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Jérémie
Boroy, président de l'Union Nationale pour l'Insertion Sociale des Déficients
Auditifs, s'insurge contre le refus du Gouvernement de créer des centres
relais téléphoniques :
À l'Assemblée nationale et au Sénat, le gouvernement a rejeté l'amendement
"centres relais téléphoniques" proposé lors de l'examen parlementaire
du projet de loi relatif au développement de la concurrence. Cet amendement
visait à garantir aux personnes sourdes ou malentendantes l'accès au
téléphone par la mise en place de centres relais, ces centres ayant
pour mission d'assurer l'accessibilité simultanée des échanges téléphoniques
par la transcription écrite, via le clavier de l'ordinateur,
ou par une interprétation en Langue des Signes, ou un codage en langage
parlé complété, par webcaméra. Ces centres relais téléphoniques, qui
fonctionnent déjà dans d'autres pays, permettent aux personnes sourdes
d'avoir des conversations téléphoniques en temps réel avec n'importe
quel interlocuteur entendant. Avec de tels centres, c'est toute leur
vie personnelle, sociale et professionnelle qui s'en trouve révolutionnée
et leur place dans leur société confortée. Ainsi, depuis plusieurs années,
les États-Unis ont fait le choix d'un véritable droit au téléphone pour
les personnes sourdes en inscrivant l'accessibilité téléphonique dans
la loi et en lui assurant un financement par une taxe d'environ 2$ par
an sur l'ensemble des factures téléphoniques.
L'amendement proposait donc un financement similaire par une contribution
prélevée sur l'ensemble des factures de communications électroniques
(téléphonie fixe, mobile et internet haut débit). En France, en prévoyant
par exemple une contribution d'1 par an (8 centimes d'euros par
mois) sur l'ensemble de ces factures, c'est un fonds de plus de 100
millions d'euros annuels qui pourrait être constitué. Déposé à l'Assemblée
nationale par Marie-Anne Montchamp, députée U.M.P et ancienne Secrétaire
d'État aux personnes handicapées, cet amendement avait été retiré puis
repris en séance par l'opposition avant d'être déposé à nouveau au Sénat
par le groupe socialiste.
En refusant cette proposition, le Gouvernement a laissé passer l'opportunité
de garantir aux personnes sourdes ou malentendantes leur autonomie face
au téléphone et dans leur vie quotidienne. La loi du 11 février 2005
prévoit justement que les relations avec les services publics doivent
être accessibles aux personnes sourdes (article 78), ainsi que les sites
de communication publique en ligne (article 47), donc sous la responsabilité
de la puissance publique et impliquant cette accessibilité téléphonique.
Alors que l'application de ces dispositions ne fait même pas l'objet
d'un début de commencement, malgré les engagements réitérés des différents
ministres qui se sont succédés depuis la promulgation de la loi, le
Gouvernement a adopté une étrange position en rejetant l'amendement,
sans doute davantage soucieux de ne pas importuner les opérateurs téléphoniques
plutôt que de répondre aux aspirations d'une population qu'il semble
juger marginale. Le ministre Chatel indiquait en séance, pour justifier
sa position, qu'il était nécessaire "d'évaluer la réalité de la demande
pour de tels centres". Entre autres arguments peu crédibles, il a également
rejeté la proposition de financement en jugeant qu'elle était injuste
car certains paient plusieurs abonnements et d'autres un seul.
Nous prenons toutefois acte de l'engagement du Gouvernement à utiliser
la voie réglementaire pour créer les centres relais, bien qu'aucun calendrier
ne soit aujourd'hui précisé. Lorsque l'on sait l'impact de l'accessibilité
téléphonique sur l'emploi des personnes sourdes, tant l'accessibilité
du téléphone est indispensable à l'insertion professionnelle, mais également
sur l'emploi en général car ces centres relais mobiliseraient un nombre
conséquent de professionnels, la position du Gouvernement est curieuse
à l'heure où il prône le "travailler plus pour gagner plus".
Quant au décret sur l'accessibilité des appels d'urgence prévue par
la loi du 11 février 2005, un an après sa présentation devant le Conseil
National consultatif des Personnes Handicapées, il n'est toujours pas
publié au Journal Officiel. Le Ministre de l'Intérieur de l'époque l'avait
retoqué, le jugeant compliqué à mettre en oeuvre. Attend-t-on qu'un
drame se produise pour que l'on se pose la question du droit à la sécurité
et aux secours pour les personnes sourdes ou malentendantes ?
Le traitement de ces sujets, comme l'amendement exonérant l'Éducation
nationale de sa contribution au Fonds d'Insertion Professionnelle des
Personnes Handicapées dans la Fonction Publique, rend illisible la volonté
réelle du Gouvernement de poursuivre la mise en oeuvre de la loi du
11 février 2005. Dans les prochains jours, l'Unisda saisira la Haute
Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Égalité et alertera
la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme sur cette
inégalité face au téléphone dont personne aujourd'hui ne songerait à
se passer.
Jérémie Boroy, président de l'Unisda,
décembre 2007.
Texte de l'amendement,
compte-rendu intégral des débats à l'Assemblée
Nationale et au Sénat,
documentaire de France 5 sur les centres
relais téléphoniques des Etats-Unis.
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