travail, ils apprécieront
que la partie du rapport gouvernemental consacré à la Recherche,
prévention et formation occupe deux pages et demi des 131
que compte un document dépourvu de l'ambition indispensable
pour atteindre l'objectif affirmé dans l'intitulé de la loi
du 11 février 2005 : pour l'égalité des droits et des chances,
la participation et la citoyenneté des personnes handicapées...
Laurent Lejard, février
2009.
L'intégralité du Rapport du Gouvernement au Parlement
relatif au bilan et aux orientations de la politique du handicap
est téléchargeable en
ligne.
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