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Le lundi de
Pentecôte s'est à nouveau déroulé dans la contestation, avec des salariés
contraints d'aller travailler à titre gratuit et auxquels les hommes
politiques s'apprêtent à demander encore plus...
Le lundi de Pentecôte accumule les paradoxes et met en évidence les
contradictions de la politique sociale. Les écoles et les crèches sont
fermées alors que les parents doivent aller au travail en empruntant
des transports fonctionnant en service réduit, comme un jour férié.
Des services publics sont fermés... au public, d'autres non. D'un côté
les salariés continuent à porter l'essentiel de l'effort imposé de solidarité
en faveur des plus vulnérables des Français, de l'autre les gouvernements
successifs ont, depuis la canicule d'août 2003, exploité sans vergogne
l'émotion nationale suscitée par les 15.000 décès qu'elle a causée.
Au détour des plans et mesures de tous ordres, des transferts de charges
ont été imposés : l'Etat a imputé à la Caisse Nationale de Solidarité
pour l'Autonomie l'augmentation des crédits liés à l'Allocation Personnalisée
d'Autonomie, les créations de places en établissements spécialisés,
le financement de la Prestation de Compensation du Handicap. Autant
d'économisé pour le budget de l'Etat qui a pu ainsi financer les baisses
d'impôt aux particuliers et aux entreprises, et ce n'est pas fini :
le nouveau gouvernement envisage d'alléger la fiscalité des Français
les plus riches, un cadeau de quatre milliards d'euros devrait leur
être offert dès 2008. Que ne fallait-il pas faire pour que le chanteur
franco-belgo-helvétique (et monégasque en sursis) Johnny Hallyday puisse
enfin rapatrier sa fortune et rejoindre dans les fêtes de la jet
set son ami élu à la présidence de la République...
Dans le même temps, le précédent gouvernement a laissé filer à la hausse
les dépenses de santé et le Comité d'alerte sur l'évolution des dépenses
d'assurance-maladie vient de s'inquiéter publiquement d'un déficit supplémentaire
de deux milliards d'euros au détriment de la branche maladie de Sécurité
Sociale. Cette dérive avait été passée sous silence, pour ne pas s'attirer
la colère des électeurs en pleine campagne des présidentielles, par
le ministre chargé de la Sécurité Sociale, Philippe Bas, et le directeur
général de l'Assurance-Maladie, Frédéric Van Roekeghem, placé à cette
fonction par Philippe Douste-Blazy dont il était alors le directeur
de cabinet au ministère de la santé. La responsabilité de ce nouveau
déficit repose essentiellement sur les médecins libéraux, dont les honoraires
ont été augmentés, qui ne respectent pas leurs engagements de modération
de prescriptions, et sur le prix des médicaments. Par conséquent, un
énième plan de limitation des dépenses de santé sera annoncé après les
élections législatives et géré par les trois (!) ministres chargés de
la Sécurité Sociale, avec l'objectif de punir plus fortement encore
les malades qui auront l'outrecuidance de consulter un médecin prescrivant
des examens complémentaires et des médicaments. Comme à l'habitude,
ce seront essentiellement les salariés qui paieront. Salariés qui, prochainement,
paieront davantage : la journée de travail forcé dite de solidarité
rapporte plus de deux milliards d'euros à la Caisse Nationale de
Solidarité pour l'Autonomie. Or, son directeur, Denis Piveteau, réaffirme
que cet effort est insuffisant pour couvrir l'évolution prévisible des
dépenses liées au handicap et à la dépendance. Les industriels de la
maison de retraite piaffent déjà d'impatience, pressés de construire
et de gérer les milliers d'établissements supplémentaires qui devront
accueillir le doublement dans les 15 ans du nombre de personnes accueillies
(1,2 millions contre 600.000 actuellement).
Bien sûr, la population âgée en perte d'autonomie doit être logée, accompagnée,
soignée. Mais faire reposer la totalité des investissements lucratifs
sur des salariés culpabilisés n'est ni une politique juste, ni la bonne
solution pour cultiver les solidarités humaines...
Laurent Lejard, juin 2007.
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